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Alex Henry Foster: sa liste de lecture commentée

Alex Henry Foster
Photo Le Journal Le chanteur du groupe québécois Your Favorite Enemies, Alex Henry Foster, discute avec Le Journal de la liste de lecture qu'il a créée pour l'ADISQ, en mars 2020.

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L’ADISQ a profité de la période de confinement pour demander à une vingtaine d’artistes québécois de confectionner des listes de lecture accessibles sur Spotify et Apple Music. Seule règle : contenir au moins 65 % de chansons en français et 35 % de contenu canadien. Chanteur du groupe rock alternatif Your Favorite Enemies, et artiste solo, Alex Henry Foster s’est prêté au jeu et a accepté de discuter de ses choix avec Le Journal.

J’aimerais d’abord te remercier. Ça devait faire deux éternités que je n’avais pas écouté du Me Mom & Morgentaler.

«(rires) C’était tout un défi pour moi, qui évolue dans une culture anglo-saxonne, de trouver de la musique francophone. L’exercice m’a permis de redécouvrir des affaires. Retrouver Me Mom & Morgentaler m’a rappelé que je manquais l’école pour les suivre. »


Ferré, Gainsbourg, Bashung, Fontaine, tu as aussi des grandes voix de la France dans ta sélection.

«Oui et c’est dû au fait que la musique a fait partie de mon enfance. Comme nous venions d’un milieu très humble, dans des quartiers difficiles, mes parents se sont servis de la musique pour me faire voyager, pour me montrer que c’était possible de rêver. Mon père m’a fait découvrir du Led Zep mais du côté de ma mère, il y avait beaucoup de grandes chansons françaises. Bashung, ça jouait à la maison. Ma mère était en amour avec Gainsbourg.»


Durant cette période de crise où on se replie vers la nation, penses-tu que d’autres comme toi vont redécouvrir le répertoire francophone?

«C’est une très bonne question et je me la pose aussi. Je ne sais pas si les gens vont retourner vers la musique francophone comme moi. Nous sommes quand même dans un village global et, à mon avis, les gens vont plutôt retourner vers des chansons qui leur font du bien.»


Je trouve que tu as été astucieux d’insérer des chansons en français d’Iggy Pop et Placebo. Pour respecter le quota franco?

«(rires) Je voulais surtout y insérer des trucs que j’aime et d’autres que les gens ne connaissaient pas. Peut-être que les gens ne savaient pas que Placebo avait fait une toune en français.»


Moi le premier. J’ai beaucoup écouté Placebo il y a une vingtaine d’années mais cet album de B-Sides paru en 2016 m’avait passé sous le nez...

«Brian Molko (le chanteur) vit en France et il parle très, très bien français. Il a un intérêt profond pour la langue française. Même chose pour Iggy Pop. Des artistes comme Léo Ferré, Serge Gainsbourg ou Brigitte Fontaine ont un impact beaucoup plus profond qu’on pense, en tout cas vu du Québec, sur les artistes américains ou anglais issus des milieux alternatifs ou d’avant-garde.»


Je regarde ta liste, Tout le monde est triste, La vie est laide : c’est le mot à la mode présentement mais je trouve qu’une partie de ta sélection est anxiogène. C’était voulu?

«C’est juste le plus grand des adons. C’est drôle que tu dises ça, je n’avais même pas remarqué. Je parle de retourner dans un état de bien-être et se faire du bien puis je réalise que beaucoup de titres ne sont pas tellement hop la joie. Or, c’est ce qui me plaît, c’est ce que je consomme comme musique et ce que j’avais envie de partager. Mais j’ai quand même Les Rita Mitsouko, Amadou & Mariam...»


Même ta chanson de Placebo commence par «C’est le malaise du moment, l’épidémie qui s’étend.» Tu es pile dessus.

«On dirait que ce qui se passe a eu un impact sur moi. On dirait que ce qu’on consomme déclenche des prises de conscience. Personnellement, je suis un malade de Camus depuis le secondaire. Là, il revient à la mode à cause de son livre La peste. On dirait que même si tu veux te nourrir de quelque chose de positif, la nature humaine fait en sorte que tu as le désir de le vivre et la musique, je trouve, est l’extension de tes réflexions.»


