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Le chômage, cet étranger

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Joël Lemay / Agence QMI

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Le 13 mars dernier, je devais animer mon émission quotidienne de télé à partir du Salon de l’emploi de Sherbrooke. Pour parler de pénurie de main-d’œuvre. Tout était prêt : des tableaux démontrant le plein emploi dans plusieurs régions, des entrevues avec des employeurs multipliant les initiatives pour recruter. 

Cela ne fait pas un mois. Le monde a basculé comme nul ne pouvait l’imaginer. Les statistiques et les tableaux préparés pour ce 13 mars ont l’air de matériel tiré de la préhistoire. 

Les chiffres publiés hier nous donnent un premier aperçu du chômage à venir. Après avril, nous nous dirigeons vers un taux de chômage dans les deux chiffres. Cela n’est jamais arrivé dans les années 2000. Des pessimistes osent avancer un chômage qui pourrait dépasser le cap des 15 %. Temporairement ? On l’espère, mais ça pourrait baisser assez lentement. 

  • ÉCOUTEZ le commentaire de Mario Dumont à Dutrizac sur QUB radio:

Mises à pied temporaires ? 

Certains employeurs qui ont fait des mises à pied ne rouvriront jamais, malheureusement. Ceux qui auront survécu vont rappeler leur personnel. Mais attention. Pas tout leur personnel. Ils seront très prudents, ils voudront mesurer la reprise des ventes. Secoués par la crise, tous choisiront de rationaliser leurs opérations, de couper les coûts. C’est toujours le cas dans les récessions. Il y aura bien des laissés pour compte. 

Je suis de la génération X. Je connais le chômage. J’ai le souvenir de mes 20 ans. Lorsque le chômage oscillait entre 12 et 14 %, le taux chez les jeunes avoisinait alors les 20 %. Les diplômés universitaires s’attendaient à commencer en bas du bas de l’échelle. À temps partiel, précaire, sur un petit contrat, chacun prenait ce qui passait. 

« Je vous parle d’un temps que les moins de 35 ans ne peuvent pas connaître », chanterait Aznavour. C’est toute une génération qui ne connaît même pas la notion de chômage. Des années durant, la société leur a martelé l’idée du manque de main-d’œuvre. Ils ont grandi en pensant que dans la vie, on choisit son emploi et son employeur. 

Le choc 

L’adaptation à un monde de chômage élevé va être brutale. La recherche active d’emploi en laissant des CV partout pour finir par se faire dire non. L’idée d’accepter de prendre l’emploi qui passe même si ce n’est pas exactement dans ton domaine, même si le salaire est moindre que dans tes rêves.  

Les parents et grands-parents auront un travail d’éducation à faire. Un emploi, c’est précieux. Il faut savoir s’adapter, faire des compromis, se tailler une place. Il faut parfois cumuler deux emplois pour générer les revenus nécessaires. Il nous faudra raconter ce qu’est la vie en présence du chômage. 

Les gouvernements auront aussi des questions à se poser. Les récents budgets à Québec et Ottawa contenaient des mesures concernant la pénurie de main-d’œuvre. Est-ce encore logique de pousser les retraités vers le marché du travail lorsque trop de jeunes seront sans emploi ? 

La tendance de long terme favorable à un fort taux d’emploi devrait refaire surface. Mais il faudra d’abord traverser quelques années difficiles.