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CHSLD: «Il leur manque beaucoup de beauté»

Avant la crise, Jordane Labrie chantait dans les CHSLD

Jordane et son partenaire musical, Clément Desjardins, posent avec Cécile Petitclerc, âgée de 102 ans, et une visiteuse, Antonia Giroux-Matte, lors d'un passage au Centre d'hébergement de Saint-Casimir.
Photo Journal de Québec Jordane et son partenaire musical, Clément Desjardins, posent avec Cécile Petitclerc, âgée de 102 ans, et une visiteuse, Antonia Giroux-Matte, lors d'un passage au Centre d'hébergement de Saint-Casimir.

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«Il y a des gens atteints d’Alzheimer qui ne reconnaissent plus leur famille, mais qui chantent les paroles de La vie en rose. C’est impressionnant. Tu sens que tu les libères de leurs souffrances pendant quarante-cinq minutes.»  

À raison de trois ou quatre fois par mois, avant que la crise ne la force à prendre ses distances, Jordane Labrie se rendait dans des CHSLD de la grande région de Québec pour présenter de courts spectacles.    

Armée de reprises des chansons favorites des patients et de son grand cœur, cette ancienne candidate de La Voix offrait du réconfort à ceux qui sont devenus les principales proies du coronavirus au Québec.    

Jordane en compagnie de Gisèle Lacoursière au Centre d'hébergement de Saint-Casimir.
Photo Journal de Québec
Jordane en compagnie de Gisèle Lacoursière au Centre d'hébergement de Saint-Casimir.

«Ça fait vraiment une différence dans leur vie. Après les spectacles, ils viennent vers nous, ils nous parlent, nous racontent leurs histoires. On a monté un répertoire constitué de chansons qu’ils connaissent, Jacques Brel, Édit Piaf, du Leonard Cohen avec son Hallelujah. Ce sont des mélodies auxquelles ils se rattachent et qui leur rappellent de beaux souvenirs. C’est vraiment gratifiant.»    

«J’ai eu la piqûre»  

C’est à l’invitation de la SAMS (Société pour les arts en milieu de santé) que Jordane a commencé, il y a deux ans, à se déplacer de CHSLD en CHSLD pour divertir les bénéficiaires.    

Ce n’est pas du bénévolat. Les artistes sont rémunérés, mais ils ne font pas une fortune. «Ce sont les prix minimaux de la Guilde. On ne le fait pas pour l’argent, mais par bonne volonté.»    

La chanteuse de Québec Jordane se produit depuis deux ans dans des CHSLD.
Photo Journal de Québec
La chanteuse de Québec Jordane se produit depuis deux ans dans des CHSLD.

Au début, elle avoue qu’elle ne savait pas comment elle allait se sentir. «Mais dès les deux ou trois premières fois, j’ai eu la piqûre.»    

Pas surprise  

Compte tenu de son engagement, la catastrophe qui frappe le réseau des CHSLD la chagrine. Mais ça ne la surprend pas.    

Les trous dans les murs, les personnes âgées qui ne reçoivent que rarement ou jamais de visiteurs, le personnel dévoué, mais pas assez nombreux et à bout de souffle: au gré des spectacles, Jordane a découvert ce qui saute désormais aux yeux des Québécois, à savoir que tous les ingrédients étaient en place pour que le coronavirus provoque une hécatombe dans les CHSLD.    

La chanteuse de Québec Jordane se produit depuis deux ans dans des CHSLD.
Photo Journal de Québec
La chanteuse de Québec Jordane se produit depuis deux ans dans des CHSLD.

«Ces gens ont été laissés de côté avant la pandémie», se désole-t-elle.    

Redonner avec la musique  

Même si elle admet qu’il y aura «un certain stress», Jordane répondra présent dès qu’elle pourra retourner chanter pour les aînés.    

«J’ai vraiment hâte parce que je sais qu’il leur manque beaucoup de beauté. En ce moment, leur moral doit être complètement à terre. [...] J’attends mon call.»    

Elle insiste. Il faudra reconnecter avec ces gens, oubliés et vulnérables, une fois la crise passée. «Ils ont des choses à nous apprendre et ils ont fait en sorte qu’on puisse mener la vie qu’on a aujourd’hui. Si je peux leur redonner avec la musique, c’est la moindre des choses.»    

Maintenant encore plus que jamais, ils le méritent amplement.    

La SAMS: 7000 concerts en dix ans    

Jordane est loin d’être la seule à donner quelques instants de bonheur musical aux patients en CHSLD. Depuis dix ans, près de 7000 concerts ont été donnés dans 235 milieux de soins répartis dans vingt régions du Québec. La directrice générale et artistique de la SAMS, Françoise Henri, nous en dit un peu plus.    

Combien d'artistes font partie de la SAMS?  

«Nous avons 200 musiciens cette année qui participent à nos activités. Dans la région de Québec, nous avons des artistes de l'Orchestre symphonique, de l'Opéra de Québec, des Violons du Roy, La Strada.»    

De quelles façons financez-vous vos activités?  

«Les milieux de soins qui nous reçoivent paient un petit montant, en deçà de notre prix coûtant, puisque c'est notre mission, puis il y a du financement privé qui est très important pour nous en provenance de fondations et corporations. À Québec nous avons le soutien de La Capitale depuis quelques années. Une fois la crise passée, nous pourrons poursuivre un projet que nous avions avec eux pour des concerts dans les trois grands hôpitaux de la province: CHUQ, CHUM et CUSM. Finalement, nous comptons aussi sur le soutien d’organismes subventionnaires, comme la Ville de Québec pour les concerts sur son territoire.»    

Quels sont les bienfaits qu'apporte la musique aux bénéficiaires?  

«Ils sont très nombreux. Elle stimule le fonctionnement cérébral et physique, elle aide à exprimer les émotions et favorise le partage, elle apporte une sensation d'apaisement et de sécurité, elle réduit le stress et améliore la qualité du sommeil en plus d’atténuer les douleurs physiques et psychiques.»