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Présider la Tribune de la presse en temps de crise

Quebec
Photo Stevens LeBlanc Notre journaliste du Bureau parlementaire, Marc-André Gagnon, est président de la Tribune de la presse du Parlement de Québec depuis juin 2019. Avec ses collègues à l’Assemblée nationale, il est un témoin privilégié de cet important chapitre de l’histoire du Québec qui s’écrit chaque jour.

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront. 


 Depuis le début de la crise du coronavirus, je suis là, (presque) tous les jours, assis au bout de la table aux côtés du trio Arruda-Legault-McCann.

« Tu l’as choisi ton année, pour être président de la Tribune de la presse », m’a lancé un collègue, quand le cours normal des choses à l’Assemblée nationale a soudainement été bouleversé.

Méconnue pour plusieurs, la Tribune de la presse du Parlement de Québec, qui représente les différents artisans des médias travaillant à l’Assemblée nationale, fêtera ses 150 ans en 2021.

Boudée depuis une vingtaine d’années par les politiciens, la salle Evelyn-Dumas (première femme correspondante parlementaire) accueille maintenant les points de presse du premier ministre, surveillés par 1,5 million de Québécois... et au premier chef, une dizaine de journalistes.

Des gens s’étonnent de voir que c’est un journaliste, généralement le président de la Tribune, qui agit comme modérateur. 

« C’est pourtant la tradition depuis le début des années 70 », raconte l’historien Jocelyn Saint-Pierre, auteur de deux livres sur le sujet.

Mesures de distanciation

Dès le premier jour de la crise, nous avons éliminé la moitié des places disponibles, afin d’assurer une distance sécuritaire entre nous. La situation a continué d’évoluer.

Un matin, le téléphone a sonné. « Bonjour, Dr Arruda à l’appareil. » Il était inquiet.

On a aussitôt rehaussé nos mesures de distanciation. Jusqu’à nouvel ordre, un seul caméraman partage ses images avec tous les réseaux de télévision. Il n’y a plus que deux photographes autorisés et pas plus d’un journaliste par média. On se tartine de Purell. D’autres travaillent à distance. 

Exceptionnellement, je prends des questions par courriel de certains collègues qui travaillent de la maison.

La salle est décontaminée avant et après chaque point de presse.

Contrairement à une certaine croyance, la relation entre le premier ministre et les journalistes est bonne. Les correspondants parlementaires, réputés pour leur caractère – il en faut pour faire ce boulot – ont ajusté leur ton à la hauteur de la situation.

Non, ce n’est pas un show

Ce qui n’empêche pas de poser des questions parfois difficiles, et de les répéter jusqu’à ce qu’on nous dise la vérité. Souvent, grâce au public, on la connaît ! Mais on veut l’entendre... Prenez la pénurie de masques, par exemple...

Les droits et libertés des Québécois n’ont jamais été aussi restreints. Pandémie oblige. C’est une question de survie. Les journalistes, eux, veillent à ce que la démocratie conserve un sens. Et protègent l’intérêt public.

Non, un point de presse n’est pas un show, ni une émission de variétés. 

Tous les jours, on nous annonce des morts. C’est sérieux. On raconte, on décode le discours, on précise et on fait de son mieux pour informer la population.

En ce moment, les politiciens ne cherchent pas à récolter des votes. 

Les journalistes ne cherchent pas à vendre des copies ou des cotes d’écoute. Ils veulent, comme tous, aider à sauver un maximum de vies.

On vit l’histoire tous ensemble. On la rapporte. Comme tout le monde, on se lave les mains. Et on commence à avoir les cheveux longs...