/opinion/columnists
Navigation

La menace mondiale que pose la Chine

Dans la foulée de la pandémie, le temps est venu pour l’Occident de se demander s’il a créé un monstre

TOPSHOT-CHINA-HEALTH-VIRUS
Photo AFP Des bénévoles pulvérisent du désinfectant sur le terrain d’une école qui s’apprête à rouvrir, le 12 avril, à Weifang, dans l’est de la Chine.

Coup d'oeil sur cet article

Le gouvernement du Parti communiste chinois est-il devenu un danger pour la Chine et pour l’humanité tout entière ? À voir la façon dont il gère la crise de la COVID-19, on est tenté de lui attribuer une grande part de responsabilité dans la pandémie actuelle. Mais ce parti est pour une bonne part une créature de l’Occident.  

Il y a un siècle, la Chine était à ce point malade que plusieurs prévoyaient sa disparition.      

Pendant des millénaires, sa brillante civilisation avait dominé le monde asiatique. Mais l’invasion des Mongols au 12e siècle, puis celle des Manchous au 16e siècle ont considérablement ralenti le développement de la Chine.       

Si bien qu’au 19e siècle, l’Empire du Milieu, très affaibli, est incapable de résister aux pressions des pays occidentaux qui veulent commercer avec lui.       

Au début du 20e siècle, cet empire chinois s’effondre. Il se fragmente en petits royaumes qui sont aux mains de militaires et de bandits qui se font la guerre les uns les autres.       

Finalement, deux groupes domineront la Chine. L’un soutenu par Staline : les communistes de Mao, et l’autre, soutenu par les Américains : les démocrates de Tchang Kaï-chek.      

Il appartiendra au Parti communiste chinois (PCC) de réunifier la Chine sous une même autorité, en 1949.      

Aide des Russes et des Américains  

La Chine aurait pu demeurer un vaste pays du tiers-monde.       

Mais les dirigeants communistes chinois, formés au marxisme, combattaient pour le progrès et la modernisation. De plus, ils voulaient redonner à la Chine la place qu’elle occupait autrefois : celle du centre du monde.      

Les dirigeants communistes chinois sont parvenus à transformer leur rêve en réalité grâce à l’aide des Russes et des Américains.      

En 1950, au début de la Guerre froide, les Chinois et les Russes signeront un traité d’amitié qui accélérera la modernisation de la Chine, en particulier dans l’industrie lourde.       

Éventuellement, le gouvernement soviétique réalisera que la Chine coopère avec lui de manière très limitée. Les relations entre les deux pays seront pratiquement rompues et des accrochages militaires éclateront à leurs frontières.      

Ce sont les Américains, au début des années 1970, qui prendront le relais des Soviétiques.       

De plus en plus autoritaire  

Les gouvernements américain et chinois se rapprochent pour lutter contre leur ennemi commun, l’Union soviétique.      

Grâce à de nombreux transferts de technologies, ils permettront à la Chine de se moderniser davantage. Les Américains diminueront beaucoup leur coopération avec la Chine après le massacre de Tian’anmen, en 1989.      

Les Russes remplaceront les Américains. Pour survivre à l’effondrement de l’URSS, les Russes ont besoin d’argent, et ils consentent à vendre aux Chinois certaines de leurs technologies plus avancées.      

Quelques années plus tard, les Américains se berceront dans l’illusion que le commerce et l’entrée en 2001 de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce pacifieront la Chine et la feront évoluer vers la démocratie.       

Un réveil brutal  

Cela ne s’est pas produit. Bien au contraire, le gouvernement chinois est devenu de plus en plus autoritaire et belliqueux.      

Aujourd’hui, le réveil est brutal, en particulier pour les Américains.       

Sans doute un peu par racisme, et beaucoup par appât du gain, ceux-ci croyaient que la Chine ne pourrait jamais les rattraper. C’est maintenant fait dans pratiquement tous les domaines.      

L’Occident a-t-il créé un monstre ? D’une certaine manière, oui, quand on considère que le marxisme, les transferts de technologies et l’appât du gain proviennent de l’Occident. Mais il faut donner au Parti communiste chinois le mérite d’avoir su organiser la Chine.      

La question qui se pose est de savoir si, dans sa forme actuelle, le PCC est toujours capable de gouverner adéquatement la Chine.       

L’épisode de la COVID-19, l’hypercentralisation du gouvernement de Xi Jinping et la surveillance totalitaire des citoyens chinois laissent penser que non.      

Notre dépendance manifeste  

Dans cette crise de la COVID-19, la Chine est devenue bien malgré elle le centre de l’attention mondiale.      

D’abord, toutes les indications laissent penser que le coronavirus est né en Chine et qu’il s’est répandu à partir de la Chine.      

Ensuite, à mesure que les pays entraient en quarantaine les uns après les autres, la dépendance mondiale à l’égard de la Chine est devenue de plus en plus évidente.      

Deux employés vêtus de combinaisons inspectaient hier les masques fabriqués chez Naton Medical Group, à Pékin. La Chine produit maintenant 25 % de tous les produits manufacturés au monde.
Photo AFP
Deux employés vêtus de combinaisons inspectaient hier les masques fabriqués chez Naton Medical Group, à Pékin. La Chine produit maintenant 25 % de tous les produits manufacturés au monde.

Près de 40 % des médicaments du monde sont fabriqués là-bas. Ce pays produit aussi une part considérable des équipements médicaux qui sont utilisés dans les salles d’urgence de la planète.      

