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Les nombreux risques du nationalisme de navets

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Les temps sont exceptionnels pour nos entreprises exportatrices. Nos liens économiques avec l’étranger sont temporairement malmenés. Nos chaînes d’approvisionnement sont coupées. Nos clients internationaux sont confinés et appauvris. Les livraisons de marchandises sont ralenties.

Il est donc normal que le gouvernement Legault fasse une promotion agressive de l’achat local. Mais méfions-nous des apparences. L’invention du Panier Bleu ne l’a pas rendu protectionniste.

L’intervention du gouvernement doit nous rappeler que nos entreprises doivent appuyer sur l’accélérateur en matière de commerce en ligne. Qu’à l’avenir les pays devront trouver des façons de mieux assurer la continuité du commerce international en période de crise sanitaire.

Frais sorti du caveau

Certains militants ont néanmoins saisi l’occasion pour nous convaincre que le Québec devrait viser la « souveraineté alimentaire », même une fois la crise passée. Un terme inexact qui relève du protectionnisme agricole.

Soyons francs. Nos serres ne produiront pas d’ananas et de bananes de sitôt. Et le réchauffement climatique ne nous fera pas la grâce d’un climat californien.

Cet appel à l’isolement alimentaire permanent revient donc à nous demander de revenir à l’époque de la Nouvelle-France. De manger des navets et des carottes en hiver.

Vous pensez que je blague ? Voici les mots exacts du porte-parole de la Fédération de la relève agricole du Québec : « je ne mange pas beaucoup d’oranges et de bananes, et l’hiver, je mange beaucoup de légumes racines, parce que c’est ce qui pousse ici ». On ne rit plus !

Nation exportatrice

Tous les agriculteurs ne soutiennent pas ce nationalisme de navets. Tout simplement parce que le Québec est un important exportateur de denrées bioalimentaires. Parce que le libre-échange profite à nos agriculteurs.

En février seulement, nous avons exporté pour 183 millions $ de porc frais et congelé. L’an dernier, nous avons exporté pour 382 millions $ de sirop d’érable. Ce ne sont que deux exemples parmi d’autres.

Devrions-nous dire aux Américains qui achètent 62 % de nos exportations de sirop de se tenir debout et de boire du sirop de poteau ? De ne plus commercer avec nous au nom de leur souveraineté alimentaire ?

Quel messager ira dire à nos agriculteurs qu’au nom de cette souveraineté alimentaire nous cesserons d’accueillir les travailleurs étrangers essentiels au fonctionnement de notre agriculture ? Que leur embauche viole notre souveraineté et que l’on devrait rester entre nous ?

Être fiers

Notre industrie agroalimentaire est exceptionnelle. Nos produits sont d’excellente qualité. Ils sont fort probablement trop méconnus.

Nous devons en faire une meilleure promotion, ici comme à l’étranger. En être plus fiers et en manger plus. Bravo au Panier Bleu, qui les fera mieux connaître. Nous devons aussi publiciser les bénéfices environnementaux de l’achat local. Encourager les Québécois à faire affaire avec des circuits de distribution plus courts. Aider notre secteur agricole à améliorer sa productivité.

Demander à Hydro-Québec de s’investir davantage pour aider notre culture en serre ? Pourquoi pas ! Mais rien de tout cela n’implique qu’on doive se couper du reste du monde.


► Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG-UQAM