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Une enquête nécessaire sur le Cirque

ZARKANA
Photo d’archives, Peter Foley Le PDG du Cirque du Soleil, Daniel Lamarre (au centre), lors de la première mondiale du spectacle Zarkana, en 2011, à New York.

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La direction du Cirque du Soleil s’est lancée dans une grande opération d’intoxication de l’opinion publique dans le but de discréditer le travail d’enquête de nos journalistes. Évidemment, nous ne nous laisserons pas intimider, on en a vu d’autres.  

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Par contre, c’est la première fois qu’une opération du genre est conduite avec autant d’amateurisme, ce qui en dit long sur la haute direction de cet ex-fleuron québécois en déroute. C’est d’ailleurs cette haute direction qui nous intéresse tant.    

J’ouvre une parenthèse ici pour vous raconter ce que je veux dire par amateurisme: vendredi dernier, un journaliste de La Presse avait le texte d’une mise en demeure qui nous était destinée, et cela au moins une heure et demie AVANT qu’elle nous soit signifiée. On ne peut pas avoir une preuve plus évidente d’une intention réelle: intoxiquer un média en utilisant un subterfuge légal pour influencer l’opinion publique.      

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Nous posons des questions qui demeurent largement sans réponses depuis quelques semaines. Celles-ci sont hautement d’intérêt public, autant pour les contribuables que pour les 4600 employés licenciés et les nombreux fournisseurs impayés.    

Nous cherchons à comprendre les détails d’une nébuleuse transaction de 100 millions $ qui a permis au fondateur du Cirque, Guy Laliberté, de se faire racheter ses dernières actions par la Caisse de dépôt et placement du Québec, en janvier.     

Tout cet argent soutiré du bas de laine des Québécois risque de disparaître si le Cirque se retrouve en faillite, comme cela est malheureusement évoqué, sans compter les 40 millions du Fonds de solidarité FTQ.    

Des problèmes avant la crise  

Le Cirque est maintenant contrôlé par des investisseurs chinois et américains, et nous avons découvert des liens avec des paradis fiscaux.     

Nous enquêtons sur les paradis fiscaux depuis des années, nous avons un journaliste de notre Bureau d’enquête consacré à cette question qui a même publié un livre sur le sujet (La Grande dérive, Les Éditions du Journal, Jean-François Cloutier).     

La question se pose plus que jamais: doit-on aider financièrement une entreprise dont les principaux actionnaires milliardaires utilisent les paradis fiscaux, possiblement pour payer moins d’impôts ici? La Caisse a-t-elle transigé dans les paradis fiscaux dans sa récente acquisition des actions de Guy Laliberté?    

En même temps, nous avons remarqué que des dirigeants du Cirque s’étaient récemment inscrits aux registres des lobbyistes pour convaincre les gouvernements de Québec et d’Ottawa de l’aider financièrement. Nous posons des questions aux dirigeants du gouvernement, et on peut présumer que la direction du Cirque ne les apprécie pas. J’imagine qu’on aimerait mieux faire ces manœuvres à l’abri des regards.    

Nous cherchons aussi à comprendre comment le Cirque a été aussi rapidement incapable de faire face à la crise financière actuelle en licenciant 95% de son personnel. Où sont passés tous les millions de cette entreprise qui a connu autant de succès à travers le monde? Qui a vidé les coffres? Comme le disait l’agence Moody’s lorsqu’elle a décoté le Cirque il y a quelques mois: «La politique financière de la compagnie qui favorise les actionnaires a augmenté le risque de crédit, ce qui, combiné à la récente détérioration dans la performance, a résulté dans une situation financière plus précaire.» Ça mérite une enquête, non?    

Un intérêt de la part de Québecor  

On apprend quand même dans la mise en demeure que Québecor aurait manifesté son intérêt pour investir dans le Cirque du Soleil et que nos journalistes seraient en mission pour affaiblir davantage le Cirque et faire diminuer sa valeur. Québecor possède ce Journal, TVA et plusieurs sites internet d’information, comme on le sait. J’ai vérifié cette information ce week-end et on me dit que oui, des questions ont bel et bien été posées au Cirque par Québecor, signe d’un certain intérêt. Oui, nous aurions bien aimé le savoir, mais Québecor n’a pas l’habitude de nous parler de ses stratégies ou de ses intérêts. Faudrait-il que nous abandonnions notre travail journalistique pour autant? La réponse est non. Il y a trop d’argent public en jeu, trop de questions sans réponses, trop de manœuvres louches incluant cette dernière tentative du Cirque pour discréditer notre travail. En fait, il faut y mettre encore plus d’efforts journalistiques.    

- Yves Daoust, Directeur Argent  

LES ACTIONNAIRES ÉTRANGERS DU CIRQUE    

TPG (60%)   

  • Fonds privé américain de 119 milliards $ US    
  • Son président est David Bonderman (fortune personnelle de 3,7 milliards $ US)        

FOSUN (20%)   

  • Groupe chinois    
  • Revenus en 2019: 28 milliards $    
  • Profits en 2019: 2,9 milliards $