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Lula pour président

WE 0502 Lanctôt
Photo courtoisie La vérité vaincra
Luis Inácio Lula da Silva
Éditions Le Temps des cerises

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C’est ce qu’on se dit toujours : la vérité finira bien par s’imposer. Mais entre-temps, qu’est-ce qu’il ne faut pas supporter, souffrir et encaisser !

En février 2018, deux ans après le coup d’État qui a renversé la présidente Dilma Rousseff et instauré un régime fasciste au Brésil, l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva a accordé une longue entrevue dans laquelle il s’explique sur les accusations qui pèsent sur lui. C’était quelques mois avant qu’il ne soit emprisonné sous de fausses accusations de corruption, alors que les sondages le donnaient gagnant. Il fallait à tout prix empêcher la réélection du dirigeant du Parti des Travailleurs, qui avait pour la première fois dans son histoire conduit le Brésil, le pays le plus populeux de la région, sur le chemin de la prospérité. Et Lula l’affirme d’emblée : ce qu’il a voulu faire, lors de son premier mandat, c’est de donner à manger aux 54 millions de Brésiliens qui avaient faim. Faire en sorte que chaque Brésilien ait pris son petit-déjeuner, ait déjeuné et dîné. « J’aurai atteint le but de ma vie », raconte-t-il. D’où la création du programme « Faim zéro ». Lula donnait ainsi la voix à ceux qui n’en ont pas, à ces exclus qui n’ont aucun syndicat pour les défendre, aucun canal pour s’exprimer. Tout comme le programme « Ma maison, ma vie », une politique de logement populaire avant-gardiste, qui a aussi été repris au Venezuela. Aussi bien dire un début de révolution plus ou moins tranquille, « sans tirer une seule balle ».

Lula explique qu’il ne pensait pas se représenter aux élections présidentielles de 2014. Il avait peur de ne pas être à la hauteur des attentes de la population. Quand un joueur quitte avec un bon pointage, explique-t-il, et qu’il veut revenir au jeu, il y a toujours cette hantise qu’on le compare avec ce qu’il était auparavant. Dans le cas de Lula, son taux de popularité, à la fin de son mandat, était de 87 %. Il avait plus de soutien qu’il n’en avait en début de mandat !

Anecdotes politiques

Lula possède une intelligence aiguë de la chose politique. Il ne voulait pas diriger un gouvernement de ministères cloisonnés. Avec lui, c’était un pour tous et tous pour un. Le ministre de la Culture devait savoir ce qui se passait à l’Agriculture. Lorsque le cabinet se réunissait, il ne prenait jamais la parole en premier et laissait les autres s’exprimer. « Parce que si le président parle en premier, plus personne ne parle », confie-t-il.

La gouverne de Dilma Roussef sera totalement différente, et Lula en parle avec une grande franchise, en soulignant ses qualités, mais aussi ses faiblesses. Étant mal entourée, elle aura beaucoup de difficulté à se faire accepter et à écouter les conseils du vieux sage Lula, qui ne demandait qu’à l’aider, sans en retirer un seul bénéfice. Jusqu’au fiasco final.

Les paroles de Lula sont de véritables bonbons. Il admet ne pas tout savoir, heureusement, d’où son besoin de consulter et de solliciter différents avis avant de prendre position. « Quand vous ne savez pas tout, vous demandez. Je n’ai jamais eu honte de demander », admet-il humblement, mais en tapant du poing sur la table. Il a horreur des discours préfabriqués et prémâchés. C’est comme manger des haricots sans sel, dit-il. Il faut une âme, une spontanéité pour que les gens à qui on s’adresse écoutent et s’enthousiasment. Et de raconter comment il faisait quand il rencontrait des présidents d’autres nations, en brisant le protocole : « Je ne sais pas parler aux gens sans les toucher, je ne sais pas discuter sans toucher, c’est ma manière d’être. » On aurait bien envie de l’avoir comme premier ministre, avouez !

Cet ouvrage est bourré d’anecdotes, de confidences, de conseils, de belles leçons de vie. Il raconte, entre autres, comment à cinq heures du matin, alors qu’il devait prendre la parole devant les ouvriers de l’usine Volkswagen, il était amené à prendre quelques verres de cachaça avec les autres gars, pour s’éclaircir la voix, précise-t-il. On rêverait aussi de le compter parmi nos amis. Lula n’a pas dit son dernier mot.

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