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COVID-19: L’Allemagne est-elle vraiment le meilleur modèle à suivre?

On déplore assez peu de décès pour l’instant dans le pays le plus populeux d’Europe

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Photo AFP On voit ici un centre de dépistage du coronavirus dans lequel les Allemands peuvent rester au volant de leur véhicule. En mortaise, l’hebdomadaire Der Spiegel titrait : « Somme nous prêts ? » à la mi-mars, au moment où les mesures de confinement débutaient. Le pays compte actuellement 2736 décès et 124 288 cas de COVID-19.

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Avec une faible mortalité parmi les cas de COVID-19, l’Allemagne est souvent citée comme un exemple à suivre dans sa gestion de la pandémie du coronavirus. Mais les autorités allemandes préviennent qu’il est trop tôt pour parler de « success story ».  

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Mardi, la Direction nationale de santé publique du Québec présentait ses scénarios sur les effets de la COVID-19, dont une prévision de décès. La plus optimiste se basait sur l’expérience allemande.  

« L’Allemagne avait vraiment de bons résultats pour les décès », a dit le Dr Richard Massé, conseiller stratégique de la Santé publique, en conférence de presse.  

Il est vrai qu’avec moins de 2 % des cas se terminant en décès, l’Allemagne fait bonne figure comparativement à ses grands voisins européens.  

En France, en Italie et au Royaume-Uni, le taux de mortalité dépasse 10 %.  

« Nous ne sommes qu’au début des événements. Il est beaucoup trop tôt pour parler d’un “success story” », prévient en entrevue Marieke Degen, porte-parole de l’Institut Robert Koch, l’établissement fédéral allemand de santé publique.  

Trois facteurs positifs​  

Mme Degen attribue la bonne gestion du virus par l’Allemagne à trois facteurs, soit l’isolement rapide des personnes malades et de leurs proches, une capacité accrue de tests et de soins intensifs, ainsi que la protection des groupes à risque.  

Près de 70 % des gens infectés ont entre 15 et 59 ans, les premières personnes infectées ayant surtout été des jeunes, revenant de vacances de ski, début mars.  

« Mais nous ne sommes qu’au début de l’épidémie et nous voyons le taux de mortalité monter, ce qui s’explique notamment par le fait que nous voyons de plus en plus d’éclosions dans des hôpitaux et des résidences. De plus en plus de personnes âgées sont affectées », souligne Marieke Degen.  

25 000 lits de soins intensifs  

Avec près de 25 000 lits de soins intensifs dans le pays, soit deux fois et demie plus que la France, l’Allemagne est toutefois bien équipée pour permettre aux plus affectés par la maladie de s’en sortir.  

Les Allemands vivent tout de même avec des règles de confinement strictes depuis la mi-mars, dont l’interdiction des rassemblements à partir de deux personnes.  

« Les personnes qui habitent dans un même logement peuvent sortir ensemble, mais s’ils sont un bon groupe, ils risquent de se faire contrôler, à moins d’être vraiment une famille », relate Joshua Riehl au Journal.  

Les règles de confinement sont un peu différentes d’une ville et d’une province à l’autre, rappelle ce travailleur social résidant à Halle, au centre du pays. Mais les écoles sont fermées dans tout le pays et de manière générale, les commerces non essentiels, au moins jusqu’au 19 avril.  

Dans son cas, Joshua Riehl peut encore aller à son lieu de travail, mais pour y faire des consultations à distance.  

« Mon travail est près de ma résidence, alors si je me fais contrôler, ça passe facilement, mais certains de mes collègues dans d’autres villes ont besoin d’avoir des attestations de leur employeur », indique-t-il.  

Aide aux salariés  

Plusieurs personnes ont perdu leur emploi mis sur pause avec la crise, mais en Allemagne il est aussi possible de recevoir des prestations de chômage partielles.  

« Je peux par exemple travailler 50 % de mes heures, qui seront payées au plein salaire par mon employeur et le chômage me versera 60 % de mon salaire pour l’autre moitié de mes heures », explique M. Riehl.  

Ce chômage partiel a permis au pays de se relever rapidement de la crise économique de 2008. Mercredi dernier, des économistes du gouvernement estimaient que le taux de chômage grimperait autour de 5,9 % après la crise du coronavirus.  

Allemagne     

  • 82,92 M habitants   
  • 124 288 cas  
  • 2736 morts     

Des tests à la tonne  

L’Allemagne (environ 83 millions d’habitants) est aussi parmi les pays populeux où l’on teste le plus et de manière large, avec notamment des tests à l’auto.   

Depuis le 16 mars, environ 350 000 tests sont faits chaque semaine, a compilé l’Institut Robert Koch, d’après les données de 177 laboratoires différents.  

« Nous avons rapidement suggéré de tester à grande échelle parce que nous en avions la capacité en laboratoire. C’est probablement pour cela que nous avons rapidement vu un grand nombre de cas, dont plusieurs avec des symptômes légers », explique Marieke Degen.