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Le Canada devra revoir sa relation avec les États-Unis

Ottawa voudra réduire sa dépendance commerciale avec nos voisins

Poste frontalier
Photo Pierre-Paul Poulin La frontière entre le Canada et les États-Unis est toujours fermée au transport non essentiel. Au poste frontalier de Lacolle, jeudi, ce poids lourd transportant de la marchandise a pu traverser les douanes.

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Même si le Canada nage toujours en pleine pandémie, il peut déjà tirer des leçons de la crise, comme l'importance de se libérer de sa grande dépendance au marché américain.

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« C’est important pour le Canada de diversifier ses marchés. C’était déjà vrai avant, et ça va probablement l’être encore plus après la crise », analyse Richard Ouellet, professeur en droit économique international à l’Université Laval.   

Il précise toutefois que le Canada ne peut se permettre de tourner complètement le dos aux États-Unis.   

L'ex-stratège libéral Greg MacEachern relève que le gouvernement canadien poursuit l’objectif de moins dépendre de son voisin du sud depuis quelques années déjà. Pour preuve, Ottawa a conclu d’importants accords de libre-échange avec de nombreux pays d’Europe et d’Asie.  

Selon M. MacEachern, le blocage qu’a ordonné l’administration Trump sur une livraison névralgique de masques N95 au Canada laissera sans doute un goût amer. La cargaison de la compagnie 3M a finalement pu être livrée, mais il estime que l’épisode nuira à la réputation des États-Unis comme partenaire commercial de confiance.  

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Efforts d'autosuffisance  

Pour aider à la course à l’approvisionnement en pleine pénurie mondiale, le gouvernement Trudeau a appelé en renfort des entreprises canadiennes en leur demandant de réorienter leur chaîne de production vers la fabrication de matériel médical.    

« Peut-être qu’après, elles ne continueront pas de produire autre chose que leur [marchandise habituelle], mais on va savoir qu’elles sont capables de rapidement se revirer sur un 10 cennes », souligne une source gouvernementale.   

Celle-ci ajoute qu’Ottawa apprendra des erreurs du passé et gardera à l’avenir la réserve fédérale d’équipement sanitaire suffisamment garnie pour faire face à toute crise éventuelle.  

Or, l’autosuffisance a ses limites et les liens de libre-échange devront nécessairement se renouer quand le Canada rouvrira ses frontières.   

« Une fois l’émotion retombée, la réalité va sans doute nous rattraper [et] elle est telle qu’on a besoin d’accéder aux marchés étrangers », résume Charles-Emmanuel Côté, spécialiste en commerce international qui enseigne à l’Université Laval.  

Moins ouvert aux migrants ?  

À la fin mars, le gouvernement canadien a aussi drastiquement changé d'attitude quant aux migrants qui traversent la frontière canado-américaine de façon irrégulière, notamment par le rang Roxham.   

Ottawa s’est entendu avec Washington pour qu’ils soient temporairement refoulés de part et d’autre.  

Aux yeux du politologue de l’Université d’Ottawa François Rocher, il ne fait aucun doute que le Canada devra rouvrir sa frontière à ces demandeurs d’asile aussitôt la pandémie passée s’il ne veut pas contrevenir aux conventions internationales sur les réfugiés.  

Même son de cloche pour la vice-présidente de la Ligue des droits et libertés, Alexandra Pierre.  

« Par contre, il y a toujours un danger de refermer la frontière à la suite de la crise pour des raisons sanitaires ou d’autres prétextes », signale-t-elle néanmoins.