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Le début de la fin

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Ce qui devait être le futur chandail des Nordiques est plutôt devenu une relique du passé. L’équipe devait être représentée par un husky, mais en réalité, son chien était déjà mort. Ce supposé nouveau départ n’était en fait que le premier signe du début de la fin.

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Je me souviens trop bien de ce printemps 1995. Ironie du sort, la primeur de ce nouveau chandail avait été rédigée par mon père, à la fin mars. Deux mois plus tard, les Nordiques quittaient Québec.  

C’est peut-être une bonne chose, dans le fond... Non, pas le départ des Nordiques, quand même !  

Je parle plutôt du fait que l’équipe n’aura finalement jamais eu à endosser ce chandail, qui symbolise bien la mode éphémère des uniformes qui ont pollué les glaces des années 1990. Rien contre les huskies, mais le chandail de toujours des Nordiques, avec le N stylisé et la ceinture fleurdelisée, avait du chien en masse. 

Mon défunt père avait écrit que les dirigeants du club avaient opté pour un concept avant-gardiste. Il a toujours profondément détesté quand, ti-cul, j’argumentais. Aujourd’hui, je m’autorise à le dire haut et fort. Si les Nordiques reviennent un jour, que ce soit dans leur bon vieux chandail ou qu’ils restent enterrés. M’enfin... 

Un départ pénible 

Si j’ai eu le goût d’écrire sur ce retour dans le temps, ce n’est certainement pas pour m’improviser critique vestimentaire. De plus jeunes collègues à moi ont développé un flair aigu pour ce genre de frivolités. 

C’est plutôt le printemps 1995 qui me trotte dans la tête. Un peu beaucoup celui de 2020 aussi, mais j’y reviendrai. 

Fin mars, donc, les Nordiques étaient forcés par le paternel à dévoiler leur nouveau chandail. Fin mai, ils faisaient leurs boîtes vers Denver et ce bout de tissu finalement bien insignifiant dans leur épopée restait sur les tablettes pour toujours. 

Je n’oublierai jamais le nombre de fois, à la table familiale, où mon père nous répétait, lors de ce maussade printemps 1995, que les Nordiques allaient partir.  

Bien au-dessus de nos affaires, on a longtemps prétendu qu’il angoissait pour rien. 

Ma mère était son épouse de cœur, mais les vœux sacrés de son mariage professionnel avaient été prononcés avec les Nordiques, sur l’autel du Colisée. 

Le 25 mai, les Nordiques quittaient bel et bien Québec. Pour les partisans endeuillés, c’était la fin d’une époque. Pour mon père, c’était la fin du monde. 

Questions sans réponses 

Mon père est l’un des rares membres de la confrérie journalistique qui peut se targuer d’avoir couvert les Nordiques de leurs modestes débuts dans l’AMH à leur triste fin dans la LNH. Ça mériterait au moins une plaque quelque part, mais c’est un autre dossier... 

De là son profond désarroi, sa dévastation, quand les Nordiques ont claqué la porte pour fuguer vers un amour plus jeune, plus riche, plus alléchant.  

Tout l’été, mon père s’est torturé à se demander vers quoi sa vie professionnelle l’amènerait à l’automne. Sa fameuse question « qu’est-ce que je vais couvrir sans Nordiques ? » a fait écho dans le néant quand un accident d’auto fatal en août de la même année l’a privé d’une réponse. 

Vingt-cinq ans plus tard, ce n’est pas un déménagement, mais un satané virus qui vire la vie et le sport à l’envers.  

En ces temps d’incertitude, j’aimerais bien ramener mon père et lui dire que les Nordiques, en fin de compte, ce n’était pas si grave. Mais bon, maudit que leur retour ferait du bien au paysage sportif québécois ! Même avec un husky sur le torse, finalement.