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Le Québec va changer: voyager ne sera plus pareil

L’industrie touristique devra s’adapter aux changements d’habitudes des consommateurs

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L’industrie du tourisme et du voyage se relèvera péniblement de cette crise mondiale qui laissera des traces à moyen et long terme. Nos comportements changeront. Le Journal a fait appel à plusieurs experts afin de mettre en lumière des effets prévisibles de la pandémie, dans les années à venir.  

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Le tourisme local aura la cote  

La passion du voyage ne s’estompera pas. Après des semaines, voire des mois de confinement, les gens auront envie de s’évader. Ils vont privilégier le tourisme local par choix, mais aussi par obligation en raison de la réouverture graduelle des frontières. Leurs ressources financières seront aussi limitées.     

Les offices de tourisme reverront aussi complètement leur stratégie pour cibler les marchés de proximité. «Je pense que les Québécois vont se réapproprier le Québec», observe Laurent Plourde, président du Groupe Voyages Québec.    

«À court terme, ça va se concentrer sur les destinations à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur du pays. On n’aura pas le réflexe d’aller en avion tout de suite», renchérit Lina Audet, présidente-propriétaire de Voyages Globe-Trotter.    

Les destinations soleil, prisées des Québécois, retrouveront cependant leur cote de popularité à l’avenir, prédit-elle, quand les conditions sanitaires se seront améliorées. «Les voyages dans le Sud vont demeurer une sorte de service essentiel...»    

Les billets d’avion coûteront plus cher  

Les compagnies aériennes traversent une crise alors que les clients, comme cet homme vu à un guichet d’une compagnie aérienne de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau hier, se font de plus en plus rares. Les voyageurs devront s’attendre à payer le gros prix pour s’envoler vers d’autres destinations après la pandémie.
Photo Pierre-Paul Poulin
Les compagnies aériennes traversent une crise alors que les clients, comme cet homme vu à un guichet d’une compagnie aérienne de l’aéroport Pierre-Elliott Trudeau hier, se font de plus en plus rares. Les voyageurs devront s’attendre à payer le gros prix pour s’envoler vers d’autres destinations après la pandémie.

La hausse des prix des billets d’avion semble inévitable. Certaines compagnies aériennes ne survivront pas à la crise. Les autres tenteront de renflouer leurs coffres et n’auront plus les reins assez solides pour offrir des rabais alléchants malgré la baisse du prix du carburant.     

Elles «limiteront leurs vols» aux destinations les plus rentables lors de la reprise des activités, selon Youssef Elbouziri, de l’agence Safari Voyage. «Quand il y a une crise, la logique veut que vous baissiez les prix pendant un certain temps, mais dans le cas présent, personne n’a la marge de manœuvre pour faire ça», observe le titulaire de la Chaire de tourisme Transat à l’UQAM, Paul Arseneault.     

«Pour les gens d’affaires qui recommenceront à voyager en premier, la demande sera supérieure à l’offre. Je suis convaincu que les prix vont être stratosphériques», croit-il.     

Les procédures de désinfection entre chaque vol, forcément plus longues, auront également un impact sur la rentabilité des transporteurs. «Un avion, c’est payant dans les airs, pas sur le tarmac», souligne M. Arseneault.    

Les croisières seront moins populaires  

Les images de croisiéristes isolés dans leur cabine dans un port à l’étranger, comme il est arrivé avec le Diamond Princess au Japon, ont marqué les esprits. Les amateurs de croisières vont peut-être se tourner vers des bateaux plus petits, dans les prochaines années, croient certains experts.
Photo d'archives, AFP
Les images de croisiéristes isolés dans leur cabine dans un port à l’étranger, comme il est arrivé avec le Diamond Princess au Japon, ont marqué les esprits. Les amateurs de croisières vont peut-être se tourner vers des bateaux plus petits, dans les prochaines années, croient certains experts.

L’industrie des croisières souffrira plus longtemps que les autres. Il lui faudra «des années» pour se remettre à flot, estime Michel Archambault, expert en tourisme à l’UQAM. Personne ne veut être coincé sur un navire, isolé dans sa cabine «en plein milieu de l’océan» ou dans un port étranger, souligne-t-il.     

Les images et les témoignages de croisiéristes mis en quarantaine, au début de la crise, vont laisser des traces et susciter une plus grande méfiance. La crainte d’un nouveau virus sera toujours présente, même si un vaccin vient à bout de la COVID-19.     

«Ce sont des images qui vont rester et vont continuer à nourrir l’imaginaire touristique de manière générale. Le tourisme de croisières est plus fragile», souligne Habib Saidi, professeur d’ethnologie à l’Université Laval et directeur de l’Institut du patrimoine culturel.     

L’industrie devra inévitablement se repositionner et se rabattra peut-être, dorénavant, sur des bateaux plus petits au lieu de repousser sans cesse les limites du gigantisme avec des villes flottantes de plus de 6000 passagers.     

«Cette industrie là va se transformer, mais je suis convaincu qu’elle va perdurer», relativise néanmoins Laurent Bourdeau, professeur au Département de géographie de l’Université Laval.    

L’industrie va se réinventer (encore)  

Envoyée au tapis à plusieurs reprises dans le dernier siècle à la suite d’attentats, d’épidémies locales ou de guerres, l’industrie du tourisme a toujours su se relever. La crise actuelle, planétaire, la forcera à se réinventer encore une fois. Des entreprises vont fermer, mais d’autres vont naître.  

«L’industrie est condamnée à innover. Elle va se transformer. On était dans une logique de surconsommation. Ça va être intéressant de voir comment une partie de l’industrie va s’adapter, alors que l’autre partie va vouloir garder le modèle actuel», souligne Laurent Bourdeau, titulaire d’une chaire en tourisme à l’Université Laval.  

La crise risque de sonner le glas du problème du «surtourisme» dans les grandes villes, selon Habib Saidi, professeur d’ethnologie à l’Université Laval. «On va plutôt opter pour d’autres formes de tourisme, à petite échelle, qui favorisent les petites villes et villages. Les acteurs du tourisme sont très résilients et vont trouver des moyens pour aller au-delà de toutes les prévisions un peu apocalyptiques.»    

 Un avenir incertain  

«Je ne fais pas partie des “catastrophistes”, mais je ne mets pas non plus des lunettes roses. Ça risque d’être long [avant une reprise normale]. On ne sera jamais à l’abri d’une autre pandémie dans les prochaines décennies.» 

 – Paul Arseneault, Chaire de tourisme Transat à l’UQAM  


«À chaque crise, le tourisme a toujours su profiter de ces catastrophes-là, mais là, on fait face à du nouveau. Tout le monde en même temps sur la planète est touché. Donc, on navigue à vue. Personne n’est assez malin pour prédire tous les changements qui vont survenir, mais la logique du volume va être attaquée.» 

 – Laurent Bourdeau, Chaire de recherche sur l’attractivité et l’innovation en tourisme à l’Université Laval  


«On a une occasion unique de réfléchir à nos comportements. Le nombre de voyageurs internationaux était en croissance exponentielle avant le début de la crise, c’était une menace pour l’environnement, alors on espère que quelque chose de positif ressortira de cette crise et qu’on trouvera des alternatives plus durables.»  

– Thomas Druetz, professeur à l’École de santé publique de l’Université de Montréal  

 – Avec la collaboration de Taïeb Moalla et Daphnée Dion-Viens