Je constate aussi que le gars de progressif en toi s’est fait plaisir. Tu as une toune de 16 minutes de Godspeed You! Black Emperor et une autre de 19 minutes de Sonic Youth. En partant, ta liste dure presque quarante minutes juste avec ces deux titres.

«(rires) En effet et je me suis retenu parce qu’elle aurait pu durer encore plus longtemps. C’est plaisant parce qu’il y a des gens qui n’ont aucune idée c’est qui Godspeed. Un jour, je jouais à Manchester, et je parlais de la scène montréalaise. Spontanément, les gens se sont mis à lancer des noms d’artistes populaires canadiens et québécois qui ne sont pas nécessairement de la même scène musicale que moi. À un moment donné, j’ai dit : je sors mon joker, c’est Godspeed You! Black Emperor. Vous pouvez avoir tous les autres artistes vingt fois, ça n’équivaudra jamais à ce band.»


Je veux te parler de deux autres chansons de ta liste. Texas Sun, d’abord, de Khruangbin et Leon Bridges. Une belle découverte. C’est sorti tout récemment et je n’avais pas encore écouté.

«C’est le plaisir d’être sur la route et de rencontrer plein de musiciens. Eux viennent d’Austin où j’ai séjourné souvent et je compte plein d’amis musiciens. J’avais envie de partager des choses qui passent sous le radar pour que les gens puissent ensuite retourner en arrière découvrir ce qui a façonné ces artistes à travers leurs autres projets. Qui connaît Tinariwen? C’est pourtant la figure de proue d’une scène beaucoup plus large de la musique arabe. Même chose plus proche de chez nous. Stefie Shock? Il vient de sortir un album. Il y a des trucs qui ne sont pas du tout grand public mais que les gens peuvent apprécier quand même. C’est quoi ta deuxième toune?»


Je veux que tu me parles d’Ordinaire. C’est ma chanson préférée de Charlebois.

«Tu vois, d’aussi loin que je me souvienne, Charlebois a joué en boucle chez moi. Ça peut avoir l’air prétentieux ou ridicule mais quand j’ai eu un gros breakdown avec Your Favorite Enemies, je sentais que je devais constamment revêtir le même costume pour aller faire le même tour de piste. Aller divertir des gens qui, au final, sont là pour te voir faire le chien savant. Durant les deux ans que j’ai passés ensuite à Tanger, j’ai redécouvert cette chanson. Je trouvais que ça révélait de façon tellement honnête et simple ce que je ressentais et que je ne voulais pas admettre. Ni admettre aux autres.»


*Your Favorite Enemies a lancé l’album The Early Days le 31 janvier.

*Alex revient tout juste d’une tournée européenne qu’il a pu compléter juste avant que la pandémie soit déclarée.

*Il fera un Facebook Live, dimanche, à midi, pour parler du livre-documentaire à propos des trois premières années du groupe, The Evidence of Things Unseen.

La liste d’Alex Henry Foster

  • The Dead Flag Blues, Godspeed You! Black Emperor
  • Everybody Knows, Leonard Cohen
  • Les feuilles mortes, Iggy Pop
  • Nànnuflày, Tinariwen
  • Sénégal Fast Food, Amadou & Mariam
  • Jésus Christ mon amour, Katerine
  • Avec le temps, Léo Ferré
  • Tourne encore, Salomé Leclerc
  • The Diamond Sea, Sonic Youth
  • Texas Sun, Khruangbin et Leon Bridges
  • Ordinaire, Robert Charlebois
  • La nuit je mens, Alain Bashung
  • La vie est laide, Jean Leloup
  • Tout le monde est triste, Stefie Shock
  • Marcia Baïla, Les Rita Mitsouko
  • Heloise, Me Mom and Morgentaler
  • Honey Bee (Let’s Fly to Mars), Grinderman
  • Viêt-Nam Laos Cambodge, Bérurier Noir
  • Le vent nous portera, Noir Désir
  • Je suis venu te dire que je m’en vais, Serge Gainsbourg
  • Demie clocharde, Brigitte Fontaine
  • Tangerine, Christophe & Alan Vega
  • 2020, Sunns
  • Protège-moi, Placebo
  • Vert, Harmonium