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L’État, c’est moi (sauf si ça va mal)

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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Le président Trump a ajouté une pierre à l’édifice déjà vertigineux de son narcissisme autoritaire en retardant l’émission des chèques d’assistance aux Américains affectés par la COVID-19 pour que son nom y soit imprimé. 

À la suite du passage d’un plan de 2000 milliards de dollars pour pallier les ravages de la COVID-19, des dizaines de millions d’Américains attendent leur premier chèque d’assistance. Malgré l’urgence, ils devront patienter quelques jours de plus, car le département du Trésor a reçu l’ordre sans précédent d’imprimer le nom du président sur chacun de ces chèques. 

Ce n’est qu’un exemple de l’esprit qui anime ce président qui défie tous les précédents et toutes les normes, et dont la réélection viendrait clouer au plancher certains des principes fondateurs de la République américaine, dont celui d’éviter qu’un président ne s’arroge le pouvoir des rois.  

Narcissisme autoritaire 

La crise du coronavirus est venue amplifier le penchant autocratique de Trump, qui affirmait déjà en 2016 que lui seul pouvait régler tous les problèmes. Il en remet aujourd’hui une couche en affirmant, faussement, que son autorité dans la gestion de cette crise est illimitée.  

Chaque jour, pendant ses briefings interminables, son narcissisme est aussi en évidence. Tout est centré sur Donald Trump, qui insiste pour monopoliser le micro, et surtout – comme les bénéficiaires de l’aide fédérale pourront le noter en recevant leur chèque – pour s’accaparer le crédit pour tout ce qui pourrait alléger le fardeau de cette catastrophe. 

Aucune responsabilité 

Quant à la responsabilité pour les décès qui auraient pu être évités, c’est une tout autre affaire. Quand ça va mal, c’est la faute des autres. 

C’est la faute de la Chine, bouc émissaire favori de Trump. C’est la faute de l’Organisation mondiale de la santé, qu’il menace de priver de la contribution américaine en l’accusant d’avoir sous-estimé la pandémie, même si l’OMS avait déjà sonné l’alarme quand Trump prétendait encore que le coronavirus allait épargner les États-Unis.  

C’est la faute des médias, comme d’habitude. C’est la faute des démocrates du Congrès, qui ont « distrait » le président avec leur procédure de destitution. C’est la faute de Barack Obama, même si Trump a démantelé les structures qu’il avait mises en place pour affronter une éventuelle pandémie. C’est la faute des gouverneurs, surtout ceux qui n’expriment pas leur gratitude envers un si bienveillant président. 

Bref, c’est la faute de tout le monde, sauf de Trump. Il réclame toute l’autorité, mais n’assume aucune responsabilité. Sa réponse le 13 mars dernier à une question sur l’aggravation de la crise pourrait devenir l’épitaphe de sa présidence : « I don’t take responsibility at all ».  

Détournement électoraliste 

En transformant ses communications de crise en spectacles partisans et en faisant imprimer son nom sur les chèques d’assistance, le président montre qu’il ne reculera devant rien pour détourner la gestion de cette crise à des fins électoralistes.  

Le pire, c’est que ça pourrait fonctionner. Le parti de Trump ressemble de plus en plus à un culte de la personnalité et, comme leur survie politique est inextricablement liée à celle de l’objet de ce culte, les politiciens républicains jouent son jeu. 

Donald Trump tire de l’arrière dans les sondages, mais étant donné son exploitation de la crise, les énormes moyens de sa campagne et les efforts des républicains pour restreindre l’accès aux urnes d’une partie de l’électorat démocrate, sa réélection est loin d’être exclue.