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Chine: l’habitude de mentir

Le président chinois Xi Jinping
Photo d'archives AFP Le président chinois Xi Jinping

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Le gouvernement chinois a l’habitude de mentir. À sa population d’abord. Il ne supporte pas la moindre critique. Les Chinois qui osent critiquer le gouvernement le moindrement se retrouvent en prison.  

Et pourtant, il y a de quoi critiquer le gouvernement de Xi Jinping.   

L’habitude de mentir vient de loin. Le Parti communiste chinois mentait déjà régulièrement dès les années 20, bien avant son arrivée au pouvoir en 1949.   

Voyez ce qu’en pense quelqu’un qui a bien connu le Parti communiste chinois à l’époque :   

«Les Rouges dupent les peuples libres pour les empêcher d’interpréter sainement les buts et méthodes communistes [...] Renseignement, propagande, pourparlers de paix, opérations militaires, tout offre aux communistes une occasion de tromper l’adversaire. En matière d’espionnage par exemple: les PC de tous les pays sont des organisations d’espionnage; le PC chinois nous a volé mille informations, et nous a empêchés d’en recueillir; il a même été plus loin, il a fourni de fausses indications aux nations occidentales pour nous faire perdre leur confiance.»   

Tchiang Kai-Sheck, Comment les communistes se sont emparés de mon pays, Paris, Morgan, 1958, p. 351.  

Qui est Tchiang Kai-Sheck? Il s’agit de l’ancien président de la Chine. Évidemment, Tchiang Kai-Shek est lui-même plein de rancœur. Son gouvernement était corrompu et incompétent.*   

Mais il n’est pas le seul à rapporter ce genre de mensonge. Pendant la période du Grand Bond en avant (une politique industrielle délirante de Mao Zedong, entre 1958 et 1962), les autorités régionales ont pris l’habitude de mentir et de gonfler leurs rendements pour mieux paraître face au gouvernement central. L’épisode s’est terminé par une gigantesque famine nationale (camouflée) et par l’éviction de Mao du champ de l’économie (éviction passée sous silence).   

Mentir au temps de Nixon  

En 1972, lors du voyage de Nixon en Chine, les journalistes qui accompagnaient le président américain avaient été invités à se promener librement dans les rues d’une douzaine de villes chinoises. Ils ignoraient que le gouvernement avait fait répéter les citoyens pendant des mois avant l’arrivée des journalistes, au cas où ils se feraient poser des questions.   

Même Mao se faisait mentir. Lorsqu’il sillonnait la Chine à bord de son train privé, les services de renseignement chinois peuplaient les gares où passait son train d’agents et de figurants, question que le président chinois puisse observer la vie quotidienne de son bon peuple en toute sécurité. Et peut-être aussi pour éviter que certains en profitent pour se plaindre à lui.   

Amélioration  

Les choses ont commencé à s’améliorer quand Deng Xiaoping a pris le pouvoir en 1978. À partir de ce moment, la Chine s’est ouverte à nouveau au monde. Il est devenu possible de critiquer le gouvernement en privé, et même, avec les années, en public, jusque dans une certaine mesure.   

Les données du gouvernement chinois sont devenues de plus en plus fiables.   

Mais le gouvernement est devenu de plus en plus autoritaire dans les années 2000. En 2012, l’arrivée de Xi Jinping a accéléré le retour au contrôle effréné de l’information, à la propagande tous azimuts et donc au mensonge.   

Vieux réflexes retrouvés  

Le Parti communiste chinois a retrouvé ses vieux réflexes de mensonge.   

Mais le Parti communiste chinois a un problème. Il ne peut pas facilement faire taire la critique à l’extérieur de la Chine. Plus que cela, il a désormais affaire à des populations beaucoup plus éduquées, tant en Chine qu’à l’extérieur. De même, les dirigeants du reste du monde ne sont pas tous de grands naïfs comme Tchiang Kai-Sheck.   

Le gouvernement de Xi Jinping ment. Il ment de manière parfois simpliste. Il était évident que lorsque la COVID-19 sortirait de Chine, elle ferait des ravages dans les autres pays du monde. Il était évident que les statistiques chinoises seraient comparées à celles des autres pays. Or les statistiques chinoises ne tiennent pas la route. Ni pour le nombre de personnes infectées ni pour le nombre de décès.   

Le nombre d’annulations soudaines de contrats pour des téléphones cellulaires (des millions) donne un aperçu plus probable du nombre de victimes.   

Mais voilà, le gouvernement chinois veut montrer à sa population qu’il est hypercompétent, que les gouvernements à la tête des pays démocratiques ne peuvent pas protéger leur population. Alors le gouvernement chinois présente des chiffres qui sont faux.   

Il est toujours plus facile de déformer les faits et de mentir plutôt que de remettre en question une doctrine idéologique.   

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*Les autorités chinoises détestent que les gens utilisent des sources taïwanaises. Il y a plusieurs années, alors que je remplaçais un professeur invité chinois dans une université du Québec, j’avais découvert avec stupéfaction que ce professeur donné de très mauvaises notes à des étudiants simplement parce que certaines de leurs sources étaient taïwanaises.