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COVID-19: une saison de course amochée par la pandémie

Les coureurs doivent gérer leurs énergies à travers une vague d’annulations

Marathon de Québec
Photo Annie T. Roussel Pour l'instant, le marathon de Québec n'est pas affecté par la COVID-19 puisqu'il est présenté en octobre.

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Il n’y a pas que les grandes ligues sportives professionnelles que la COVID-19 a envoyées au plancher. Le petit monde de la course à pied souffre aussi de la crise, et les coureurs, privés de leurs objectifs, doivent apprivoiser l’inconnu.  

Le calendrier de courses pourra-t-il être relancé cet automne ? Entre-temps, comment gérer l’entraînement pour garder la forme, tout en évitant une surcharge? Les athlètes les plus expérimentés n’ont pas à naviguer dans ce type de questionnement.   

Le commun des mortels qui s’adonne à la course à pied et qui se découvre une passion pour la compétition nage toutefois dans l’inconnu.  

Le site de course iskio.ca fait état de quelque 130 courses annulées sur le territoire québécois, en plus d’événements reportés.   

«La question qui demeure, c’est combien de courses vont rester après tout ça ? Certains commanditaires n’auront peut-être plus les dollars marketing pour soutenir les événements», réfléchit Marianne Pelchat, rédactrice en chef de KMag, magazine québécois de course à pied.  

Pas le temps de lâcher  

Pour Blaise Dubois, président de La clinique du coureur, ce n’est certainement pas le moment de baisser la garde pour les coureurs qui se retrouvent devant un calendrier vide de compétitions.  

«Il faut continuer à s’entraîner tout le temps au moins un peu, parce que le jour où tu décideras d’en donner plus parce que les compétitions reviennent, le corps sera capable de le prendre. Le fait de lâcher l’entraînement et de recommencer à t’entraîner fort quand tu connais la date d’une compétition fait en sorte d’augmenter le risque de blessure de façon importante», signale-t-il.  

Pour celui qui est devenu une référence en prévention des blessures en course à pied, un autre point important est d’éviter les grandes variations de volume d’entraînement.   

«Le surentraînement arrive habituellement lors de gros différentiels. Continuer de faire les volumes que tu es habitué à faire ne va pas t’amener en surentraînement. Ce qui amène là, c’est d’augmenter le volume trop rapidement.   

«Ce n’est pas parce que tu es en congé en ce moment que tu dois trop augmenter le kilométrage. Il est préférable d’augmenter le nombre de séances par semaine», recommande-t-il.  

Pour la santé mentale  

En temps de crise sanitaire, des informations contradictoires circulent quant aux bienfaits ou aux risques associés à la course à pied. Les autorités françaises ont même grandement diminué les heures durant lesquelles cette discipline est permise à Paris.  

Certains craignent d’être contaminés par les gouttelettes projetées par les coureurs. Même s’il n’y a absolument aucun consensus scientifique à cet effet.  

«Il n’y a aucune contre-indication à jogger, tant qu’on maintient la distanciation requise avec les passants», rappelle Jimmy Gobeil, propriétaire de la boutique Le Coureur nordique et lui-même athlète aguerri.  

«Plusieurs ne vont plus au travail et ne voient plus de monde. Il faut bien qu’il reste quelque chose. Rester à la maison sans bouger ne va aider en rien à notre santé mentale et notre système immunitaire. Pour le système, il n’y a rien de tel que le sport», enchaîne-t-il.    

Quelques conseils en vrac...  

Le temps de varier  

JImmy Gobeil
Photo courtoisie
JImmy Gobeil

Jimmy Gobeil, de la boutique Le coureur nordique, est d’avis que le moment est parfait pour briser la routine et les programmes de course pour les plus érudits. «Il n’y a pas de compétitions, donc pas d’entraînement rigoureux à suivre à la lettre. Pourquoi ne pas varier les séances d’intervalles et éviter les intensités à 8 ou 9 sur 10? C’est le temps d’intégrer des sorties dans des côtes, de faire des genoux hauts, du talon-fesses ou de courir plus mollo avec son enfant à côté, à vélo», suggère-t-il.  

Le bruit et la fatigue  

Pour les coureurs qui débutent ou ceux qui se remettent en forme, Jimmy Gobeil y va d’un conseil qui permet d’évaluer le niveau de fatigue. «Pour tous ceux qui commencent, c’est bien d’y aller régulièrement, mais pas trop vite. La sortie doit être agréable. Si tu cours et que tu ne fais pas de bruit, c’est parfait. Si le pas est lourd et que l’essoufflement est évident, l’effort est peut-être trop intense. Les gens veulent des résultats rapides, mais courir doit aussi être vu comme une forme de relaxation», insiste-t-il.  

Tout est dans la progression  

Marianne Pelchat
Photo Stevens LeBlanc
Marianne Pelchat

Plusieurs, pour mettre le nez dehors, amorcent actuellement la course à pied et risquent d’y aller un peu trop fort, prévient Marianne Pelchat, rédactrice en chef de KMag. «Il faut d’abord prendre en considération sa condition physique et se rappeler qu’avant de courir, il faut apprendre à marcher. La possibilité de commencer par du fractionné (course et marche) est intéressante. La première règle, c’est la progression», souligne-t-elle.  

Les longues sorties  

Blaise Dubois
Photo courtoisie
Blaise Dubois

Certains coureurs craignent que les longues sorties affectent leur système immunitaire et qu’ils soient ensuite plus susceptibles de tomber aux mains de la COVID-19. «On a toujours véhiculé qu’après de l’activité physique longue et intense, il y a une zone de fragilité du système immunitaire qui te rend vulnérable à attraper un virus. Mais il y a de nouveaux articles scientifiques qui démontrent que ce n’est pas si clair. Si tu fais une longue sortie et que tu rentres chez toi ensuite sans voir de monde, ton système immunitaire est réhabilité quelques heures plus tard. Quand la crise sera finie, il faudra juste se rappeler de ne pas aller dans un 5 à 7 une heure après s’être défoncé à la course, mais nous ne sommes pas là actuellement», explique le président de la Clinique du coureur, Blaise Dubois, qui recommande des longues sorties de 18 à 26 km tant que les dates des prochains marathons ne sont pas connues et rapprochées.  

Six semaines importantes  

Les compétitions, source de motivation pour plusieurs coureurs expérimentés ou pas, ne semblent pas près de revenir. Mais lorsque les dates de reprise seront connues, les six semaines avant une course seront les plus critiques. «Les programmes d’entraînement sont conçus pour quatre semaines de charge et deux semaines d’affûtage à la fin. Mais pour s’entraîner de façon générale, tu n’as pas besoin de ça. Tu peux très bien préparer une compétition lointaine sans date dans le temps avec un buildup de trois à quatre semaines, puis prendre une semaine de récupération avec volume et intensité plus faibles», rappelle Blaise Dubois.