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Le projet démentiel de route de la soie

La Chine se place au cœur du commerce mondial avec ce plan pharaonique en chantier depuis 2013

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Photo d'archives Cette photo prise le 18 janvier 2017 montre le premier train de marchandises chinoises entrant en gare dans l’est de Londres, après avoir voyagé depuis Yiwu, dans l’est de la Chine. Cette liaison fait partie de l’initiative des nouvelles routes de la soie du gouvernement chinois.

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L’immense projet de création de « nouvelles routes de la soie » place plus que jamais la Chine au centre des réseaux mondiaux de commerce.  

Les routes de la soie évoquent pour nous une atmosphère romantique de voyage. Marco Polo nous vient tout de suite à l’esprit.   

Mais ces chemins commerciaux ont une connotation en général péjorative dans les pays qu’ils traversent. C’est que ces routes ont aussi servi aux conquêtes militaires.   

La Chine a donc changé l’appellation des nouvelles routes de la soie. Il s’agit maintenant officiellement du projet « Une ceinture et une route ».    

La ceinture, c’est le trajet qui relie Pékin à Londres par la mer, en passant par l’océan Indien et par la Méditerranée, puis qui retourne à Pékin, cette fois par voie de terre, en traversant l’Europe et l’Asie centrale. La route, ce sont les chemins secondaires qui se connectent à ce trajet principal.   

Mais en vérité, les nouvelles routes de la soie ont déjà changé. Elles s’étendent maintenant sur tous les continents.    

Ces nouvelles routes de la soie sont en principe un merveilleux projet. Il s’agit, le long de ces routes, de développer les infrastructures de toutes sortes : des autoroutes, des chemins de fer, des aéroports, des ports de mer, etc. Elles incluent des projets de TGV (train à grande vitesse) entre Paris et Pékin.    

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Photo d'archives

Merveilleux... en principe  

On parle même de la construction d’un chemin de fer passant dans un tunnel de 85 km sous le détroit de Béring qui sépare au nord l’Asie et l’Amérique.   

En théorie, les populations locales doivent profiter de ces infrastructures pour construire de nouvelles usines, ouvrir de nouvelles mines, etc. Ces populations bénéficieraient de transferts de technologies vertes, s’enrichiraient et enrichiraient les autres.   

Jusqu’à présent, la Chine a passé des accords dans le cadre des routes de la soie avec 126 pays.   

Les investissements, seulement en transport, pourraient mobiliser jusqu’à 8000 milliards de dollars US de capitaux.    

Pour le moment, les nouvelles routes de la soie ont dans leurs cartons des projets dont le coût total est estimé quelque part entre 1000 G$ et 1500 G$ US. En dollars constants, les nouvelles routes de la soie sont 50 fois plus grandes que le plan Marshall (programme américain de prêts octroyés aux différents États de l’Europe pour aider à la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale).    

Problèmes d’argent  

Ces projets font rêver. Mais il faut les financer. Et c’est ici que les problèmes surgissent.    

D’abord, la structure des banques et des organisations qui offrent le financement fait en sorte que les capitaux sont contrôlés par la Chine.    

Ensuite, beaucoup redoutent que plusieurs pays qui empruntent de l’argent dans le cadre des nouvelles routes de la soie soient incapables de rembourser leurs dettes.   

C’est ce qui est arrivé au Sri Lanka. Le gouvernement a accepté que la Chine construise un immense port de mer en eau profonde à Hambantota. Or, le gouvernement sri lankais s’est révélé incapable de respecter les paiements.    

Acheté par la Chine  

En 2017, une compagnie chinoise a donc acquis 70 % du port ainsi que sa « gestion » pour une durée de 99 ans. La zone, qui s’étend sur 8 km2 est devenue une zone franche où des entreprises en majorité chinoises sont appelées à s’établir.   

La Chine offre aussi un financement alternatif pour les infrastructures qu’elle construit. Elle finance les projets avec des taux d’intérêt faibles, mais demande en contrepartie l’exclusivité de zones de pêche, de ressources minières, ou encore se fait céder des terrains.   

Les projets des nouvelles routes de la soie ne tournent pas tous si mal. Mais ce qui est arrivé au Sri Lanka illustre bien le danger de ces routes et surtout la façon dont le gouvernement chinois en profite.   

La « nouvelle route de la soie » en bref  

La nouvelle route de la soie, aussi appelée « Une ceinture, une route », est un projet démesuré lancé en 2013 par la Chine.    

Il s’agit d’investissements chinois en matière d’infrastructures routières, maritimes, ferroviaires, etc., à travers le monde, afin de faciliter les échanges commerciaux et le transport des marchandises chinoises vers les différents marchés.    

En chantier, le projet a pour ambition de connecter l’Asie, l’Afrique et l’Europe, par la terre ainsi que par la mer.    

Des critiques y voient une tentative de la Chine d’étendre encore plus son influence économique et géopolitique.