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Le rêve fou du gardien Ilia Ejov

À 33 ans, le Montréalais d’origine russe désire toujours jouer dans la LNH

Ilia Ejov
Photo courtoisie, Ilia Ejov Ilia Ejov vient de signer une prolongation de contrat de deux saisons avec le Vityaz de Podolsk, avec qui il a maintenu une fiche de 14-20, un pourcentage d’arrêt de 0,921 et une moyenne de buts alloués de 2,56 la saison dernière.

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Lorsqu’il a vu le chauffeur de surfaceuse des Maple Leafs de Toronto, David Ayres, être appelé d’urgence par les Hurricanes de la Caroline, le 22 février dernier, pour finalement récolter une victoire historique, Ilia Ejov n’a pu s’empêcher d’éprouver un peu de jalousie.

Sentiment semblable lorsqu’il a appris, il y a deux semaines, que le gardien Vasili Demchenko s’était entendu avec le Canadien de Montréal sur un pacte d’une saison. Même que lorsqu’il a eu vent de cette nouvelle, il s’est surpris à se demander s’il aurait dû refuser la prolongation de contrat de deux ans qu’il vient de signer avec le Vityaz de Podolsk dans la Ligue continentale de hockey (KHL).

Ilia Ejov
Photo courtoisie, Ilia Ejov

Une remise en question de quelques secondes, toutefois, puisqu’il n’a pas mis de temps à réaliser qu’il avait pris la bonne décision. 

Âgé de 33 ans, Ejov rêve depuis qu’il est jeune d’obtenir sa chance de jouer dans la LNH, et Montréal aurait été le comble de l’extase.

Parce que, oui, malgré son nom à consonance russe, Ejov a grandi dans la métropole québécoise et c’est ici qu’il a développé sa passion du hockey. Une passion qui l’a mené, au cours des 12 dernières années, dans la KHL, où il a évolué pendant plusieurs saisons pour le prestigieux SKA de Saint-Pétersbourg aux côtés des Ilya Kovalchuk, Artemi Panarin et Vladimir Tarasenko.

Malgré une carrière fort productive en Russie où, en 12 saisons, il a maintenu une moyenne de buts alloués de 2,35 et un pourcentage d’arrêts de 0,922, son nom demeure méconnu d’à peu près tout le monde au Québec.

Le gardien est de retour à Montréal où il vit en confinement avec sa famille, dont son fils, Tyson, un mordu de hockey.
Photo courtoisie, Ilia Ejov
Le gardien est de retour à Montréal où il vit en confinement avec sa famille, dont son fils, Tyson, un mordu de hockey.

DES JAMBIÈRES À 10 $

C’est qu’Ejov – c’est de cette façon qu’est écrit son nom sur son passeport canadien alors qu’on lit plutôt Ezhov sur celui russe – n’a pas suivi le chemin traditionnel. 

Mais là, vraiment pas.

Le gardien de but avait 7 ans lorsqu’il est débarqué à Montréal après que ses parents aient voulu s’enfuir du régime communiste russe. Né à Krasnodar dans le sud du pays, il n’avait jamais été initié au hockey avant d’arriver au Canada. 

Dès son arrivée dans le quartier Côte-des-Neiges, où ses parents se sont installés, il a été pris de la fièvre montréalaise du hockey. 

Au départ, ses parents préféraient qu’il évolue soit au poste d’attaquant ou de défenseur puisque l’équipement de gardien se voulait trop cher pour leurs modestes moyens. Mais c’était les grosses jambières qui intéressaient le jeune Ejov.

À 13 ans, il a donc décidé de s’acheter lui-même sa première paire de jambières. Armé d’un billet de 10 $ et de beaucoup de volonté, il s’est présenté dans un magasin d’occasions à la recherche de sa première paire de jambières brunes, qu’il a trouvée. 

Bémol, toutefois : elles étaient 10 $... chacune !

« J’ai enlevé une étiquette et je suis allé à la caisse en espérant qu’ils me les laissent pour 10 $ », se rappelle Ejov en riant.

Après discussion avec le gérant, on l’a généreusement laissé partir avec la paire à moitié prix.

Les choses ont ensuite déboulé à une vitesse folle. Après avoir fait son hockey mineur à Montréal jusqu’au niveau midget, il a quitté pour deux saisons en Ontario où, lors de la deuxième, il a joué junior B à Hawkesbury, où il a fait la connaissance de Bob Hartley. 

En 2005, les défunts Fog Devils de St. John’s de la LHJMQ en ont fait leur choix de quatrième ronde et il a ensuite passé deux saisons dans cet uniforme avant de terminer son stage junior en Saskatchewan.

À la croisée des chemins par la suite, un agent russe, rencontré par hasard, lui a mentionné pouvoir lui dénicher un contrat quelque part en Russie. Sans trop réfléchir, il a donc fait ses bagages pour le pays qu’il n’avait pas visité depuis son départ, près de 15 ans plus tôt.

Là-bas, après quelques démarches pour obtenir un passeport russe (lire ici un chèque de 2000 $), il a signé un premier contrat avec la filiale du SKA Saint-Pétersbourg.

« Ç’a été un choc culturel énorme pour moi. Je ne parlais pas vraiment russe et je ne le lisais pas. Le premier contrat que j’ai signé, je l’ai fait sans comprendre ce qui y était écrit. Je ne faisais que lire les chiffres », se remémore-t-il.

LA LNH

Au départ, avant de signer son contrat, il croyait que son stage en Russie ne durerait que quelques mois, le temps de vivre un camp d’entraînement européen. Une offre d’une formation de la Premier AA Hockey League, autrefois la Ligue East Coast, l’attendait de ce côté de l’Atlantique, de toute façon.

