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COVID-19: nos CHSLD sont paralysés par la lourdeur bureaucratique

Le ministère de la Santé peine à fournir un portrait précis de la crise qui s’y joue

Coronavirus - Covid-19
Photo d’archives, Martin Chevalier Le nombre de décès au CHSLD de Sainte-Dorothée, à Laval, d’où cette dépouille a été sortie, s’élève maintenant à 67.

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La pandémie met en lumière comment nos CHSLD sont écrasés par la lourdeur de la machine bureaucratique. Tenter de dresser le portrait de la crise actuelle dans les CHSLD illustre bien la complexité du réseau. Le terrain peine à se faire entendre, le public s’y perd et le gouvernement tente de présenter une vue d’ensemble de la situation, mais la tâche est rendue si titanesque que les erreurs ne sont pas rares.  

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Erreurs de données  

Le portrait de la situation dans les résidences pour aînés et CHSLD publié quotidiennement par Québec est complexe à analyser d’un jour à l’autre puisque plusieurs erreurs se glissent dans les données :    

  • Certaines résidences ont un pourcentage de résidents infectés erroné en fonction de leur nombre réel de places.  
  • Des résidences ont été inscrites puis ont disparu des bilans les jours suivants.  
  • D’autres ont été inscrites en double le même jour.  
  • Certains endroits ont changé de couleur, passant du code «orange» à «rouge» sans que le nombre de cas augmente.    

Information absente  

​Il manque plusieurs informations pour avoir un portrait juste des contaminations à la COVID-19 dans les résidences pour aînés et CHSLD. Par exemple, dans la liste publiée quotidiennement par le gouvernement, il n’est pas possible de connaître :    

  • le nombre de décès par résidence  
  • le nombre de personnes guéries  
  • le nombre total de places   
  • le nombre de tests effectués sur les résidents et le personnel  
  • le nombre d’employés manquants    

Certains CIUSSS ou CISSS acceptent de révéler certaines informations, d’autres non.  

Des gestionnaires loin du terrain  

La centralisation de l’autorité entre les mains des ministres sous l’ère de l’ex-ministre libéral Gaétan Barrette a fait mal aux CHSLD, croit Paul Brunet, président du Conseil de protection pour les malades.   

Les comités des usagers peinent à se faire entendre tant les gestionnaires sont physiquement loin, surtout en région.   

«Mais nous, on est sur le terrain, dit-il. On sait quand ça pue dans un CHSLD ou quand on mange mal. C’est un berlingot de lait collé sur une assiette chaude qui fait que le lait est tiède et pas buvable, c’est une lumière [dans le] corridor qui empêche une dame de dormir. Ce sont des centaines de petites choses qui font la différence entre avoir le goût de vivre ou de mourir.»   

«Mais ça, c’est pas sexy. Ça ne se trouve pas dans leur rapport.»  

Transparence perdue  

Une des activités qui occupe le plus le temps de M. Brunet ces temps-ci est d’envoyer des mises en demeure aux établissements pour les familles à qui on a refusé de transmettre le rapport médical d’un parent décédé.   

«Certains sont transparents, mais d’autres refusent de le faire, dit-il. On a des familles qui n’arrivent pas à savoir de quoi est mort un proche. Soit l’établissement le sait et ne veut pas le dire, soit il ne le sait pas, et c’est encore plus grave. Des gens nous demandent de l’aide, car ils n’arrivent même pas à savoir si leur mère est encore vivante.»  

Sous l’ère Barrette, M. Brunet dit aussi avoir assisté à un recul en matière de transparence. Beaucoup d’informations qui auraient permis de constater certaines lacunes n’ont pas été rendues publiques.  

Qui doit répondre?  

La semaine dernière, lorsqu’on a voulu savoir combien d’employés de la résidence L’Éden étaient infectés à la COVID, le CISSS de Laval nous confirmait le chiffre de 4. Pourtant, les dirigeants de la résidence comptaient 10 employés infectés. Ce décalage entre le terrain et l’information officielle est fréquent en temps de pandémie où tout évolue rapidement.   

Parfois, le ministère de la Santé ne collige pas une donnée précise et renvoie les journalistes aux 9 CIUSSS et 13 CISSS. Certains répondent, d’autres non. Certains ne colligent pas l’information de la même façon.   

C’est ainsi qu’il devient difficile, par exemple, de savoir quel CHSLD n’a pas suffisamment d’équipement de protection ou encore combien de patients le réseau a transférés en pleine pandémie. 

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