/finance/business
Navigation

Aldo se place à l’abri de ses créanciers

Coup d'oeil sur cet article

La COVID-19 a raison d’un premier grand joueur québécois dans le commerce de détail. Le Groupe Aldo, qui traîne de lourdes dettes, est forcé de se mettre à l’abri de ses créanciers et d’entamer une importante restructuration.  

• À lire aussi: Tous les développements de la pandémie   

• À lire aussi: «Cet épisode arrive au pire moment», affirme Peter Simons  

• À lire aussi: Les effets dévastateurs sur l’économie se précisent  

«Ce n’est pas un secret pour personne que l’industrie du commerce de détail a vécu des changements significatifs et rapides au cours des dernières années», indique le PDG David Bensadoun.         

«La pandémie COVID-19 a mis trop de pression sur nos affaires ainsi que sur notre flux de trésorerie», poursuit-il. La fortune de son père, qui est le fondateur de la compagnie, est évaluée à 1,3 G$, selon le magazine Forbes.      

Jeudi, le Groupe Aldo s’est placé sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies afin d’équilibrer ses finances et de trouver une solution pour absorber les nouvelles pertes financières des dernières semaines.         

• À lire aussi: Engouement monstre dans des commerces de Québec  

• À lire aussi: Des détaillants préfèrent attendre avant d’ouvrir  

L’entreprise, dont le siège social est situé à Montréal, compte 3000 points de vente dans 100 pays, dont 700 magasins qui sont gérés par le groupe ainsi que des franchises. L’enseigne emploie plus ou moins 8000 employés.        

Afin de protéger ses actifs, le Groupe Aldo a également déposé une demande pour se mettre à l’abri de ses créanciers du côté des États-Unis, et la direction prévoit aussi le faire pour ses activités en Suisse.         

Pertes financières  

C’est le syndic Ernst & Young qui pilotera la restructuration. Dans des documents publics, on peut lire que le groupe a affiché une perte nette de 170,3 M$ CA pour les 12 mois précédant février 2020. Du côté des États-Unis, le gouffre a été de 97,3 M$US.           

  • ÉCOUTEZ la chronique économique de Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal et au Journal de Québec, à QUB radio:   

Sans surprise, les revenus du groupe ont continué de plonger au cours des deux derniers mois en raison de la COVID-19, soit de 40% par rapport à l’an dernier. Parmi les créanciers, on retrouve Investissement Québec (IQ), Southwest et la BMO.     

En 2014, l’entreprise avait reçu 50 M$ d’IQ, dont 10 M$ sous forme de subvention et un prêt de 40 M$, pour appuyer la réalisation d’un projet de modernisation de 363 M$ à son siège social.        

Selon les projections du rapport du contrôleur, la main-d'œuvre devra être considérablement réduite au siège social et dans les différents magasins. Le Groupe a encore de la liquidité pour opérer jusqu’en juin.         

L’entreprise a aujourd’hui des dettes de plusieurs centaines de millions de dollars. La division canadienne doit notamment 2,2 M$ en cartes cadeaux aux consommateurs, et la branche américaine, 2,1 M$.         

Poursuite des activités   

Pour les prochaines semaines, la compagnie prévoit poursuivre ses activités en ligne pour ses bannières Aldo, Boutique Spring et GLOBO. Les magasins corporatifs au Québec du détaillant ouvriront également leurs portes en suivant le plan de relance du gouvernement.        

La compagnie concède dans un communiqué qu’il s’agira «d’un énorme défi». La direction espère sortir de cette restructuration «mieux positionnée pour connaître une croissance à long terme». Le Groupe Aldo est spécialisé dans les chaussures et les accessoires de mode.        

«L’entreprise se relèvera de cette situation plus forte et bien positionnée pour continuer en tant que leader de l’industrie de la mode», assure le PDG.        

Jeudi, le premier ministre François Legault a souligné que son gouvernement «allait tout faire» pour aider le Groupe Aldo.         

«On va tout faire pour sauver le maximum d'entreprises, surtout les entreprises, là, qui ont une importance stratégique, comme Aldo», a indiqué M. Legault.         

D’autres joueurs  

Au cours des dernières semaines, différents experts ont mentionné au Journal que plusieurs enseignes dans le commerce de détail pourraient se mettre à l’abri de leurs créanciers afin d’équilibrer leurs finances, une mesure qui leur permettrait au passage de renégocier leurs baux.        

«Il y a des entreprises qui sont très dépendantes des flux monétaires. Dans la mesure où il n’y a plus de clients, mais toujours des coûts fixes, elles se retrouvent dans une spirale infernale. La question des baux est un facteur supplémentaire de pression sur les liquidités», dit Yan Cimon, professeur à la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval.        

Le Groupe Aldo n’est pas la seule entreprise à entamer une restructuration. La semaine dernière, le détaillant Gap, propriétaire aussi des enseignes Banana Republic et Old Navy, a indiqué que plusieurs de ses magasins ne rouvriront jamais leurs portes en Amérique du Nord.        

La bannière canadienne Roots a annoncé la fermeture de sept boutiques aux États-Unis, et la chaîne Nordstrom prévoit en fermer 16.        

Récemment, Le Journal écrivait que La Maison Simons et le Groupe Nero Bianco jonglaient avec différents scénarios pour maintenir leur santé financière. 

–Avec la collaboration de l’Agence QMI