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COVID-19: trois heures de route par jour pour être au chevet de son bébé

Son fils et sa conjointe sont hospitalisés aux soins intensifs à Montréal

Journaliste
Photo courtoisie Marc-Olivier Beaudoin doit faire trois heures de route quotidiennement pour tenir son nouveau fils dans ses bras.

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Les restrictions liées à la COVID-19 se sont invitées dans le quotidien d’un jeune père de famille, forcé de parcourir chaque jour trois heures de route pour aller au chevet de sa conjointe et de son bébé, hospitalisés aux soins intensifs à l’Hôpital général juif.  

Originaire de Trois-Rivières, Jessica Léonard était suivie à Montréal pour sa seconde grossesse, considérée à risque. Le 24 mars, constatant un risque d’anémie pour le bébé, la jeune femme a été hospitalisée en attente de sa césarienne.   

  • Écoutez l'entrevue de Marc-Olivier Beaudoin avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

  

La procédure a été fixée au 30 mars, à 34 semaines de gestation. Tout se passait rondement, jusqu’à ce que le petit Mavric soit extirpé du ventre de sa mère. Jessica a alors fait une embolie de liquide amniotique, une complication imprévisible et rare, puis un arrêt cardiaque.     

«Je lui tenais la main et à un moment donné, elle m’a regardé dans les yeux et elle m’a dit que ça n’allait vraiment pas. Une seconde après, j’ai vu ses yeux revirer. Je lui tenais la main, sa main s’est raidie, elle a donné un coup sur le drap qui cachait la césarienne, et j’ai vu tout le sang», se rappelle avec horreur son conjoint, Marc-Olivier Beaudoin.     

Le personnel s’est occupé de maman, le bébé, prématuré, a été mené aux soins intensifs, et papa a été sorti de la salle. Marc-Olivier n’a pu rencontrer son fils que plusieurs heures plus tard, dans son incubateur. COVID oblige, impossible de voir sa conjointe, branchée sous respirateur artificiel. «On me disait que c’était pas mal 50/50, à savoir si elle revenait ou pas», relate M. Beaudoin, qui a dû rentrer à Trois-Rivières.      

Marc-Olivier, sa conjointe Jessica Léonard et leur plus vieux, Isaac, âgé de 4 ans. Ce dernier n’a pas vu sa maman depuis deux semaines puisque les visites sont interdites à l’hôpital.
Photo courtoisie
Marc-Olivier, sa conjointe Jessica Léonard et leur plus vieux, Isaac, âgé de 4 ans. Ce dernier n’a pas vu sa maman depuis deux semaines puisque les visites sont interdites à l’hôpital.

Autre tuile  

Heureusement, la chance a joué en leur faveur. Jessica est sortie des soins intensifs jeudi dernier, pour être transférée en obstétrique. Mais deux caillots décelés dans ses membres inférieurs ont forcé une opération, prévue vendredi soir. Marc-Olivier s’est donc rendu à l’hôpital pour l’accompagner.     

«Mais à 15 h, la chef de département est venue nous voir pour nous dire que je devais retourner chez nous», déplore-t-il. L’Hôpital général juif venait en effet d’interdire la présence des papas en salle d’accouchement et en hospitalisation post-partum, pour protéger son personnel dans la foulée du coronavirus. Dès le lendemain, quelque 80 000 personnes signaient une pétition afin que soit abolie cette mesure.      

Hors de danger  

La nouvelle maman a donc affronté cette nouvelle étape seule. «Elle m’a appelé dans la nuit, en salle de réveil, pour me dire que tout s’était bien passé. Sa situation était rendue stable», se console son conjoint. Même son de cloche pour Mavric, qui a été transféré aux soins intermédiaires, dimanche. «Il est hors de danger.»     

La jeune maman a bien récupéré de son opération et peut donner le biberon à son garçon.
Photo courtoisie
La jeune maman a bien récupéré de son opération et peut donner le biberon à son garçon.

Durant tout ce temps et possiblement pour la prochaine semaine, Marc-Olivier multiplie les allers-retours entre Montréal et Trois-Rivières. «Le seul endroit dans l’hôpital où il peut encore y avoir de la visite, c’est dans l’unité de néonatalogie. Il y a une marche à suivre assez stricte, il y a des agents de sécurité qui surveillent», dit-il.     

C’est uniquement là, devant l’incubateur de leur nouveau-né, que les amoureux peuvent désormais se voir.