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Le Québec va changer: il faudra investir dans nos labos

La crise aura permis de rappeler l’importance de la recherche pour affronter les pandémies

Labo recherche
Photo d'archives, Didier Debusschère Le Centre hospitalier universitaire de Québec a inauguré en janvier dernier un laboratoire qui permettra notamment de développer de nouveaux vaccins contre de graves infections comme le coronavirus.

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Le scientifique en chef du Québec espère que la Belle Province tirera des leçons importantes de la pandémie, dont celles de devenir plus autosuffisante et de mieux financer la recherche. 

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« Il faut s’assurer qu’on ait suffisamment de capacité ici au Québec, au Canada, pour produire des médicaments, des masques, des respirateurs, etc. Il ne faut pas tout externaliser, juste pour une question de coûts », soutient Rémi Quirion.  

En plus d’une réserve abondante de produits de première nécessité, le scientifique espère aussi voir plus de collaboration entre les acteurs de différents domaines.  

« Les équipes de recherches de différentes disciplines se sont vraiment mises ensemble pour trouver des solutions le plus rapidement possible, soit pour diminuer l’impact de la maladie, soit pour trouver un vaccin, même si ça risque de prendre du temps », ajoute-t-il.  

Plusieurs études sont pilotées depuis le Québec comme celle de l’Institut de cardiologie de Montréal pour tester un traitement qui réduirait le risque de complications pulmonaires et de décès liés à la COVID-19.   

Plus de fonds  

Si le Québec n’a pas vraiment tiré de leçons des dernières pandémies comme le SRAS en 2005-2006 ou l’Ebola, M. Quirion espère que nous serons mieux préparés pour la prochaine, « parce qu’il va toujours y en avoir une autre », soutient-il.  

« On avait coupé beaucoup le financement du côté de la santé publique, déplore-t-il. On se croyait un peu invincible, je dirais. [...] Peut-être que ça va permettre de réaliser qu’il faut investir davantage en recherche fondamentale. »  

Au moins, la pandémie « remue la science », pour reprendre les mots du scientifique en chef.  

« On voit que la science est importante, et la science, c’est du long terme. On ne peut pas investir une année, puis se dire qu’on arrête. Il faut du financement à long terme pour comprendre, par exemple, le fonctionnement d’un virus », affirme-t-il.  

Ne pas se décourager  

Malgré tout, il rappelle qu’au travers de cette crise sans précédent, il ne faut surtout pas se décourager.  

« C’est important de rajouter un peu d’espoir, et de ne pas oublier qu’on va s’en sortir. Oui, il y a des morts, mais il y a aussi énormément, entre 95 % et 96 %, de gens qui passent au travers », souligne-t-il.  

Fonds alloués* à la recherche en santé  

2014-2015 : 94,1 M$  

2015-2016 : 96 M$  

2016-2017 : 93,9 M$  

2017-2018 : 97,1 M$  

2018-2019 : 112,6 M$  

 *Sommes remises par le Fonds de recherche du Québec seulement. D’autres sources de financement publiques et privées sont aussi disponibles  

La production de médicaments doit être repensée  

Le Québec devra diversifier ses sources d’approvisionnement en matière première pour les médicaments, puisque la province n’est pas en mesure de produire à elle seule toutes les molécules nécessaires en cas de crise.  

« C’est particulier, parce que la majorité de la production de la matière première a été confiée à la Chine et à l’Inde par les pays développés [...] Ça nous rend plus vulnérables. Là, c’est une crise sanitaire, mais si ça avait été un conflit économique ou politique, on aurait été dans une autre position », explique Diane Lamarre, ancienne présidente de l’Ordre des pharmaciens du Québec.  

Entre 70 et 90 % de toute la production mondiale des ingrédients nécessaires à la confection de médicaments est concentrée dans ces deux pays, ajoute la professeure clinicienne à la Faculté de pharmacie.  

Plus de 8000 molécules  

Au Québec, il y aurait plus de 8000 molécules différentes autorisées, répertoriées sur le site de la Régie de l’assurance maladie du Québec, selon Mme Lamarre.   

« C’est très difficile de penser que le Québec pourrait produire la matière première pour tous ces médicaments-là, mais on pourrait certainement en produire une certaine quantité, pour être capable de diversifier les sources d’approvisionnement », croit-elle.  

Malgré ce handicap, certaines compagnies québécoises commercialisent et rendent disponibles un grand nombre de variantes génériques de remèdes à partir de la poudre importée de l’extérieur.  

Le coût de la main-d’œuvre est aussi un facteur à prendre en compte, ajoute-t-elle.   

« Ici, ce qu’il reste à faire bien souvent, c’est la mise en conditionnement, soutient Mme Lamarre. Ce qu’on fait très bien par contre, c’est la recherche [...] pour trouver les bonnes molécules pour un médicament. »  

Même pour la production du produit final, la spécialiste est d’avis qu’il est primordial d’avoir plus d’un fournisseur, au cas où il y aurait un problème.