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Legault devient indélogeable

François Legault pourrait sortir presque canonisé de cet épisode qui marquera l’histoire.
Photo Didier Debusschère François Legault pourrait sortir presque canonisé de cet épisode qui marquera l’histoire.

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Il existe peu de certitude dans ce monde redéfini par l’onde de la COVID-19. Sauf celle‐ci : François Legault, devenu presque intouchable, aura les coudées franches pour s’acquitter de la plus importante tâche de sa vie, sortir l’économie du Québec de la crise. 

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Déjà, avant la pandémie, la lune de miel caquiste se prolongeait.  

Mais le premier ministre pourrait sortir presque canonisé de cet épisode qui marquera l’histoire. Il s’est montré plus qu’à la hauteur. Il s’est révélé comme homme d’État.  

Le premier ministre a gardé la confiance des Québécois tout en prenant des décisions difficiles qui leur imposaient des sacrifices inédits. Il l’a fait en les regardant droit dans les yeux ; en se montrant humain et compréhensif. En évoquant ses préoccupations pour sa propre mère de 91 ans ou en s’adressant directement aux enfants dans une vidéo pour les rassurer sur la livraison des chocolats de Pâques, Legault a touché bien des Québécois. 

Un sondage Ekos publié après une dizaine de jours de crise révélait un taux d’appui pharaonique de 94 % à son endroit, une cote probablement jamais vue hors des régimes dictatoriaux.  

Il y aura bien sûr un retour à l’Assemblée nationale à un certain moment, et les partis d’opposition se feront l’écho des victimes économiques et sociales que la pandémie aura laissées sur son sillon. 

Marcher sur des œufs 

Ils savent par contre qu’ils devront marcher sur des œufs, puisque des attaques frontales contre un gouvernement si populaire se retourneraient contre eux. Les journalistes ont appris depuis deux semaines que le public a la mèche courte à l’endroit de ceux qui remettent en question les décisions de leur leader bien-aimé. 

Suivis religieusement par 1,5 million de fidèles, les points de presse quotidiens du premier ministre sont attendus comme une messe de 13 h.  

Bien sûr, la pression monte graduellement, notamment en raison des ratés dans les CHSLD. Mais dans des circonstances aussi exceptionnelles de crise, la population cherchera davantage la stabilité. 

L’équipe de la relance 

Lui-même entrepreneur, François Legault éprouve sûrement un pincement à l’idée de multiples fermetures d’entreprises ne pouvant survivre à la « mise sur pause » de six semaines qu’il a décrétée. 

Mais il se retrouve épaulé dans la tempête par une équipe censée être bâtie sur mesure pour en affronter les périls.  

Plus que jamais, le pouvoir sera concentré dans les mains du groupe restreint formé d’Eric Girard (Finances), Pierre Fitzgibbon (Éco-nomie), Christian Dubé (Trésor) et Jean Boulet (Travail), qui approuvera avec le premier ministre chaque dollar dépensé par l’État dans l’optique de son impact pour la reprise. 

Chute brutale 

Depuis le 12 mars, si on exclut les services essentiels et les dépenses gouvernementales, c’est environ 40 % de l’économie québécoise qui s’est écroulée comme un château de cartes. 

Dans les officines du gouvernement, on dit que si François Legault a rapidement décidé d’étendre l’arrêt des entreprises non essentielles jusqu’au 4 mai, c’est surtout pour éviter d’avoir à le prolonger au-delà de cette date. La pression se fait sentir et s’accentuera pour une reprise graduelle. 

Le budget, caduc, du ministre Girard, avait prévu une croissance des dépenses de 5 %.  

Il faudra tenir compte des mesures d’aide annoncées depuis la COVID qui s’élèvent jusqu’ici à 4 milliards $. En 2020, un déficit est inévitable, mais personne ne lui en tiendra rigueur. Surtout après des années de surplus. Et pour relancer l’économie, François Legault misera sur des dépenses en infrastructures, et probablement une réduction du fardeau fiscal, sur laquelle il s’est déjà avancé. Rien pour perdre en popularité. 

Le travail de l’opposition sera important, mais ingrat. 

La tâche de François Legault sera colossale, mais il est en bonne position.