/qubradio
Navigation

COVID-19: l’aide aux étudiants du gouvernement Trudeau pourrait nuire à l’embauche, croit une productrice agricole

Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme Jacques Coulombe.
Photo Simon Clark Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme Jacques Coulombe.

Coup d'oeil sur cet article

Alors que l’embauche de main-d’œuvre en milieu agricole est déjà grandement compliquée par la pandémie, une productrice de l'île d'Orléans craint que l’aide d’urgence aux étudiants proposée par le gouvernement Trudeau ne vienne aggraver les choses.  

Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme Jacques Coulombe, redoute ainsi que l’enveloppe mensuelle de 1250$ offerte aux étudiants sans emploi d’été incite possiblement une partie d’entre eux à rester à la maison plutôt que d’aller travailler à la ferme.  

Amélie Coulombe, copropriétaire de la ferme Jacques Coulombe.
Photo Simon Clark

   «Je ne comprends pas l’annonce de [Justin] Trudeau, parce que ça vient vraiment annuler l’effort de [François] Legault de proposer des postes», a-t-elle souligné, jeudi, à QUB radio.   

En ce sens, elle croit que la mesure fédérale pourrait nuire au programme annoncé par François Legault, qui promet 100$ de plus par semaine pour les travailleurs agricoles cet été.              

  • ÉCOUTEZ l'entrevue d'Amélie Coulombe sur QUB radio:   

Dans le même ordre d’idées, l’entrepreneure soutient que la situation actuelle démontre que les métiers traditionnels et physiques sont, selon elle, de plus en plus boudés au sein de la société et ne sont pas assez valorisés.       

«Pourtant, le médecin, on va aller le voir peut-être une fois par année si on est chanceux et on est en santé, mais, l’agriculture, vous avez besoin de vous nourrir trois fois par jour. C’est de base. On est boudé», a-t-elle imagé.       

Trouver de la main-d’œuvre en pleine crise, un vrai casse-tête  

À la racine de plusieurs perturbations, la productrice agricole a raconté que le recrutement de personnel s’est avéré un vrai casse-tête pour l’entreprise familiale, qui engage habituellement en majorité des travailleurs étrangers.       

Or, ceux-ci n’arrivent pas à obtenir un visa pour venir travailler au Québec et, de plus, les installations d’hébergement de la ferme ne permettraient pas de répondre aux exigences actuelles de confinement et de distanciation sociale.       

«Même si mes petits gars arrivent à avoir leur visa, je n’ai pas d’espace pour tous les accueillir», a lancé sans détour Mme Coulombe au micro de Jonathan Trudeau.       

L’entrepreneure a donc dû se résoudre ce printemps à embaucher une équipe formée entièrement de Québécois, dont la grande majorité n’a jamais travaillé sur une ferme.       

Devant cette situation inhabituelle, et tout particulièrement le manque d’employés qualifiés, la ferme Jacques Coulombe sera contrainte d’apporter de profonds changements à sa production, autant dans les légumes cultivés que dans son plan de distribution.       

De ce fait, certains produits, dont les cultures asiatiques, seront abandonnés temporairement, alors que l’ensemble de la production sera livré au Québec. Par les années précédentes, environ 40% de celle-ci était exportée aux États-Unis.       

«[On va] offrir nos produits aux Québécois, les nourrir en premier avant de nourrir des étrangers», a insisté la copropriétaire.       

Conserver ses employés  

Au-delà des bouleversements au niveau de la production, Amélie Coulombe anticipe également plusieurs défis au niveau de la gestion de sa nouvelle main-d’œuvre.       

Elle craint entre autres de perdre une partie de ses employés au cours de l’été, alors que certains découvriront que le travail est beaucoup plus exigeant qu’ils le croyaient initialement.       

«Les gens ne connaissent pas notre réalité. Certains vont l’adorer, d’autres, ce ne sera tout simplement pas fait pour eux. Ils vont laisser tomber en cours de route», a-t-elle souligné.

Visitez qub.radio pour ne rien manquer de notre programmation quotidienne et de nos baladodiffusions