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«Je ne me suis jamais sentie aussi seule»: elle vit les derniers instants de sa mère dans l’isolement

GEN-COVID-19
Photo Agence QMI, Joël Lemay Arianne St-Pierre Cyr, de Rawdon, tient des photos de sa mère Louise St-Pierre décédée dans un hôpital de Québec le 24 mars. Pour l’instant, elle ne peut lui organiser de « vraies funérailles ».

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La pandémie a forcé une femme à vivre seule les derniers jours de sa mère atteinte d’un cancer.  

La mère d’Arianne St-Pierre Cyr combattait d’abord un cancer de l’œsophage quand elle a décidé de prendre rendez-vous pour une radiographie afin de comprendre pourquoi l’un de ses pieds ne répondait plus.  

Mais elle n’aura jamais eu le temps de passer son examen. 

Elle est entrée d’urgence à l’hôpital de l’Enfant-Jésus de Québec le 17 mars en raison de violentes convulsions. Une tumeur au cerveau grosse comme une pomme lui a été décelée. Ses jours étaient comptés. 

«Je suis descendue de Rawdon, dans Lanaudière, pour être à son chevet. C’était particulièrement difficile à cause de la COVID-19. Mes amis ne pouvaient pas me prendre dans leurs bras, ma famille ne pouvait pas venir me voir, j’étais complètement isolée», raconte Mme St-Pierre Cyr au Journal.  

Cette dernière a tout de même pu compter sur le soutien des infirmiers pour la réconforter. 

«Le confinement de la mort» 

Les travailleurs de la santé lui ont dit qu’elle ne pouvait pas sortir de la chambre pour éviter de potentiellement propager le coronavirus et qu’elle devait s’apporter des provisions pour éviter de sortir. 

«Après 40 heures, ils ont fini par accepter que je sorte quelques fois à l’extérieur, pendant de courtes durées, moyennant énormément de précautions.» 

C’est à partir de ce moment-là qu’elle a réalisé à quel point l’hôpital était vide, comme si tout le monde avait déserté le secteur. «Étrange», «glauque», «apocalyptique», c’est de cette façon que Mme St-Pierre Cyr décrit l’ambiance qui régnait au sein du centre hospitalier. 

«Je ne me suis jamais sentie aussi seule, c’était le confinement de la mort. Mais je me considère comme chanceuse, parce que je ne suis pas sûre que dans quelques semaines, ce sera encore possible d’accompagner les personnes aux soins palliatifs.» 

Pas de funérailles pour l’instant 

Louise St-Pierre est décédée en début d’après-midi, le 24 mars. La maison funéraire choisie par la fille de la défunte lui a conseillé la crémation, étant donné qu’il n’est plus possible pour l’instant de se rassembler pour célébrer des funérailles. 

La famille aimerait faire des modifications au testament, mais encore là, elle a les mains liées.  

Pour ce faire, le conjoint de feu Mme St-Pierre doit signer des documents en présence du notaire. Or, il est âgé de plus de 70 ans. 

«Pour l’instant, on va faire une petite cérémonie intime, à la maison, où on va manger un fish and chips. Ma mère rêvait de manger ça, mais elle ne le pouvait pas à cause de son cancer de l’œsophage», explique la jeune femme.  

«Il faudra probablement attendre un an avant de tenir les vraies funérailles, mais ça ne me dérange pas. J’aurai le temps de faire mon deuil avant d’embarquer dans la paperasse.»