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Ma femme est devenue un cobaye

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie Le messager a livré le colis en prenant toutes les précautions.

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.  


 Lorsque j’ai dit à ma femme « tu es un cobaye », il lui a fallu quelques secondes pour s’en remettre. On s’est mis à rire, puis elle s’est mise à tousser parce que depuis quatre jours, elle a la COVID-19. Rire fait tousser lorsqu’on a le souffle court. 

« Je fais juste me lever du lit pour aller aux toilettes et je suis un peu essoufflée. »  

Elle m’avait dit ça sur FaceTime, notre nouveau moyen de communication. Après un moment, elle a ajouté : « C’est comme si je manquais d’air... » 

Selon elle, c’était écrit dans le ciel que les employés de la santé publique de l’Estrie allaient s’infecter mutuellement. Ma femme travaillait à cet endroit. L’absence de mesures de protection lui sautait aux yeux. Vous avez bien lu : la santé publique. Nos soi-disant champions contre la contagion. Quatre employés sur cinq y ont été infectés... 

Ma femme a grelotté à cause de la forte fièvre. Elle a eu de gros maux de tête, de gorge. Elle s’est mise à tousser au moindre effort.  

« C’est comme si quelqu’un pesait sur mon sternum », dit-elle. 

Je ne me suis pas trop inquiété au départ. Elle est en forme et elle a un bon bagage génétique (sa grand-mère est morte à 101 ans, sa mère est droite comme un chêne). Et elle connaît les symptômes de la COVID ; elle savait qu’elle l’avait contractée avant de recevoir son « verdict ». 

Un appel 

Samedi, elle a reçu l’appel d’un coordonnateur de recherche de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM). Il fait partie de l’équipe du Dr Jean-Claude Tardif, qui vient de lancer une étude clinique nommée COLCORONA.  

Le premier ministre a fait l’éloge de ce projet, la semaine dernière, et a invité les Québécois atteints à y participer. Les chercheurs ont obtenu le nom de ma femme par le ministère de la Santé ; la confidentialité des dossiers n’existe plus en temps de pandémie. 

Elle a passé de longues minutes au téléphone avec le coordonnateur. Comme elle a fait 38,9 degrés de fièvre il y a deux jours, et qu’elle ressent toujours un essoufflement après quatre jours, il lui a proposé d’essayer la colchicine.  

À ce jour, environ 200 personnes atteintes ont accepté de tenter l’expérience alors que l’équipe de l’ICM cherche 6000 volontaires. 

L’homme était convaincant : il lui a dit qu’elle avait la forme sévère de la COVID-19 ; qu’il a vu deux personnes hospitalisées aux soins intensifs après leur avoir parlé la veille.  

Étant donné que ce médicament existe déjà, ma femme ne se voyait pas comme un cobaye. La colchicine traite efficacement la goutte.  

On a constaté récemment qu’elle peut réduire le risque de nouvel incident chez les patients ayant subi une crise cardiaque. C’est la raison pour laquelle le médicament intéressait déjà les chercheurs de l’Institut de cardiologie. 

Sur son site internet, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux indique pour le moment qu’il « n’est pas recommandé d’administrer de la colchicine pour le traitement des patients ayant un diagnostic confirmé ou suspecté de la COVID-19 en milieu communautaire ». 

Il y a aussi des effets secondaires possibles : diarrhées (10 %), douleurs abdominales (3 %), nausées (2 %). 

Décider rapidement 

Alors, la question était posée : cobaye ou non ? Le temps pressait. Le traitement doit commencer au plus tard 48 heures après le diagnostic de COVID-19. 

« Je ne prends jamais de médicaments. Je fais tout pour ça ! Je vous rappelle dans une heure », a-t-elle répondu au coordonnateur. Le temps de consulter quelques personnes... dont son mari. 

Les fameuses pilules, qui sont peut-être des placébos, et un test de salive.
Photo courtoisie
Les fameuses pilules, qui sont peut-être des placébos, et un test de salive.
  • Qu’est-ce que tu ferais à ma place ? Ça fait quatre jours. Je vais mieux. Mais j’ai toujours de la misère à respirer. » 
  • C’est une décision qui t’appartient, prends-la pour toi.    

Pour l’effort de guerre et pour elle, elle a dit oui. Elle a consenti en remplissant un formulaire sur internet. 

Les pilules sont arrivées quatre heures plus tard à la maison par messager, avec le nécessaire pour donner un échantillon de salive plus tard.  

Ce peut être des placébos, c’est-à-dire des comprimés dépourvus d’ingrédients actifs. Elle doit en prendre deux par jour pendant trois jours, puis un par jour pendant 27 jours. 

On se croise les doigts pour que ça fonctionne. Pour elle et pour nous tous. 

 


► Les personnes intéressées à participer au projet COLCORONA peuvent téléphoner au 1 877 536-6837.