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Le Québec va changer: une réserve de guerre à préparer

La province devra s’équiper de millions de masques et de blouses pour la prochaine vague de pandémie

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie, MSSS En 2009, le ministère de la Santé a entreposé des millions de gants, masques, gel pour les mains et médicaments pour faire face à l’influenza A (H1N1), comme on le voit sur cette photo.

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Le Québec ne peut désormais plus tenir pour acquises ses réserves de matériel médical. Une fois passé le pire de la crise de la COVID-19, il faudra s’atteler à la tâche d’accumuler des millions de masques et de blouses dans des entrepôts sécurisés en vue de la prochaine vague de pandémie.  

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« Ça prend un entreposage géré par l’État et sécurisé », croit Pierre Laflamme, l’ancien coordonnateur pandémie du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.  

En 2009, le ministère de la Santé avait prévu des masques pour toutes les familles du Québec. M. Laflamme, qui avait alors mis sur pied un entrepôt de 23 millions de masques, estime qu’il faut de nouveau faire des réserves majeures.   

L’État québécois avait ainsi mis de côté 53 millions de gants, 2,3 millions de blouses médicales et des millions de bouteilles de gel pour les mains. Tous des produits qui manquent cruellement aujourd’hui pour faire face à la COVID-19.  

Réserves vidées  

Pierre Laflamme reconnaît qu’ils avaient probablement stocké trop de matériel. Certains équipements ont dû être jetés quelques années après l’épidémie d’influenza parce qu’ils avaient dépassé leur date de péremption.  

Les réserves ont été vidées dans les années suivantes, si bien qu’on n’en a plus aujourd’hui.  

Pierre Laflamme croit qu’on devrait remettre sur pied un entrepôt permanent qui servirait à la fois de réserve et de lieu pour alimenter les hôpitaux au quotidien. On éviterait ainsi de gaspiller du matériel tout en assurant une réserve en cas de pandémie.  

Selon lui, l’approvisionnement « just in time » a ses limites en temps de crise alors que tous les pays se battent pour les mêmes produits.   

« Ça nous prendrait une Hydro-Québec de l’équipement dans le réseau. C’est un peu triste ce qui se passe », dit-il sans toutefois vouloir tirer la pierre à qui que ce soit.   

Un rapport effectué par le Ministère en 2012 avait toutefois fait un constat on ne peut plus clair, mais qui n’a pas été suivi.  

« La planification de l’approvisionnement et les commandes doivent être effectuées bien avant une pandémie », peut-on lire dans le rapport d’évaluation du Ministère sur la gouvernance du réseau durant la crise de l’influenza A(H1N1).  

« On se battait pour les masques »  

Pour Paul G. Brunet du Conseil de protection des malades, il faut que l’État gère mieux ses stocks à l’avenir.   

« Ça ne date pas d’hier qu’on dit qu’on doit se prémunir. Déjà à l’époque du SRAS (2003), on se battait pour les masques », dit-il.  

Pour Pierre Laflamme, il faut aussi qu’une partie de la production soit faite localement. Il donne en exemple des usines de vêtements québécoises qui consacreraient une partie de leur production pour le réseau de la santé.  

« Il faut aussi que l’approvisionnement redevienne une priorité au Ministère avec une personne responsable qui doit répondre aux décideurs », conclut-il.  

CE QUE ÇA PREND DANS LA RÉSERVE   

  • Des millions de masques, gants, blouses, visières et autres équipements de protection médicale pour fournir le personnel médical pendant plusieurs semaines  
  • Stocker des médicaments et éventuellement un vaccin en grande quantité  
  • S’assurer d’avoir des entrepôts très sécurisés pour éviter les vols  
  • Avoir une bonne distribution vers les hôpitaux et CHSLD  
  • Produire une partie des équipements de protection au Québec  
  • Avoir des masques qui répondent aux normes  
  • Assurer un bon roulement des stocks pour éviter que des produits deviennent périmés    

Sources : Pierre Laflamme et rapport d’évaluation sur la gouvernance en temps de pandémie du ministère de la Santé et des Services sociaux