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Entre syndicaliste détestable et anti-syndicalisme

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement
Photo d'archives Agence QMI, JOEL LEMAY Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement

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L’attitude de la FAE et de son président, Sylvain Mallette a déchainé la colère de certains analystes de la scène politique. Il serait toutefois dommage que la critique du type de syndicalisme mené par la FAE conduise à la mise aux rebuts de tous les syndicats.

Le comportement de la FAE et de son président à l’égard de la proposition gouvernementale sur la réouverture des écoles primaires reflétait pour ces analystes un net manque de discernement et de solidarité avec la société québécoise en cette période de crise aussi grave. Les gens outrés n’avaient pas tort, mais la rage prive parfois du sens de la nuance dans l’analyse des comportements syndicaux, et plus encore, du bien-fondé de certaines interrogations soumises du côté syndical.

On conçoit bien que le comportement matamore du président de la FAE puisse déplaire à certains. Cependant, il faut considérer qu’il fait également de la politique interne. En agissant ainsi, il s’adresse à la frange la plus militante et radicale de son organisation. Celle-ci est sûrement très fière que son président se comporte comme un Don Quichotte prêt à tous les combats et à toutes les quêtes. Le président Mallette n’avait pas à chercher loin pour s’inspirer du modèle tribal, le président Trump en est l’exemple parfait et il a même des chances de se faire réélire par une minorité de la population.

L’attitude plus pondérée des autres organisations syndicales à l’égard des propositions gouvernementales n’ont pas été assez mises en évidence par rapport à la polémique créée par la FAE. Les centrales et leurs fédérations ont montré un ton collaboratif sans se gêner pour exprimer les conditions que l’État devrait mettre en vigueur afin d’assurer la sécurité de son personnel. Fort probablement que les militants plus radicaux de ces organisations syndicales verront de la mollesse dans le comportement responsable de leurs leaders qui tentent de naviguer solidairement avec les Québécois à travers cette crise.

Comparativement à la critique acerbe de la FAE, le ministre Roberge a été beaucoup moins vilipendé pour son comportement depuis le début de la crise sanitaire. On oublie de rappeler que le ministre aurait pu mettre à contribution de façon plus systématique les milliers d’employés du réseau scolaire renvoyés chez eux dès le début du confinement. À l’évidence, celui-ci a manqué de leadership et a fait preuve de laisser-aller pendant des semaines. Aujourd’hui, il fait appel à l’école pour sa fonction garderie dans une conjoncture de relance de l’économie sans vraiment de grands soucis pour l’instruction.

Le syndicalisme enseignant est issu d’un corporatisme professionnel transformé au fil du temps en centrale syndicale. Tout au long de ce parcours, le double mandat, syndical et professionnel, a été exercé avec rigueur par la CSQ et ses composantes, au point d’être des références pédagogiques incontournables pour les gouvernements qui se sont succédés. La division syndicale entrainée par la création de la FAE a cependant porté ombrage au volet professionnel et affaiblit le syndicalisme enseignant.

Ainsi, les consensus professionnels ne se font pas entre deux organisations en rivalité qui veulent paraitre plus combative que l’autre. Si on y ajoute le ton péremptoire de la FAE, tous les ingrédients sont réunis pour exacerber le ministre de l’Éducation et le conforter dans son projet de créer un ordre professionnel pour neutraliser encore plus les syndicats.

En fait, le président de la FAE s’est tiré dans le pied! Au rythme où vont les choses, il fera la joie de plusieurs de ses détracteurs et du ministre.