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Québec blâmé pour les tarifs abusifs des agences de placement

Des acteurs du milieu dénoncent des contrats publics qui ouvrent la porte à ces dérives

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Le gouvernement n’a que lui à blâmer pour les tarifs abusifs exigés par certaines firmes privées qui placent des infirmières et préposés dans le réseau de la santé en ces temps de crise, estiment des acteurs du réseau des agences de placement.

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En point de presse, vendredi, le premier ministre François Legault et sa ministre de la Santé, Danielle McCann, se sont indignés que des firmes privées facturent des taux horaires atteignant 50 $ pour un préposé et jusqu’à 90 $ pour une infirmière, durant la pandémie. C’est plus que le double du tarif habituel.

« Ça n’a pas de bon sens que des agences profitent de la situation pour prendre un immense profit », a déclaré M. Legault. Mme McCann a assuré que des actions seront prises.

Or, des intervenants du réseau des agences de placement, dont les propos sont corroborés par des documents que Le Journal a consultés, estiment que c’est le processus d’appels d’offres et les ententes de gré à gré qui sont plutôt à l’origine du problème.

La pénurie de main-d’œuvre est à ce point importante que, pour un contrat de près de 100 M$ pour les hôpitaux de l’Est-du-Québec, presque toutes les agences qui ont proposé leurs services ont été retenues, même si certaines avaient des tarifs beaucoup plus élevés que d’autres.

« C’est ridicule »

Par ailleurs, lorsque la demande d’ouvrage est prévue dans un délai de sept jours et moins, c’est la firme qui répond en premier qui aura le mandat, même si elle est beaucoup plus chère.

« J’aurais pu charger le triple du prix et j’aurais été sélectionnée quand même [...], c’est ridicule », déplore Isabelle Lechasseur, qui dirige l’agence de placement Harfang Santé, à Québec. Avec les agences qui en profitent, « on a l’air de requins, alors que nous sommes des partenaires », regrette-t-elle.

Mme Lechasseur se montre perplexe à l’égard de la volonté de Québec de resserrer les règles du jeu. « C’est normal que des agences facturent des prix de fou, c’est le gouvernement qui l’a accepté et prévu comme ça dans son appel d’offres », lance-t-elle. 

Ententes de gré à gré

Si ce n’est pas le processus d’attribution des contrats qui fait gonfler les tarifs, ce sont des ententes de gré à gré, explique Jean-François Désilets, directeur général de l’agence de placement Code Bleu, à Montréal.

« Avec ces ententes de gré à gré, ils font n’importe quoi. »

Dans la région métropolitaine, plusieurs agences de placement ont ainsi conclu de lucratives ententes directement avec le gouvernement, même si des firmes privées s’y partagent déjà deux monstrueux contrats totalisant 218 M$.

L’une de ces ententes de gré à gré totalise plus de 5 M$. « Ça augmente les coûts pour tout le monde, déplore M. Désilets. Moi, je facture une ressource 50 $, et une telle agence va la recruter pour la revendre presque le double du prix pour travailler au même établissement », poursuit-il.

« Je suis trop choqué. Des agences en profitent pour faire de l’argent sur le dos de tout le monde. C’est impossible que quelqu’un puisse faire ça. »