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Ne pas ouvrir la porte à la surveillance

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Le Québec entame son déconfinement. Pour éviter une deuxième vague de contamination, Le Journal dévoilait que le gouvernement examine présentement l’implantation d’un système de surveillance globale. Il faut s’en inquiéter. 

Essentiellement, il y aurait deux scénarios à l’étude. 

Le premier, par la technologie Bluetooth, vous informerait si vous avez été à proximité de gens infectés par le virus dans un rayon de deux mètres. Si vous êtes infectés, l’application vous indiquerait les personnes avec qui vous avez été en contact. 

Le deuxième scénario est plus intrusif, mais probablement plus efficace. Par vos données de géolocalisation, le gouvernement pourrait connaître, en temps réel, votre localisation et savoir si vous avez été en contact avec une personne infectée dans un rayon de dix mètres. 

Des airs de Big Brother, n’est-ce pas? 

Néanmoins, pour nos gouvernements, ce serait une manière efficace de relâcher les mesures de confinement tout en contrôlant la propagation du virus et en retraçant les personnes infectées. 

Ces outils peuvent donc devenir attrayants en temps de crise. 

Mais la prudence doit être de mise. La surveillance globale des citoyens n’a jamais eu de bouton retour. 

Une fois qu’on la met en marche, il est difficile de faire marche arrière. 

Le meilleur exemple, c’est le Patriot Act américain, signé par l’administration Bush à la suite des attaques du 11 septembre 2001, auquel les dispositions de surveillance tiennent encore aujourd’hui... 19 ans plus tard. 

En acceptant aujourd’hui une surveillance de masse pour une santé publique améliorée, nous ouvrons collectivement la porte à son implantation permanente dans nos vies. 

Les dommages collatéraux 

J’y reviens: assurément que la surveillance à grande échelle est efficace pour combattre la crise sanitaire que nous vivons. Il n’y a pas de doutes là-dessus. 

Les exemples se multiplient, surtout en Asie de l’Est. La Corée du Sud, Singapour, la Chine et l’Israël ont tous mis en place des applications de contrôle citoyen et aplatissent efficacement la courbe. 

Mais le Québec doit tout de même se désengager de cette voie de la surveillance, même si cette dernière se dit gentille, éthique et temporaire. 

Pour la simple raison que nous ne sommes pas la Chine, la Corée du Sud, Israël, Singapour, Taiwan, etc. 

Le contexte politique de ces pays est différent du nôtre. 

Nous ne sommes pas habitués à la surveillance et à la suspicion gouvernementale. 

Ici, les conséquences du traçage des individus risquent de surpasser les bienfaits. 

D’abord, si le gouvernement devait – pour des fins strictement médicales – cibler certains lieux ou quartiers à risque, il y a un réel potentiel de stigmatisation de certaines communautés ou de certains groupes religieux. 

La peur, ça fait faire des affaires qui n’ont pas de crisse de bon sens, disait le Dr Arruda en février dernier. 

Ensuite, la surveillance globale, nous n’y sommes pas habitués. 

Nous n’avons aucune idée de comment les Québécois vont réagir lorsqu’ils recevront une alerte du genre: «Vous avez été en contact avec une personne infectée.» 

Le climat est déjà anxiogène. Se savoir épié, localisé et surveillé ne risque-t-il pas d’augmenter l’angoisse citoyenne déjà à son paroxysme? 

Cela ne risque-t-il pas aussi de saturer un système de santé et des lignes téléphoniques d’urgence, alors que nous travaillons depuis le début à éviter un système de santé congestionné? 

En réalité, un système de surveillance ou de traçage à grande échelle est un cadeau empoisonné, une fausse bonne idée qui entraînera assurément des dommages collatéraux que nous devons collectivement refuser. 

La crise est grave, et nous devons assurément être solidaires, responsables et à l’écoute de nos gouvernements. 

Mais cela ne doit pas nous obliger à nous plonger dans un mauvais roman de science-fiction.