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Québécois prisonniers sur leur voilier

Des plaisanciers ne peuvent être rapatriés alors que la saison des ouragans approche

Séric (pas de nom de famille)
Photo courtoisie Séric, qui voyage en solitaire, est amarré dans une baie d’une île de Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Derrière, le voilier d’un autre Québécois prisonnier sur son bateau.

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Une soixantaine de Québécois «sont pris» sur leur voilier, amarré dans les baies des îles caribéennes sans y avoir accès en raison de la fermeture des frontières.  

«Les couchers de soleil sont beaucoup moins beaux», lance Séric, un skipper québécois prisonnier de son bateau dans une baie des îles Saint-Vincent-et-les-Grenadines.  

Comme les autres Québécois à bord d’une trentaine de voiliers, Séric a été surpris par la fermeture des frontières de ces petites îles qui se protègent de la pandémie de coronavirus.  

Marie-Michelle Larouche va accoucher de son troisième enfant aux îles Caïmans.
Photo courtoisie
Marie-Michelle Larouche va accoucher de son troisième enfant aux îles Caïmans.

Prison dorée 

Une prison dorée à première vue, compte tenu de la température et du paysage, mais la situation est de plus en plus inquiétante pour ces voyageurs. Séric a tenté le 21 mars dernier de rentrer à Grenade, où il pouvait remiser son bateau avant de prendre un vol pour rentrer à la maison. 

Or, le skipper s’est fait refuser l’entrée par les garde-côtes. Le voyageur solitaire s’est donc réfugié dans une baie, rejoint plus tard par un autre voilier québécois, pour faire une quarantaine de deux semaines.  

Depuis, il peut se rendre sur l’île pour acheter des produits de première nécessité, mais «il n’y a pas grand-chose, il n’y a pas de Loblaws», illustre-t-il.  

Marianne Brouillard, son conjoint et ses quatre enfants, présentement en Caroline du Nord, remontent vers le Québec.
Photo courtoisie
Marianne Brouillard, son conjoint et ses quatre enfants, présentement en Caroline du Nord, remontent vers le Québec.

Une opération coordonnée 

Avec la saison des ouragans qui pointe à l’horizon, Séric réclame, avec la trentaine d’occupants de voiliers québécois qu’il a recensés, de l’aide de la part du gouvernement canadien pour les rapatrier. «Ça ne donne rien d’envoyer un avion tout de suite, il faut coordonner tout ça», explique-t-il, précisant que l’opération pourrait «prendre des semaines». 

Il faudrait d’abord rapatrier les voyageurs vers des îles qui permettent le remisage des bateaux. «Un bateau, ce n’est pas une auto», explique le skipper, soulignant l’importance de protéger les embarcations d’éventuels ouragans. 

Sauf que ces îles, Grenade ou les Bahamas par exemple, sont parfois à des jours de navigation. «Certains vont devoir faire deux semaines de navigation juste pour se rendre à Grenade, sans compter le temps pour remiser les bateaux», explique-t-il. 

Tous ces défis logistiques risquent donc de prendre plusieurs semaines, selon Séric, ce qui mène à la saison des ouragans et à la nécessité d’agir maintenant. Il y a aussi des questions diplomatiques à régler pour permettre aux Canadiens d’accéder aux îles afin de prendre un vol de rapatriement.  

Tension plus grande 

Sans compter que plusieurs plaisanciers ont des statuts plutôt vagues en ce moment. Un skipper amarré tout près de Séric n’a pas le droit d’être sur place, mais n’a aucun autre endroit où aller. «Il n’est pas en règle. Heureusement pour lui, les garde-côtes ne sont pas venus le contrôler», raconte Séric. «La tension augmente dans les îles, on n’est pas dans un Club Med», plaide-t-il.      

Sauve qui peut ! 

La fermeture des différentes frontières insulaires cause tout un casse-tête aux navigateurs qui tentent de trouver refuge, alors qu’une Québécoise se résigne à accoucher aux îles Caïmans et qu’une famille a décidé de faire la longue route vers le Québec en naviguant. 

La fermeture des frontières des Bahamas près de la Floride, où le gouvernement demande aux plaisanciers de quitter les lieux, entraîne beaucoup d’incertitude. Se butant à une frontière close, Marianne Brouillard et sa famille de quatre enfants ont donc décidé de faire la grande remontée vers le Québec à la voile.  

Après le voyage de quatre jours vers la Floride, la famille remonte tranquillement la côte atlantique sur son trimaran. Ils craignent cependant d’être refoulés au canal Champlain, débutant dans l’État de New York, l’épicentre de la pandémie.  

Leur plan B serait alors de passer par la Nouvelle-Écosse. «Ce voyage en extra implique au minimum deux mois de plus et une mer forte à affronter», dit la mère.  

Accoucher aux îles Caïmans 

Prise aux îles Caïmans depuis le 12 mars, Marie-Michelle Larouche s’est quant à elle résignée à accoucher dans les Caraïbes à la mi-mai. Si la famille de quatre ne manque de rien et bénéficie de permissions de 90 minutes tous les deux jours pour faire des commissions, le stress vient du bébé à venir.  

«On n’est pas prêts à avoir un bébé naissant ici», dit la femme partie depuis décembre. Heureusement, un groupe de femmes des îles Caïmans s’est offert pour donner les articles de première nécessité au nouveau-né.