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Trump ouvre une boîte de Pandore

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Photo AFP Plusieurs personnes ont manifesté samedi contre les mesures de confinement à Colombus, en Ohio.

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Donald Trump veut redémarrer l’économie américaine le plus tôt possible. Tous les dirigeants du monde veulent redémarrer leur économie le plus rapidement possible. Mais à quels coûts en vies humaines ? Et dans le cas de Trump, avec quels impacts pour son éventuelle réélection en novembre ? 

Au-delà des apparences, quelques statistiques dérangent.  

Selon l’Organisation mondiale de la santé, sur les 56 millions de décès qui surviennent chaque année dans le monde, 10 millions sont liés à des maladies cardiaques, 6 millions à des AVC, 3 millions à des maladies respiratoires chroniques et 3 millions à des infections respiratoires transmissibles.  

Même avec un taux de mortalité plus élevé que celui de la grippe, la COVID-19 demeure moins mortelle que bien des maladies. 

Pourquoi arrêter l’économie des pays infectés par la COVID-19 avec des mises en quarantaine dures, si un nombre relativement faible de personnes en meurt ? 

Exemple suédois 

Le gouvernement suédois a choisi une forme allégée de mise en quarantaine.  

Les commerces sont demeurés ouverts, tout comme les écoles, pour les moins de 16 ans. Les grands rassemblements ont été progressivement interdits, mais les groupes de 50 personnes et moins sont toujours permis.  

Cependant, les autorités demandent aux Suédois de respecter des mesures de distanciation sociale. 

Résultats ? Avec un taux d’environ 150 morts par million de personnes, la Suède fait mieux que la plupart des pays européens. Mais ses chiffres sont moins bons que ceux de ces autres pays scandinaves, qui peuvent donc espérer sortir de la pandémie plus tôt que la Suède. 

Fin de la quarantaine 

Revenons aux États-Unis. La situation y est très différente de celle de l’Europe et en particulier de la Suède.  

Les mises en quarantaine y sont apparues tardivement. Tous les États ne les ont pas décrétées. Elles sont souvent mal respectées par une partie importante de la population. 

Dans ces conditions, il est évident qu’une levée des mesures serait hâtive et qu’elle ferait bondir le nombre de décès aux États-Unis, d’autant plus que le système de santé américain est beaucoup moins bon que le système suédois. 

Trump estime, semble-t-il, que la lutte à la COVID-19 ne vaut pas les sacrifices économiques auxquels les États-Unis consentent. Tant pis pour les morts.  

La situation économique aux États-Unis est d’autant plus critique que 40 % des Américains sont incapables de vivre plus d’un mois sans revenu et que l’aide fédérale, minime, tarde à leur parvenir.  

D’où les manifestations aux quatre coins du pays pour faire lever les quarantaines. D’où les encouragements de Trump aux manifestants.  

Trump va jusqu’à leur suggérer de violer les quarantaines. Sans doute espère-t-il gagner des votes parmi eux. 

Désobéissance civile 

Mais ce faisant, Trump appelle à la désobéissance civile. Une stratégie dangereuse dans un pays qui n’a jamais été aussi divisé depuis la guerre de Sécession en 1861. 

Trump n’a peut-être pas tort de questionner les stratégies de mise en quarantaine dures. Suivre l’exemple chinois n’était probablement pas la politique la plus inspirée de lutte contre la COVID-19.  

Cependant, comme souvent, les solutions proposées par le président américain risquent de se révéler pires que le mal qu’il veut combattre.  

Il a possiblement ouvert une nouvelle boîte de Pandore.