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COVID-19: des entreprises au cœur de la lutte contre le virus

Cet élan de solidarité est toutefois un peu désorganisé

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En mars, Ottawa a demandé aux manufacturiers de produire de l’équipement pour le système de santé. Depuis le début de la crise, de grandes entreprises et PME du Québec ont pris le taureau par les cornes en offrant de convertir leur production.   

Le premier ministre François Legault a lui-même reconnu qu’il avait reçu plusieurs offres pour produire des visières et des masques. Déjà, des entreprises sont en pleine production de produits essentiels.      

Mais cet élan mène à une certaine désorganisation. La Vallée de la Plasturgie, qui regroupe et met en communication environ 600 compagnies qui évoluent dans l’industrie des plastiques et des matériaux composites au Québec, déplore un certain « chaos » qui se déroule dans la course à la montre pour la fabrication d’équipement.      

Au cours des dernières semaines, plusieurs entreprises se sont lancées dans la production de visières, de masques, de blouses, de désinfectants pour les mains ou de valves.      

Pas toujours fructueux  

Certaines de ces compagnies ont toutefois pris des initiatives sans discuter avec des responsables des gouvernements, explique le DG de la Vallée de la Plasturgie, Simon Chrétien.      

«On constate un peu un genre de chaos qui s’installe. Tout le monde veut faire des visières ou des pièces de plastique pour aider. Les compagnies veulent faire partie de la solution, soit pour une bonne raison ou pour une raison égoïste», indique au Journal M. Chrétien, sans vouloir viser des entrepreneurs en particulier.     

Ces initiatives ne porteront toutefois pas toujours leurs fruits, prévient le DG. Par exemple, certains des équipements pourraient ne pas répondre aux standards du système de santé. Des compagnies n’ont également pas les autorisations nécessaires pour commercialiser leurs produits.     

M. Chrétien craint que certaines productions ne trouvent pas preneur et qu’il y ait du gaspillage de matières premières.     

«Certaines entreprises vont d’elles-mêmes avec ce qu’elles pensent au lieu de passer par les canaux qui ont été mis en place. Ce ne sont pas toutes les compagnies qui essaient de travailler ensemble. Certaines tentent seulement de tirer leur épingle du jeu», dit-il.     

Ce dernier invite les entrepreneurs québécois à passer par les voies officielles pour obtenir des renseignements sur les besoins.     


Voici quelques exemples d’initiatives d’entreprises d’ici pour venir en aide à l’État pour des équipements sanitaires.   

L’Oréal passe du fixatif au désinfectant  

Des contenants de produits capillaires ont été transformés en contenants de gel désinfectant pour les mains.
Photos courtoisie
Des contenants de produits capillaires ont été transformés en contenants de gel désinfectant pour les mains.

L’usine L’Oréal de Montréal troque temporairement la production de fixatifs et autres produits capillaires pour celle de gels désinfectants afin de lutter contre la COVID-19.   

Certains médecins du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) risquent de reconnaître la bouteille de leur produit pour cheveux préféré au moment de se nettoyer les mains au cours des prochaines semaines. C’est que L’Oréal Canada, comme nombre d’entreprises, met l’épaule à la roue en convertissant temporairement une partie de son usine montréalaise à la production de ces produits essentiels.   

L’usine sert habituellement à l’embouteillage de colorations à domicile et professionnels, de shampoings et de produits de démaquillage. En l’espace de trois semaines, l’entreprise a été en mesure de réaffecter une partie de l’espace à la production de gels désinfectant et à obtenir les approbations nécessaires de Santé Canada.   

Jusqu’à maintenant, 40 000 unités ont été produites et commencent à circuler dans les hôpitaux et autres établissements de santé. « On pense être en mesure de produite 19 tonnes (de gels) si on arrive à mettre la main sur plus d’emballages. Les fabricants de pompes ou de bouchons à capuchons sont dans une situation (de pénurie)», explique Frank Kollmar, PDG de L'Oréal Canada.   

