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La COVID-19, la Chine, Walmart et le centre d’achats des Colocs contre l’économie locale

La COVID-19, la Chine, Walmart et le centre d’achats des Colocs contre l’économie locale
Photo Agence QMI, Guy Martel

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Pourquoi la COVID-19, la Chine, Walmart et le centre d’achats des Colocs font-ils autant peur aux économies locales? En fait, elles ont en commun de chercher à les réduire à néant.  

La COVID-19 n’a pas besoin de présentation. Sa présence a forcé toute la planète à se mettre sur «pause», et tous les pays prennent maintenant conscience de la faiblesse de leur économie locale et de leur dépendance face aux grandes puissances économiques qui contrôlent l’approvisionnement de plusieurs secteurs économiques, dont, entre autres, les fournitures médicales et pharmaceutiques. Que restera-t-il de notre tissu économique après la pandémie? Les sociétés vont compter leurs morts autant dans leur population que chez les PME et petits commerces qui n’y survivront pas. En conséquence, il est fort à parier que le discours mondialiste changera de manière importante.  

À l’échelle planétaire, la Chine est le Walmart de l’humanité. C’est la raison pour laquelle Donald Trump en a autant peur et lui a imposé des mesures pour contrer les dommages causés dans l’économie américaine locale. À l’image du centre d’achats chanté par les Colocs, il a sorti le bulldozer et a fait passer à la Chine un mauvais quart d’heure.   

Actuellement, le Québec prend aussi conscience que la santé de sa population et la protection des travailleurs de la santé sont dépendantes des livraisons de matériel médical et de fournitures pharmaceutiques en provenance de la Chine et d’ailleurs. Quelles sont ses options pour devenir autonome?   

Rappelons que les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’appliquent actuellement au Canada et qu’un des principes de base vise l’égalité de traitement pour les étrangers et les nationaux. «Les produits importés et les produits de fabrication locale doivent être traités de manière égale, du moins une fois que le produit importé a été admis sur le marché». Ainsi, en favorisant des entreprises locales dans ses appels d’offres au détriment d’entreprises extérieures, comme pour les masques N95 par exemple, le gouvernement du Québec pourrait faire l’objet de plaintes auprès de l’OMC par les exportateurs étrangers.   

À l’échelle locale, Walmart est une puissance aussi forte que la Chine peut l’être dans le monde et, lorsqu’un magasin est ouvert dans une région, il se compare facilement au centre d’achats et à la bombe qui tombe sur la rue principale de la petite ville des Colocs. Juste pour donner un ordre de grandeur, en 2019, les revenus annuels de Walmart ont été de 514 G$, et 13,5 G$ ont été retournés aux actionnaires. Devant ce géant, l’ensemble de nos PME québécoises est une goutte d’eau dans l’océan.  

Difficile à comprendre pourquoi le gouvernement du Québec demande d’acheter local et laisse les Walmart et Costco entièrement ouverts pendant la pandémie. En effet, tous les produits offerts dans nos petits commerces fermés sont actuellement disponibles dans ces grandes surfaces. Alors que les ventes de nos PME et petits commerces sont à zéro, celles des grandes multinationales sont au maximum. C’est le monde idéal pour ces grandes entreprises, car la concurrence est nulle, neutralisée et placée sur respirateur artificiel par les gouvernements canadien et provinciaux. Nos cultivateurs jettent leur lait pendant que Walmart vend des produits laitiers américains sur ses tablettes. Ce qui est paradoxal, c’est que plusieurs consommateurs achètent des produits dans ces grandes surfaces avec de l’argent qui leur est versé à même nos taxes parce qu’ils ont perdu leur emploi dans une de nos PME. Où sont la justice et l’équité dans tout ça? Où iront les profits réalisés par ces multinationales avec une partie de nos taxes pendant que nos entrepreneurs locaux subissent des pertes importantes?  

Nous pouvons comprendre que l’urgence nationale actuelle soit la situation dans les CHSLD. Toutefois, si le gouvernement n’agit pas en parallèle sur le plan économique, il aura bientôt à traiter une autre urgence tout aussi dramatique et néfaste. Quel sera l’effet sur nos PME et petits commerces d’avoir laissé le Québec aux mains des grandes puissances mondiales du commerce de détail? En effet, la santé économique d’un peuple est à la base de sa santé mentale et physique. Nos prochains malades dont il faudra prendre soin seront nos entrepreneurs. Une société sans entrepreneurs est une société pauvre, la COVID-19 a fait assez de victimes, ne les laissons pas mourir.   

En conclusion, un peu d’ironie, c’est l’histoire du Québécois qui éteint son réveil-matin fabriqué en Chine, sort de ses draps tissés en Inde, enfile ses vêtements produits en Indonésie, boit son jus d’orange de Floride, met son lait américain dans son café brésilien, le tout acheté chez Walmart, et saute ensuite dans sa voiture japonaise pour se rendre au bureau de chômage pour obtenir de son gouvernement 2000$ en aide et ne comprend toujours pas pourquoi il ne trouve plus d’emploi dans son pays.  

Denis Robichaud, Ph. D., est professeur en marketing international à l'Université Téluq