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Au royaume des pédégés

Au royaume des pédégés
Photo d'archives, AGENCE QMI

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Difficile de ne pas sourire devant le spectacle que nous offre ces temps-ci l’inénarrable ministère québécois de la Santé et des Sévices sociaux, où les appels de détresse semblent se perdre comme l’écho dans le Grand Canyon.  

On imagine les deux douzaines de pédégés, marabouts et gélinottes à 5000 ou 6000$/semaine, leurs sous-fifres et leurs adjoints et le petit personnel, tous empêtrés dans leurs plumes comme dans leur organigramme.   

Ducs et duchesses de Lingette, nœuds papillon, tailleurs Hermès, cartes d’affaires accordéon pour des responsabilités ampoulées et abstraites: Coordinateur de la performance; Directeur du vieillissement actif; Caporal de l’évaluation des programmes, Adjudant Bureautique et proximité, Sergent-major de la statistique, Phraseur au Développement des solutions d’affaires, Boursoufleur des personnes et de l’organisation...   

Sans oublier la tautologique Direction générale de l’appui à la décision gouvernementale, le dernier-né de la pouponnière.   

À côté de ça, Diane Fraîcheur fait figure de bénévole hospitalière:    

«Vous voulez un jus? Un café? On a aussi des biscuits»...  

En fait, la question n’est pas de savoir ce que nous ferions sans cette ruche de bureaucrates, mais ce qu’ils feraient, eux, si l’État n'était pas lui-même un centre d'accueil...   

Économie parallèle depuis des décennies, les services publics sont le «débouché» naturel des rescapés du secteur privé, des diplômés humanitaires et des petits copains politiques.   

Ici et là, donc, un «consultant principal en processus», un «expert en performance de la logistique», un «directeur du rayonnement», etc.    

Imaginez en sus cent mille-feuilles sur le dos de mille choux à la crème: des cadres, des petits, des gros, des moyens, avec compte de dépenses et réservation annuelle au Petit Bedon rond, en route vers la cirrhose et une retraite dorée.   

Avant qu’un virus ne le fasse capoter, ce gros ministère budgétivore naviguait paisiblement vers un changement de paradigme visant une «importante imputabilité de l'ensemble des acteurs gouvernementaux», dixit Danielle McCann, Miss CHSLD 2020.    

La pandémie actuelle montre plutôt qu'on se fout de notre gueule. «Imputabilité», c'est comme «ingénierie». Ça provoque la rigolade dans tous les ministères.    

Ne les entend-on pas déjà éluder les questions: «On fera les bilans après...»?  

Mais le confiné moyen, inlassablement fiscalisé, ne rigole plus. Privé de masque, il en a marre de la comédie des pédégés, assis sur un trône de 50 milliards.   

Le citron pressé a l’impression que les régiments sanitaires ont rassemblé les diplômés du Printemps érable. Ceux de 2012, promus par sessions écourtées pour cause de manifs, de vandalisme et autres activités parascolaires.   

On dirait que la santé, ce n'est plus un ministère. C'est plutôt un sapin de Noël pliant sous le poids de ses propres boules, trop nombreuses à chaque branche...   

En fait, là comme ailleurs, il suffit de mettre le pied dans la porte. De passer aux communications ou d'être parachuté d'un cabinet. La suite est facile à deviner, peu importe le curriculum vitæ...   

Les promotions succèdent aux saisons et les poupées russes obtiennent, les unes après les autres, une sécurité d'emploi totale et absolue.    

S'applique à eux le principe du cornichon: ceux du fond du pot finissent par s’imposer, par flottement en quelque sorte.   

Mais quand frappe un virus, quand il manque de tout, quand le peuple suffoque, la «machine» se fait vaseuse et la reddition des comptes s'enlise dans les bons sentiments...   

Alors, de grâce, n'écoutez pas ceux qui parlent déjà de réforme fondamentale. Quand reviendra la vie normale, le ministère de la Santé reprendra sa forme. Un peu comme la guimauve.