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Le baril au fond du baril

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Photo Jean-Francois Desgagnés

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Vous avez vu baisser le prix du pétrole à la pompe. Il est tentant pour le consommateur d’applaudir ce répit. Certains diront même qu’il s’agit d’une consolation dans cette crise du coronavirus. Dans les faits, derrière la pompe, c’est une catastrophe économique pour le Canada qui se dessine. 

Comprenez une chose : une bonne partie de ce que vous déboursez pour un litre d’essence est composée de taxes et notamment de taxes fixes. Pour que le prix à la pompe puisse tomber sous les 80 cents, il faut réellement que le baril soit bon marché. 

Et c’est le cas. Le Western Canadian Select, le pétrole de l’Ouest canadien a clôturé la semaine dernière à 7,20 $. C’est une baisse de 80 % depuis la mi-février, alors qu’il se vendait environ 38 $. Cette semaine, il a momentanément touché 5 $ !  

 

  • RÉÉCOUTEZ le commentaire de Mario Dumont à Dutrizac sur QUB radio:

Avant la crise 

Dois-je vous rappeler que depuis quelques années, alors que le pétrole canadien se transigeait entre 40 $ et 50 $ le baril, les gens de l’Ouest canadien criaient à l’aide ? Parce que le pétrole canadien était enclavé, son prix se maintenait une vingtaine de dollars en dessous des principaux comparables sur le marché mondial.  

Le gouvernement albertain se plaignait de pertes considérables, estimées à 20 milliards $ annuellement. Des pertes pour l’économie en général, mais aussi un manque à gagner pour les gouvernements qui tirent des revenus importants du pétrole. On imagine les pertes avec un baril sous les 10 $ ? 

Irréalisme collectif 

Parce que le pétrole a mauvaise réputation, nous en venons vite à oublier son importance dans l’économie canadienne. Un prix aussi ridiculement bas signifie quoi ? Des revenus en baisse pour le gouvernement fédéral, des revenus en forte baisse dans trois provinces qui contribuent à la péréquation, une baisse du dollar canadien et un effondrement des investissements privés au pays. 

Cela s’ajoute aux autres malheurs qui frappent l’économie du Canada. Comme ailleurs dans le monde, des secteurs comme le tourisme et le transport aérien sont au point mort. Les mesures de confinement provoquent aussi une paralysie de l’économie dont les coûts sont à peine mesurables. 

La crise économique et la crise sanitaire seront suivies d’une inimaginable crise des finances publiques. Ceux qui s’inquiétaient des déficits annuels de 30 milliards du gouvernement Trudeau sont mieux de s’attacher à leur siège. Le Directeur parlementaire du budget annonçait la semaine dernière un déficit probable de 113 milliards. Et le gouvernement a annoncé des dizaines de milliards de mesures supplémentaires depuis. 

Tout indique que l’industrie du voyage n’est pas sur le point de reprendre, et l’activité économique générale risque d’être au ralenti pour un certain temps. Donc le prix du pétrole va rester bas et les conséquences pour notre économie vont perdurer. 

J’entends déjà la réponse facile : le Canada doit sortir de sa dépendance au pétrole. Au pays des licornes, cela se fait en une nuit. Dans la réalité, cela prend des années. Pour l’heure, la crise constitue un douloureux rappel de l’importance du pétrole dans notre économie réelle.