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­Odette a pris soin des enfants

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Photo d'archives

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Après plus de 40 ans à prendre soin des tout-petits, Odette Caron prend sa retraite. Son histoire, c’est aussi celle de l’évolution des services de garde au Québec.  

Je suis née en 1984. Ma mère, qui m’a eue à l’âge de 25 ans et qui s’est retrouvée veuve alors que j’avais un peu plus d’un an, m’a souvent raconté que, lors des premières années de ma vie, elle m’envoyait chez la gardienne pour pouvoir travailler... et elle travaillait pour pouvoir payer la gardienne!  

Il est toujours impressionnant de voir l’impact qu’ont eu les services de garde accessibles sur la vie des Québécoises.  

Quand j’ai eu mon premier enfant, j’ai dû patienter deux ans et demi avant de recevoir l’appel d’un CPE. La seule place qui m’avait été offerte dans ces années d’attente, c'était une place dans un milieu familial beaucoup trop loin de chez moi.  

Je me rappelle quand Odette m’a parlé au téléphone. Moi, j’ai crié: «OUI, OUI, ON PREND LA PLACE!» Elle me répond: «Ma belle fille, prends donc le temps de venir visiter, pour voir si tu aimes ça.» Je lui ai répondu oui, oui, bien sûr, mais je ne voyais pas comment j’allais pouvoir refuser cette place tant attendue. 

Mon grand a donc fréquenté le CPE Clair de lune jusqu’à la maternelle. Et 10 ans plus tard, le même CPE accueille mon plus jeune. Pouvez-vous croire que la grande majorité des éducatrices y sont toujours? Lors des 12 mois durant lesquels mon petit bonhomme a fréquenté sa garderie privée, il a connu environ huit éducatrices différentes. Le jour et la nuit! 

Lorsque nous avons repris notre quotidien avec cette super équipe, j’ai été un peu triste d’apprendre qu’Odette, la directrice du CPE, était sur le point de prendre sa retraite. J’ai eu envie de revisiter son parcours, celui d’une véritable pionnière des services de garde. 

Une pionnière à Québec 

Tout commence quand, en 1974, quelques femmes du quartier Montcalm, à Québec, décident de se réunir pour briser leur isolement et s’entraider. Lors de ces rencontres, elles prennent chacune, à tour de rôle, la responsabilité de s’occuper des enfants du groupe. 

En 1975, Odette ouvre une petite halte-garderie dans des locaux temporaires... et elle se retrouve rapidement débordée! Une vingtaine de petits fréquentent alors la garderie d’Odette un jour par semaine. Chaque fois, elle doit tout ranger une fois les enfants partis, puisque les locaux servent à d’autres activités les autres jours de la semaine.  

En 1978, Odette obtient une aide financière de 20 949$ du programme «Canada au travail» afin d’ouvrir sa garderie à but non lucratif. Située aux Loisirs Montcalm, la garderie Passepoil voyait le jour! L’installation, devenue un CPE quelques années plus tard, y est toujours 42 ans après sa création.  

La garderie Passepoil est un lieu où les enfants apprennent des réalités parfois différentes de celle de la maison. Un article du Soleil de 1980 relate: «À la garderie, c’est un homme qui prépare les repas. [...] Les garçons sont surpris et les filles aussi... “Tu n’es pas une maman et tu cuisines?” demande une fillette, surprise. Heureux décloisonnement des tâches!»  

Dans les années 1980, une place à la garderie coûte une dizaine de dollars par jour, des parents y travaillent bénévolement et il n’y a pas de financement récurrent. Rénover ou agrandir, établir une politique salariale, équilibrer le budget, tout est un défi. Trouver de l’argent est une préoccupation continuelle. On organise des ventes de calendriers pour trouver quelques centimes supplémentaires. Il y a des périodes où les éducatrices baissent volontairement leur salaire, lorsqu’il y a un déficit. On trouve parfois du financement à la caisse populaire ou à la municipalité. 

J’imagine qu’il y a un lien avec les nombreuses difficultés financières qu’elle a dû surmonter, mais Odette a toujours eu un souci d’économie. Elle a géré de façon diligente tout au long de sa carrière, et elle a toujours porté une attention particulière pour que ça ne coûte pas cher aux parents. Une belle façon de s’assurer que tous les enfants se sentent inclus. 

En 1997, la ministre de l’Éducation du gouvernement Bouchard, Pauline Marois, dévoile la nouvelle politique familiale du Québec. En plein contexte de déficit zéro, le gouvernement péquiste choisit d’équiper le Québec d’un outil de développement et de mobilité sociale incroyable: des centres de la petite enfance offrant des services de qualité à 5$ par jour. 

Le CPE Clair de lune 

C’est en juillet 1999 qu’Odette ouvre l’installation du CPE Clair de lune, qui compte 24 places. À ce moment, il y avait un important volet familial composé de 39 services de garde en milieu familial. Cela signifiait environ 250 places.  

Lorsqu’il y a eu un appel d’offres pour les bureaux coordonnateurs, le CPE Clair de lune n’a pas réussi à obtenir de permis pour continuer à gérer ses services de garde en milieu familial. Après la perte du volet familial en 2006, le CPE a continué son évolution avec une installation, et le nombre de places a augmenté au fil des ans pour atteindre 40.  

Durant toutes ces années, Odette a su mettre en place un climat agréable, autant pour les éducatrices ou les responsables de services de garde en milieu familial (RSG) que pour les enfants et leurs parents. Et elle n’a jamais opté pour la facilité! Les enfants ont eu droit à toutes sortes d’activités palpitantes: aller en bus au Zoo de Granby, ou encore aller en train au Biodôme de Montréal, faire une croisière sur le fleuve, rien ne décourage Odette quand vient le temps d’offrir des expériences enrichissantes aux tout-petits! Elle disait souvent, à la blague: «Il y a juste l’avion que je n’ai pas pris avec les enfants!»

Odette a également su offrir un environnement des plus sécuritaires aux enfants qui lui ont été confiés. Elle s’est d’ailleurs investie dans plusieurs comités qui se sont penchés sur la sécurité des enfants. Elle a notamment contribué à la conception de la trousse Baladine de la SAAQ, un guide destiné aux enfants de 2 à 5 ans et à leurs parents, visant à promouvoir l’utilisation adéquate du siège d’auto. 

Odette prend aujourd’hui sa retraite, mais elle ne part pas sans s’assurer que sa philosophie et son héritage perdurent. Sa collègue de longue date, Kathleen, a pris la relève à la direction de l’établissement. Et sa fille Annie y travaille toujours, en compagnie de collègues qui sont au CPE depuis des années, Karine, Carole, Manon, Mélanie, et en compagnie, aussi, de celles qui se sont ajoutées plus récemment, Andréanne et Laurence. 

Odette a eu un impact. Elle a offert une tranquillité d’esprit à des centaines de parents, elle a créé un lieu de travail stable et stimulant pour de nombreuses femmes, elle a permis à de nombreuses mamans de s’épanouir dans une carrière. Mais surtout, elle a permis à des milliers d’enfants de démarrer la vie du bon pied.  

Ton histoire est notre histoire. Comme parents et comme société, aussi. 

En ce moment, privée de garderie, je peux vous assurer que j’apprécie encore davantage le précieux travail des travailleurs et travailleuses des services de garde.  

Bonne retraite, Odette!