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Transfert «inhumain» en CHSLD: une dame de 94 ans infectée par la COVID-19

Transfert «inhumain» en CHSLD: une dame de 94 ans infectée par la COVID-19
Courtoisie

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Le pire scénario se confirme pour les membres d'une famille qui avaient dénoncé le transfert «inhumain» de leur mère en CHSLD en pleine pandémie: la dame de 94 a depuis été infectée et son état se détériore rapidement.  

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«Il est arrivé ce qu’on ne voulait pas qui arrive, soupire Francine Contant, la fille de Marie-Thérèse Saint-Onge. On a déménagé les personnes âgées et on les a mis en péril.»     

Mme Saint-Onge a été transférée le 20 mars dernier de la résidence pour personnes en perte d’autonomie Ciel Bleu à Pointe-aux-Trembles vers le CHSLD Jean-Hubert Biermans à Montréal.     

La famille dénonçait alors dans les pages du Journal un transfert «non urgent» et «inhumain» puisque la dame anxieuse allait se retrouver isolée, sans ligne téléphonique, sans cellulaire et sans internet.     

Ce déplacement est d’ailleurs temporaire puisque les établissements choisis par la famille n’ont pas encore de place.     

Dès son arrivée, Mme Saint-Onge a été placée dans une chambre avec une autre personne pendant 36 heures avant d’obtenir sa propre chambre.     

Juste avant de tomber malade, elle a pu parler à sa fille.     

«Elle m’a dit d’une voix décidée: “Viens me chercher, sors-moi d’ici!” Je la sentais très anxieuse», explique Mme Contant.     

Puis, l'état de Mme Saint-Onge s'est détérioré. Le 5 avril dernier, les enfants ont reçu l’appel tant redouté: leur mère venait d’être déclarée positive à la COVID-19.     

Elle ne s’alimente plus, ne boit plus et ne parle plus tant elle est faible. Elle reçoit maintenant des doses de morphine.     

Le 10 avril, sa fille a eu l’autorisation d’aller la visiter. Elle a ainsi pu faire un appel vidéo avec les autres membres de la famille.     

«On a pu lui parler pour qu’au moins elle puisse voir son monde une dernière fois», soupire son fils Michel Contant. Elle ne parle plus, mais on voyait qu’elle nous reconnaissait, elle nous envoyait des becs.»     

«Elle n’a pas tant de symptômes, mais je vois qu’elle est congestionnée énormément des poumons et son cœur ne va pas bien. Ils l’ont mise sur les soins de confort», nous a expliqué Mme Contant quelques minutes après avoir quitté le CHSLD.     

Le personnel la tient tout de même informée régulièrement de l’état de sa mère. Elle a eu l’assurance qu’elle pourrait la visiter de nouveau dans les derniers moments.     

«Inacceptable»  

Mme Saint-Onge habitait la résidence Ciel Bleu depuis qu’elle a fait deux AVC, il y a un an.        

En février, elle avait été réévaluée et sa cote est passée de 8 à 11, ce qui signifie qu’elle devait être transférée en CHSLD où elle recevrait plus de soin, nous avait expliqué en mars Mme Contant, qui a été infirmière en CHSLD pendant 31 ans.     

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, avait qualifié cette situation «d’inhumaine et d'inacceptable». «Les hébergements de transition, on dénonce ça depuis des années, on swing du monde d’un bord à l’autre. En temps normal, ce n’est pas acceptable, alors dans un contexte de crise, encore moins», avait-il dénoncé dans notre article de mars.       

Les membres de la famille sont convaincus que leur mère a été contaminée au nouvel établissement, car elle dit avoir été informée de deux autres cas à Biermans alors que l’ancienne résidence, Ciel Bleu, affirme n’en avoir aucun.     

CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal n’a pas voulu confirmer cette information.     

«À l'heure actuelle, nous ne sommes pas en mesure de vous donner les chiffres concernant les personnes infectées dans nos installations ou dans les autres milieux de vie, a indiqué le porte-parole, Christian Merciari.     

«On les a sacrifiées»  

Au-delà de la peine, la famille reste surtout avec un énorme sentiment de frustration en travers de la gorge.     

«Ils auraient pu les tester avant de les déplacer! Mais non, ils ont voulu aller tellement vite qu’ils ne l’ont pas fait. Il n’y a rien qui pressait pour ma mère et pour plein d’autre monde», rage M. Contant.     

«Ma mère nous a toujours dit: “Je ne veux pas mourir toute seule dans un CHSLD, on va là pour abandonner les vieux.” C’était sa hantise», lâche-t-il.     

«Il y en a une gang qui va partir comme ma mère, poursuit Francine Contant. Ils vont partir tout seuls. Et c’est épouvantable.»

AJOUT: en date du 14 avril, un document de travail gouvernemental obtenu par notre Bureau d’enquête et daté du 13 avril sur la liste des CHSLD qui ont des cas confirmés de COVID-19 indique qu’il y a 27 personnes infectées à la résidence Jean-Hubert Biermans, soit 14% des résidents.