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Garder le cap sur la réussite éducative

François Legault, premier ministre
Photo Annie T. Roussel François Legault, premier ministre

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Au cours du point de presse de vendredi dernier, le premier ministre du Québec a communiqué qu’une ouverture des écoles le 4 mai 2020 – et peut-être même avant – était un scénario envisageable. Cette annonce a eu un effet-choc sur la population, particulièrement chez le personnel scolaire et les parents, bien qu’il ait été réitéré – lors du point de presse du samedi 11 avril – que cette décision serait prise en concertation avec la Santé publique.   

Sachant que l’école a pour mission de favoriser la réussite éducative du plus grand nombre, un retour rapide de l’ensemble des élèves québécois pourrait avoir un effet néfaste sur la poursuite de cet objectif. Avant même de penser à la réouverture des écoles, il faut réfléchir à une manière de les rouvrir qui permettrait un climat scolaire propice aux apprentissages et une gestion des risques pour tous.   

Le premier ministre voulait lancer un message d’espoir. Cependant, en reliant relance économique et ouverture des écoles, il a laissé en suspens la question de l’importance des apprentissages, et surtout celle des inégalités créées par la crise. On regrette par ailleurs l’absence d’éléments contextuels qui auraient permis à la population de bien cerner les modalités de ce retour en classe, ses avantages et ses limites.  

Plutôt que de laisser interpréter à qui le souhaite que l’école n'est qu’un endroit où l’on stationne les enfants lorsque les parents vont travailler, il faudrait rappeler qu’elle est d’abord et avant tout un milieu de vie qui vise l’instruction, la socialisation et la qualification des élèves. Malgré les efforts du ministère de l’Éducation dans les dernières semaines pour «ouvrir l’école» en recourant à des modalités d’enseignement à distance, ce ne sont pas tous les élèves qui profitent également des ressources mises en place. Tel que mis en évidence par plusieurs, dont l’UNESCO, la fermeture des écoles peut entraîner d’importantes inégalités pour les élèves vulnérables, particulièrement ceux issus des milieux défavorisés et ceux en difficulté d’apprentissage.   

Comme suggéré par certains chercheurs, nous pouvons réfléchir à une réouverture graduelle des écoles en priorisant les élèves en difficulté et les enfants des travailleurs essentiels. Si le Québec continue de développer une immunité de groupe en respectant les limites de nos centres hospitaliers, les élèves et les enseignants ne doivent pas devenir des vecteurs de transmission mettant en danger les plus vulnérables. Au contraire, il faut accroître les mesures de détection des cas et de traçabilité, de manière à les épargner. Des mesures de protection des élèves et des membres du personnel doivent aussi être mises en place.   

Plusieurs actions sont possibles pour le Québec. À titre d’exemple, nous pouvons:    

  • privilégier une pédagogie en alternance (virtuelle et en classe);   
  • augmenter les mesures sanitaires;   
  • diminuer le nombre de jours en classe par semaine;   
  • revoir la plage horaire pour éviter que plusieurs élèves se trouvent au même lieu au même moment;   
  • retirer les élèves et les enseignants à risque en leur permettant d’être reliés à la classe virtuellement;   
  • éviter, autant que possible, la multiplication des groupes;   
  • prévoir une aire de jeu extérieure dans un espace délimité pour les groupes.     

Le climat scolaire et le bien-être des acteurs scolaires reposent sur un sentiment de sécurité et sur une collaboration harmonieuse entre les élèves, le personnel de l’école et les parents. Il est du devoir du premier ministre de s’assurer que ces conditions soient réunies lorsqu’il rouvrira les écoles, que ce soit pour terminer la présente année scolaire ou commencer la prochaine.  

Olivier Lemieux, Anne-Michèle Delobbe et Mélanie Tremblay
Professeurs à l’Université du Québec à Rimouski, campus de Lévis