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La crise de la COVID-19 érode le leadership du président chinois

Les États-Unis menacent même le pays de poursuite face à sa mollesse lors de l’éclosion de la maladie

BRAZIL-POLITICS/PROTEST
Photo d'Archives, REUTERS Des manifestants brésiliens brandissaient à la fin mars des bannières dénonçant le président chinois Xi Jinping, à Brasilia.

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La crise de la COVID-19 fera-t-elle tomber le président Xi Jinping ? Difficile de dire ce qui se trame dans les arcanes du Parti communiste chinois.  

Bien que l’organisation compte plus de 90 millions de membres, les divisions et rivalités politiques à son sommet demeurent assez secrètes.  

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Pourtant, la crise de la COVID-19 a probablement fait très mal à Xi Jinping et à son leadership.  

Assez pour le faire tomber ? Probablement pas dans l’immédiat.   

Il faudra vraisemblablement attendre 2022, alors que le mandat du président sera en jeu, pour savoir si Xi Jinping parviendra ou non à demeurer président pour un troisième mandat.  

Manœuvres en coulisses  

Xi Jinping a fait modifier la Constitution de la Chine pour avoir le droit de demeurer en poste plus de deux mandats.   

Il est aussi parvenu à placer des hommes qui lui sont fidèles à la tête de multiples postes clefs dans le parti, le gouvernement et l’armée.   

Mais il n’est pas certain que cela soit suffisant.  

D’abord, beaucoup de membres du Parti communiste chinois (PCC) désapprouveraient l’abolition de l’article de la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels.   

Président prétentieux  

Xi Jinping a aussi fait inscrire sa « pensée » dans la Constitution du pays, ce qui est d’une risible prétention.   

Par ailleurs, au nom de la lutte à la corruption, Xi a affaibli plusieurs clans à l’intérieur du parti. Ceux-ci lui en tiennent rigueur.  

Mais surtout, la gestion de Xi laisse à désirer. Ainsi, sa dureté envers Hong Kong a conduit aux vastes manifestations pro-démocratiques de cet été.   

Par ricochet, la présidente de Taïwan, qui prône l’indépendance de cette partie du monde et dont la cote de popularité était très basse dans les sondages, a connu une telle remontée qu’elle est parvenue à se faire réélire.  

Par ailleurs, des Chinois accusent leur président d’avoir mal négocié avec les Américains le nouvel accord commercial.  

Enfin, l’image de Xi Jinping et de la Chine a été considérablement ternie dans la crise de la COVID-19.   

Cette image est une des choses à laquelle le PCC tient le plus.  

Il se pourrait donc que Xi finisse par perdre la présidence formelle de la Chine  

Mais il pourrait peut-être alors gouverner en coulisse. C’est ainsi que Deng Xiaoping avait continué à régner pendant les dernières années de sa vie.  

Poursuivre la Chine ?  

Traîner la Chine devant les tribunaux en raison de sa réponse à l’éclosion de la COVID-19 ? C’est ce que le Missouri envisage avec le plus grand sérieux.   

C’est aussi ce que demandent 23 représentants au Congrès qui ont envoyé une lettre au secrétaire américain à la Justice pour lui demander de poursuivre la Chine devant la Cour internationale de justice.  

Mais il n’est pas facile de poursuivre en justice un autre pays. Il est encore plus difficile d’obtenir réparation, d’autant que si les requérants avaient gain de cause, la Chine devrait payer des sommes astronomiques en dommages et intérêts.    

La poursuite contre la Chine a surtout une dimension politique. Elle vise à ternir la réputation de la Chine et à obtenir davantage de concessions de sa part lors de négociations internationales.  

Elle sert aussi à satisfaire une partie de l’électorat américain et à trouver un bouc émissaire pour excuser la mauvaise performance du système de santé américain.