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Bienvenue à l’école Chalaco!

Magalie Lapointe
Photo collaboration spéciale, Magalie Lapointe

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.


Plus jeune, je jouais très souvent à l’école. J’étais bien loin de me douter que mon rêve de gamine deviendrait réalité en pleine pandémie. Enseigner à cinq enfants de 10 à 15 ans quand on n’a pas de formation en enseignement, c’est pas de la tarte, mais c’est faisable. Bienvenue à l’école Chalaco !

Ce nom a été donné par ma fille Céleste. Il est composé des deux premières lettres de nos noms de famille : Chagnon, Lapointe et Collard.

Comme plusieurs foyers québécois, nous formons une famille recomposée de cinq enfants. Il y a Gloria, 10 ans, Céleste et Yoan, 12 ans, Sam, 14 ans, ainsi qu’Éliane, 15 ans.

Depuis un mois, cette école 2.0 est remplie au maximum de sa capacité. Du moins, pour une journaliste transformée en prof.

Sans arrêt

– Maman, pourquoi tu m’as souligné une erreur à « tous le monde » ? Le monde signifie qu’il y a plusieurs personnes, non ?

– Mag, pourquoi j’ai une faute à « ont transportés » ? Tu m’as dit que je devais trouver mon sujet et l’accorder, donc j’ai raison.

– Maman, j’ai besoin d’aide, 5x-6a +(7y-0)= ? Je ne suis pas certaine de ma réponse.

– Maman, François (parce que le premier ministre est devenu leur nouveau meilleur ami) a dit que les écoles resteront fermées. Ça veut dire combien de temps ça ?

– Mom, n’oublie pas, on doit courir 20 minutes cet après-midi. Mon coach de rugby m’a lancé un défi.

Voici mon quotidien depuis maintenant un mois.

Un mois à m’installer à la table de cuisine entourée de mes enfants de 9 h à midi. Un mois à sortir en après-midi et à jouer avec eux dehors. Un mois à parler comme s’il n’y avait plus de lendemain. Mais surtout, un mois à m’émerveiller de les voir grandir sous mes yeux.

Je leur donne des dictées, corrige leurs écrits, appelle mon ami Dom, mon ami comptable agréé, afin qu’il réponde aux questions de mes ados en mathématiques. J’envoie également des courriels aux enseignants pour leur demander conseil. Parce que oui, ma quatrième année, mon secondaire 1 et mon secondaire 3 sont assez loin derrière moi.

Tous les jours de la semaine, mes filles et beaux-fils se soumettent aux demandes de Prof Mag. Sans chialer. Ce n’est pas facile. Mais avec de la volonté, de l’ouverture et un peu d’humour, on y arrive. Je vous jure.

Confiance

Au cours des dernières semaines, j’ai appris à mettre mon orgueil de côté.

Tant pis pour les mathématiques que je ne comprends pas et les sciences trop compliquées. J’ai un paquet de connaissances que je n’ai jamais le temps de partager avec eux. C’est le moment !

À ce sujet, la dévouée enseignante de français de Sam, Mylène Gaudette, m’a rassurée.

« Souvent les parents se sentent vulnérables par rapport à l’accompagnement qu’ils doivent faire auprès de leurs enfants. Je pense que la stimulation est importante et ça peut prendre toutes sortes de formes, par exemple lire un article et en discuter avec son enfant. Il faut se faire confiance. »

Discuter. Un verbe malheureusement trop peu souvent accordé dans notre train de vie quotidien.

Merci Mylène ! « Constance et rigueur », ajoutait-elle.

Grâce à ces deux valeurs implantées à leur plus bas âge, je n’ai jamais été aussi fière de mes enfants. Grâce à un horaire stable, je remarque déjà que ma marmaille est moins anxieuse.

Or, ce qui m’émerveille au quotidien, c’est de constater leurs améliorations scolaires et leurs nouveaux apprentissages. Telle une enseignante, je suis fière de leurs réalisations et de leurs progrès.

Je n’ai jamais été aussi en accord avec la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault : les héros cachés de cette pandémie sont nos enfants.