Ilia Ejov a connu le moment fort de sa carrière en 2015-2016 lorsqu’il a remporté la Coupe Gagarine avec le SKA de St-Pétersbourg.
Photo courtoisie, Ilia Ejov
Ilia Ejov a connu le moment fort de sa carrière en 2015-2016 lorsqu’il a remporté la Coupe Gagarine avec le SKA de St-Pétersbourg.

Au final, il vient de conclure sa 12e saison en Russie, dont la moitié passée avec le SKA. Au passage, il a remporté la coupe Gagarine en 2015-2016.

Mais ce grand détour n’a jamais fait oublier à Ilia Ejov le rêve de jouer un jour dans la LNH.

À 33 ans, il est toutefois conscient que le temps joue contre lui, surtout que la prolongation de contrat récemment signée le mènera à l’autonomie à l’âge de 35 ans.

« J’ai toujours ça dans la tête, mentionne-t-il avec honnêteté. J’ai toujours rêvé d’obtenir au moins un match, même si c’est pour être sur le banc. Quand je vois ces gardiens d’urgence obtenir une chance, je ne me le cache pas, je suis jaloux d’eux. Toute ma vie, j’ai attendu après une chance et je réalise qu’à la fin de mon contrat, j’aurai 35 ans et ce sera difficile de percer. Je n’ai jamais été repêché et c’est ce qui joue contre moi. Par contre, comme je dis aux jeunes : si tu as un rêve, tu n’as pas le droit de lâcher. J’y crois encore », lance-t-il avec assurance.

NEW YORK ET CHICAGO

Pourtant, des opportunités, il en a eu deux dans la LNH. En 2011, il a été invité au camp des recrues des Rangers de New York.

« Après le camp, ils m’ont dit qu’ils étaient intéressés, mais ils avaient déjà cinq gardiens dans leur système, alors j’aurais été le deuxième gardien dans l’ECHL. Ils m’ont conseillé d’aller en Russie », se rappelle celui que les Rangers ont rappelé en cours de saison, mais à qui il a dû refuser l’offre en raison de ses obligations en Russie.

Puis, en 2014, les Blackhawks lui ont offert un contrat afin de devenir le gardien partant de leur club-école, les IceHogs de Rockford. Toutefois, au même moment, le SKA lui offrait 1 M$ pour demeurer avec eux.

« Je n’ai pas grandi dans l’argent et je voulais donner une meilleure vie à ma famille et mes parents », se rappelle-t-il.

Au final, les Hawks ont plutôt opté pour Scott Darling et, cette année-là, ils ont remporté la Coupe Stanley avec Darling comme adjoint à Corey Crawford.

« J’y pense encore, admet-il sans toutefois éprouver de regrets. J’ai toutefois eu la chance de gagner la coupe Gagarine avec le SKA la saison suivante. Je crois que tout arrive pour une raison et c’est sûr que si je ne joue jamais un match dans la LNH, je vais me rappeler de ces opportunités. Par contre, je ne regrette pas mes choix parce qu’à ce moment, c’était la meilleure option pour moi. »

Catastrophe évitée

Un réacteur explose

Ilia Ejov l’assure : il pourrait raconter des anecdotes de la KHL pendant des heures et des heures. Quand on lui demande sa plus croustillante, il n’hésite pas une seconde : lors de la saison 2014-2015, alors qu’il portait les couleurs du Lada de Togliatti, il a vécu une expérience traumatisante lorsque le réacteur droit de l’avion de l’équipe a explosé en plein décollage !

« On n’en a pas entendu parler beaucoup. La nouvelle a été cachée pour conserver l’image de la KHL. On était à pleine vitesse quand le réacteur a explosé. L’avion s’est dirigé directement dans la forêt et le pilote a vraiment fait tout ce qu’il devait faire. Il a réussi à arrêter l’avion avant qu’on percute une grosse antenne. Ç’a été une expérience un peu épeurante. »

Ejov assure éprouver un petit stress supplémentaire quand il prend l’avion maintenant. Mais le pire, c’est lorsqu’ils décollent de Yaroslavl, là même où l’avion du Lokomotiv s’est écrasé le 7 septembre 2011, tuant 44 des 45 passagers. 

« Quand on prend l’avion à Yaroslavl, j’ai un nœud dans l’estomac. Je ne peux pas parler. C’est la même chose pour tout le monde. »

Recrues prometteuses

Shesterkin et Sorokin

Le gardien Igor Shesterkin, qui a réussi une entrée fracassante dans la LNH avec les Rangers de New York en fin de saison dernière, a été le coéquipier d’Ejov avec le SKA de St-Pétersbourg. Pour le gardien montréalais, il n’a pas de doute qu’il est voué à un bel avenir, mais il n’est pas le seul jeune talent russe d’ailleurs à frapper aux portes de la LNH. Le gardien Ilya Sorokin serait sur le point de s’entendre avec les Islanders de New York, et Ejov croit qu’il aura un impact similaire à celui de Shesterkin.

« Les deux sont proches au niveau talent. Ce sont aussi deux grands amis, donc ça va être spécial de les voir s’affronter. Il y a toujours eu une saine compétition entre les deux. »

Relation professionnelle

Jerabek a aimé Montréal

La saison dernière, Ejov a eu l’opportunité de jouer aux côtés de l’ancien membre de l’organisation du Canadien de Montréal Jakub Jerabek. Les deux hommes ont développé une belle relation.

« On avait beaucoup de choses en commun, dont notre amour pour la ville de Montréal. En Russie, je dis souvent à quel point c’est une ville incroyable, autant en raison de son amour pour le hockey mais aussi pour la qualité de vie au quotidien. Beaucoup de joueurs en Russie ne comprennent pas la différence jusqu’à ce qu’ils traversent ici. »