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Le Brésil évangéliste

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 Monsieur le président, la COVID-19 pourrait tuer des millions de personnes ! Réponse du président : « Et alors ? Je suis désolé, mais que voulez-vous que je fasse ? » Cette réplique digne de Donald Trump, c’est le président du Brésil, Jair Bolsonaro, qui l’a servie à un journaliste. Selon Bolsonaro, la COVID-19 est « comme une petite grippe ». 

D’ailleurs, il s’oppose fermement à toutes les mesures de confinement et de distanciation décidées par les gouverneurs des États du Brésil. Au point où un éditorial du célèbre journal médical The Lancet vient de désigner Bolsonaro comme le principal ennemi à la lutte contre la COVID-19 au Brésil. Quelle est la logique de Bolsonaro ? Une logique toute religieuse au service d’un capitalisme sauvage.

1. Que pensent les groupes religieux brésiliens de la pandémie ?

Presque tous les groupes religieux ont sagement obéi aux interdictions de rassemblement sauf un : celui des évangélistes. Pour les dirigeants de ce mouvement fondamentaliste, la pandémie de COVID-19 est une alliance entre Satan, les médias et certains intérêts économiques afin de semer la terreur. Difficile d’être plus stupide. Pourtant, Bolsonaro appuie pleinement les évangélistes. Il a même soutenu une journée nationale de jeûne et de prière pour lutter contre le coronavirus.

2. Pourquoi Bolsonaro épouse-t-il les vues des évangélistes ?

Les évangélistes forment plus de 20 % de la population brésilienne, possiblement près de 25 %. Leur engagement politique est très puissant. Ils contrôlent l’élection de près de 40 % des députés de la chambre basse au Brésil. Comme si ce n’était pas suffisant, l’épouse et les enfants de Bolsonaro sont aussi des évangélistes. Bolsonaro lui-même n’est pas un évangéliste. Mais les croyances imbéciles des évangélistes renforcent ses ambitions politiques et lui permettent d’asseoir plus facilement son programme d’extrême droite.

3. Que gagnent les évangélistes à s’allier avec Bolsonaro ?

Bolsonaro est un défenseur des intérêts des riches familles brésiliennes. À son avis, les politiques de redistribution de la richesse et la corruption des gouvernements précédents ont affaibli le Brésil. Ancien capitaine dans l’armée brésilienne et catholique d’une autre époque, la révolution sexuelle et les lumières du monde moderne lui répugnent. Il rencontre ici les intérêts des évangélistes qui sont ennemis des sciences sociales et de la révolution sexuelle. Bolsonaro veut couper les filets sociaux de l’État pour que les riches paient moins d’impôt. Sans le soutien de l’État, des dizaines de millions de pauvres se retourneront davantage vers les mouvements religieux pour assurer leur subsistance. Les évangélistes y trouvent leur compte.

4. En quoi la COVID-19 change-t-elle la donne ?

Le nouveau coronavirus est venu brouiller les cartes. Certes, Bolsonaro a encore plus de deux années à passer au pouvoir. Mais Bolsonaro, qui avait promis un meilleur niveau de vie aux 210 millions de Brésiliens, commence à redouter les effets des mesures de quarantaine. La récession arrive et sa popularité commence à chuter. D’où diverses mesures prises en panique, comme la demande de retour de 8000 médecins cubains qui exerçaient au Brésil, mais que Bolsonaro avait réexpédiés à Cuba parce qu’ils provenaient d’un État communiste.

5. Bolsonaro pourrait-il partir ?

Le mécontentement contre Bolsonaro monte de jour en jour. La plupart des gouverneurs s’opposent à lui. Le nombre de morts au Brésil pourrait être pire qu’aux États-Unis, surtout que la maladie se répand à présent dans les quartiers miséreux des grandes villes. Ce qui arrive au Brésil évoque beaucoup les événements politiques aux États-Unis.