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Mettre fin à l’école «optionnelle»

François Legault,  le Ministre de l'Éducation Jean-François Robe
Photo Didier Debusschere Le ministre Jean-François Roberge, le 22 mars dernier, aux côtés du premier ministre Legault.

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Dans un élan d’optimisme pascal, François Legault avait lancé, le Vendredi saint, que les écoles allaient peut-être ressus-citer « avant le 4 mai ».

Ce faisant, il souleva un tollé : plusieurs Québécois, se demandant quelle mouche l’avait piqué, craignaient pour la sécurité sanitaire de leurs rejetons, mais surtout de ceux – beaucoup plus à risque – qui les côtoient : enseignants, parents, grands-parents.

Pourtant, le premier ministre avait bien utilisé le conditionnel et précisé que la décision se prendrait uniquement avec l’appui de la santé publique.

Espoir et panique

Très légitimement, M. Legault avait souhaité donner une bouffée d’espoir au peuple confiné. Pointer vers une lueur – certes blafarde – au bout de ce tunnel covidien semblant interminable. Mais il n’avait pas choisi le meilleur moment...

Dès le lendemain, le samedi 11 avril, il devait annuler le congé de conférence de presse annoncé et se présenter pour déplorer la situation à la résidence Herron.

On découvrait l’incendie non maîtrisé de la COVID-19 faisant rage dans les résidences pour personnes âgées. Depuis, il n’a cessé de lancer des appels à l’aide. La perspective de rentrer à l’école avant le 4 mai, déjà improbable, devenait impossible.

C’est d’ailleurs ce qu’il a confirmé hier en prenant soin de montrer que ça ne serait pas dans un horizon rapproché : « La journée que je vais vous l’annoncer, qu’on rouvre les écoles, ça va être dans deux semaines minimum. »

Un plan

Entendu. Mais justement, cette échéance repoussée devrait être considérée comme une occasion de développer un grand plan pour nos écoles.

Actuellement, les activités scolaires à la maison sont disparates, inégales, inégalitaires parce qu’optionnelles (contrairement à la voie empruntée par l’Ontario). Et quiconque a déjà enseigné (c’est mon cas) sait ce qu’il advient des travaux optionnels à l’école...

Le ministre Jean-François Roberge pourrait donc réunir une sorte de sommet virtuel et rectifier le tir afin d’éviter le décrochage COVID complet dans le réseau public.

Certes, nombre d’enseignants consciencieux se sont retroussé les manches, ont pris contact avec leurs élèves, suggèrent des travaux. Plusieurs m’ont écrit ces dernières semaines. Justement, au ministère, on devrait identifier et généraliser autant que faire se peut les « meilleures pratiques ».

Niveler par le bas

Comme c’était à prévoir dans cette situation sans balises, le dynamisme de certains enseignants est considéré comme suspect par d’autres.

Une enseignante, disant refuser de rester les « bras croisés » alors qu’elle reçoit son salaire, me raconte que dès le jour 2 du confinement, elle a conçu du matériel et expédié des travaux aux élèves ; a répondu aux parents inquiets.

À sa surprise, des collègues le lui ont... reproché ! À leurs yeux, cela créait des « inégalités » et, horreur !, les parents allaient réclamer la même chose à tous les « maîtres » ! La pire excuse ? « Bof, les enfants, à la maison, vont simplement apprendre autre chose, comme l’empathie, le partage. »

Certes, la période actuelle pose des obstacles sans précédent aux enseignants, aux parents, aux enfants, mais niveler par le bas ne devrait pas – ne devrait jamais – être une option.