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Vive la course!

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La vie est une course contre la montre. La pandémie actuelle est plutôt un marathon. Peu importe le contexte, aussi bien attaquer les défis qui se présentent par une soupape infaillible : la course à pied.

Dans la vie comme dans la pandémie, je cours. Parfois, c’est un peu éparpillé, comme une poule pas de tête. Souvent, comme trop de gens, c’est après le temps que je cours.

Mais en 2019, le cadeau que je me suis fait, c’est de courir pour moi. Ce n’est certainement pas parce que 2020 se présente comme l’année de toutes les annulations que je vais me priver de ce cadeau, de moi à moi. Ma course du matin, du midi ou de fin de journée ne passera pas dans le tordeur. Pas vrai qu’être confiné, c’est être résigné.

Un premier marathon

Mais d’abord, bref retour sur 2019, en février, plus précisément. À ce moment-là, je me sentais plus confit que confiné. Ma forme était plus sphérique que longiligne. 

Il y avait déjà quelques années que je courais, mais de manière désorganisée. Le temps était venu d’attaquer un demi-marathon, celui de Lévis. Ne serait-ce que pour m’inculquer la discipline d’un rigoureux programme de course. Pour ne plus dire que j’étais trop fatigué, trop occupé, trop ci ou pas assez ça. La piqûre a été instantanée.

Le marathon de Québec, en octobre dernier, devenait vite la cible suivante. Et quelle épopée ce fut !

Il n’y a rien comme l’adrénaline et le bonheur de franchir la ligne d’arrivée en repensant à tous les kilomètres d’asphalte avalés pendant une préparation exhaustive de plusieurs semaines. 

Au-delà de la compétition, ce cadeau m’aura permis de voir fondre les kilos en trop comme une noix de beurre dans la poêle. Rien de tel que la santé pour attaquer une crise sanitaire, même si le virus peut sournoisement s’en prendre à tous.

La suite

Cette année, comme des milliers de coureurs, j’ai vécu la vive déception de voir ma préparation de marathonien tomber à l’eau quand l’organisation d’Ottawa a annulé son événement du 24 mai. 

Sur le coup, j’ai vu des heures et des kilomètres à m’entraîner dans le froid, la neige, le vent et toutes sortes de conditions hivernales s’envoler. Après le choc, cette réflexion était déjà caduque. Cet investissement (c’est le mot juste) n’aura pas été vain. Les compétitions reviendront. La forme, elle, n’est jamais partie.

En ces temps étranges, ce n’est pas le moment d’abdiquer. Courir est devenu, plus qu’un loisir, une nécessité.

Je cours parce que me laver les mains 54 fois par jour, c’est bien, mais ça ne sécrète aucune endorphine. 

Je cours parce qu’après avoir rincé les poireaux et la boîte de pogos des enfants en revenant de l’épicerie, j’ai besoin de me sentir minimalement sain d’esprit.

Je cours parce que pendant ces précieuses minutes de tête-à-tête entre moi-même et ce qui joue dans mes oreilles, j’oublie la COVID-19. Sauf quand vient le temps de respecter la distanciation de deux mètres, bien sûr.

Je cours pour me défouler du fait qu’il n’y a plus de sport, plus de festivals, plus de soupers festifs entre amis et plus de chaleureuses réunions de famille.

Je cours parce que ça me fait le plus grand bien même si des fois, ça fait mal. Après tout, comme le chante poétiquement Renaud, la souffrance, c’est très rassurant, ça n’arrive qu’aux vivants...