Tout cela ne serait rien si le gouvernement chinois avait eu une attitude irréprochable. S’il avait eu l’intelligence de révéler au monde avec clarté et transparence les problèmes liés à l’épidémie.      

La Chine n’est pas une quelconque république de bananes. Il s’agit de la première économie au monde en matière de parité de pouvoir d’achat.      

Mensonges et cachotteries  

Or, le gouvernement chinois a caché la naissance de l’épidémie. Il a ensuite prétendu que la maladie n’était pas transmissible entre humains, alors que les médecins sur le terrain savaient que le virus était extrêmement contagieux.       

Il a manipulé les données sur la pandémie en minimisant le nombre de personnes infectées et le nombre de décès. Il a enfin transmis de manière très parcimonieuse les informations qu’il détenait sur le nouveau coronavirus.      

Comme si tous ces gestes n’étaient pas déjà assez odieux, le gouvernement chinois a aussi alimenté de folles rumeurs sur la fabrication et la naissance de la COVID-19 aux États-Unis. Lorsque le virus s’est répandu en Italie, les ambassadeurs chinois ont même reçu la consigne d’appeler le nouveau coronavirus le « virus italien ».      

Pire encore qu’en 2003  

Pourtant, le gouvernement chinois avait l’expérience du virus du SRAS, en 2003.       

Le gouvernement avait aussi menti à l’époque. Ses représentants avaient ensuite juré, la main sur le cœur, que plus jamais une telle situation ne se reproduirait, que les défaillances qui avaient mené à tant de mensonges avaient été corrigées.      

Non seulement la situation vient de se reproduire, mais elle est encore plus grave qu’en 2003. Pourquoi ? Des constats désolants et dérangeants pour Xi Jinping et son équipe émergent.      

Contrôle et terreur  

Le style de gouvernement hypercentralisé de Xi Jinping est-il viable ? Le climat de surveillance tous azimuts des citoyens, et la terreur qui en découle, ont-ils freiné la divulgation de la maladie ?      

La Chine, qui produit maintenant 25 % de tous les produits manufacturés dans le monde est-elle un partenaire fiable ?      

À toutes ces questions, les réponses semblent négatives. En Chine même, des critiques pensent que le pays est devenu trop grand et trop complexe pour être gouverné de manière aussi centralisée.      

La surveillance en continu des citoyens induit bien un climat de terreur et une lourdeur bureaucratique tragique.       

La Chine a beau être devenue la manufacture du monde, elle ne peut plus fournir à la demande en cas de crise.       

Une longue histoire d’amour et de haine entre deux antipodes     

La Chine est longtemps demeurée à peu près inconnue en Occident.      

Les premiers contacts politiques entre l’Europe et la Chine sont brutaux. Au 13e siècle, Louis XI, roi de France, a l’idée de conclure une alliance avec les Chinois pour attaquer les Arabes.       

La réponse de l’empereur chinois, Mongka Khan, est sans équivoque : il sera généreux envers Louis XI si ce dernier devient son vassal, sinon, lui et son armée seront massacrés.      

C’est à cette époque que remonte un sentiment de peur envers la Chine. Ce sentiment est accentué par les récits de voyage de Marco Polo, qui décrit un empire plus riche, plus avancé et plus puissant que tous ceux qui existent en Europe.      

Aux 16e et 17e siècles naît un sentiment de curiosité et d’amour de la Chine. Des missionnaires rapportent des descriptions détaillées de ce pays. La Chine devient un exemple de la manière dont l’Europe devrait être gouvernée. L’écrivain Voltaire, entre autres, idéalise la Chine.      

Entre crainte et admiration  

Par la suite, la perception de la Chine en Occident évoluera toujours entre la crainte et l’admiration, entre l’amour et la haine, avec tantôt une domination d’un pôle, tantôt de l’autre, au gré des événements.      

Par exemple, entre 1949 et 1972, la Chine était perçue comme un pays communiste allié à l’Union soviétique. Elle était donc un ennemi du monde libre et de l’Occident.      

Mais en 1972, le président américain Richard Nixon ira en Chine rencontrer Mao Zedong. Il en résultera une alliance entre la Chine et les États-Unis contre l’Union soviétique.      

Cela changera complètement la perception de la Chine en Occident, bien plus que le rétablissement, quelques années plus tôt, des relations diplomatiques entre la France et la Chine, puis entre le Canada et la Chine. La Chine est vue comme l’amie de l’Occident.      

Les massacres autour des révoltes de la place Tian’anmen, en 1989, feront basculer la perception. Au point où pendant des années, le gouvernement chinois craindra que la nation remplace l’Union soviétique comme principal ennemi des États-Unis.      

C’est ce qui aurait pu facilement se produire si les événements du 11 septembre 2001 n’étaient pas survenus. Dès lors, les Américains ont eu besoin que la Chine soit de leur côté dans la guerre en Afghanistan, puis dans les autres guerres au Moyen-Orient. Pendant ces années, un sentiment d’admiration envers la Chine renaît.       

La période Trump  

L’arrivée de Donald Trump au pouvoir change à nouveau les perceptions. Trump dit tout haut ce que beaucoup chuchotent : depuis des décennies, le commerce avec la Chine est inéquitable et il heurte les intérêts des vieilles puissances industrielles.      

La crise de la COVID-19 et la gestion secrète que le gouvernement chinois en a faite accentuent un malaise général que plusieurs dirigeants mondiaux ressentaient déjà.