Le PDG ne s’en cache pas, cette production de produits essentiel lui permet également de continnuer à embouteiller bien des produits grands publiques loins d’être essentiels... mais néanmoins populaire.   

«La partie destinée aux professionnels est pratiquement arrêtée. Mais la coloration à domicile connaît une hausse énorme! Les femmes sont dans une situation difficile et veulent se sentir bien. L’e-commerce explose chez les détaillants.»   

— Philippe Orfali  

Une machine pour nettoyer les masques  

Le prototype de l’unité de désinfection de masques N95 par UV de Sanuvox.
Photo courtoisie
Le prototype de l’unité de désinfection de masques N95 par UV de Sanuvox.

Fondée en 1995 à Montréal, la PME d’une trentaine d’employés Sanuvox vient de développer un appareil unique en son genre qui permet de nettoyer les fameux masques N95, en quelques minutes à peine, grâce aux ultraviolets.     

«Le principe est simple. On met le masque dans une petite boîte entre deux lampes UV de haute intensité. Au bout de deux minutes, le masque a été nettoyé», a expliqué au Journal le PDG de Sanuvox, Jocelyn Dame, qui doit commencer la préproduction cette semaine.     

Pour la PME, qui vend déjà ses purificateurs dans les hôpitaux pour réduire les infections nosocomiales, il s’agissait d’un pas naturel à franchir alors que la planète entière cherche des solutions pour avoir assez de masques pour soigner les malades.     

Avec un chiffre d’affaires annuel de plus de 10 millions de dollars et des clients dans plus de 25 pays, Sanuvox espère ainsi ajouter une corde à son arc en mettant son savoir-faire technologique au profit d’institutions ou d’entreprises prêtes à essayer son système breveté en pleine pandémie mondiale.      

— Francis Halin  

Des rideaux d’hôpitaux signés Décor ST  

Une couturière de Décor ST à l’œuvre dans les locaux de l’entreprise, à Québec.
Photo courtoisie
Une couturière de Décor ST à l’œuvre dans les locaux de l’entreprise, à Québec.

Plusieurs compagnies québécoises participent directement ou indirectement à la course pour l’équipement médical. Le fabricant de rideaux Décor ST, qui compte en temps normal 25 employés, confectionne maintenant ses produits exclusivement pour le secteur médical. Il a fourni des rideaux d’hôpitaux faits sur mesure pour plus d’une vingtaine d’urgences et de centres d’hébergement dans la grande région de Québec.

«On parle de centaines de rideaux. Cela prend environ une heure faire un rideau», indique la présidente Christine Tremblay, dont les produits ont notamment abouti à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus et à L'Hôtel-Dieu de Québec.

Par ailleurs, pour produire ses visières, Panthera Dental a notamment reçu gratuitement des bandes élastiques du détaillant Simons. «Il s’agit d’une modeste contribution, mais nous sommes fiers d’avoir pu contribuer à ce projet d’une grande importance avec une autre entreprise de Québec», a indiqué Bernard Leblanc, vice-président exécutif Opérations corporatives chez Simons. Les compagnies TOPMED, ABB, Cirque du Soleil, Laserax et Voxel Factory ont également mis à la disposition de Panthera Dental leurs imprimantes 3D.

— Jean-Michel Genois Gagnon  

Cascades, Bauer et Tristan travaillent ensemble  

Les visières médicales fabriquées par Bauer.
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Les visières médicales fabriquées par Bauer.

Surtout connue pour ses produits de papier et de carton, Cascades fabrique aussi des articles en plastique dans l’usine de sa filiale Inopak, à Drummondville.      

Ce matin, en collaboration avec la PME Nu-B de Vaudreuil-Dorion, on lancera la production d’au moins un million de visières prétaillées destinées à Bauer. Cette dernière a décroché de Québec un contrat pour 300 000 visières.      

Cascades fournira en outre du plastique extrudé au détaillant de vêtements Tristan, qui fabrique également des visières médicales dans une usine des Cantons-de-l’Est.     

— Sylvain Larocque