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Un nouveau portrait de ce que nous sommes, vraiment?

<strong><em>La condition québécoise/Une histoire dépaysante</em><br>Jocelyn Létourneau</strong><br>Éditions du Septentrion
Photo courtoisie La condition québécoise/Une histoire dépaysante
Jocelyn Létourneau

Éditions du Septentrion

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En ces temps de confinement, qui nous forcent, bien souvent, à nous redéfinir et à nous regarder de plus près dans le miroir, si ce n’est dans le rétroviseur, le livre de Jocelyn Létourneau tombe à point.

On pourrait se dire, dès le départ : Tiens, en voilà un autre qui veut réécrire notre histoire à la lumière du multiculturalisme qui veut s’imposer dans tous les domaines de notre vie politique et culturelle. Or, Létourneau s’en défend dans un premier temps. « J’ai tenté de composer, à partir des particules élémentaires connues du passé québécois, une histoire qui prend ses distances par rapport au récit convenu de l’évolution de cette collectivité. » Il distingue quatre moments de cette histoire convenue : la quête de soi, le destin dévié, la faute à l’autre et la survivance.

En d’autres mots, Létourneau entend démontrer que nous sommes autre chose qu’un peuple vaincu à la recherche de son indépendance. Notre histoire est composée de mille et une quêtes, de discours radicaux et de discours complaisants, qui s’inscrivent dans notre habitat particulier formé par l’autochtonité, l’européanité et l’américanité, auquel « il faudrait ajouter la catholicité romaine pendant la plus longue partie de son histoire ».

Dans un premier temps, Létourneau veut remettre les pendules à l’heure en ce qui concerne notre mixité. « Il faut prendre avec ménagement la thèse qui veut que le patrimoine génétique des Québécois renferme une forte composante amérindienne », précise-t-il. Il n’est pas le premier à l’affirmer, mais la vérité est difficile à cerner en l’absence de données scientifiques. Il est indéniable que nous avions des relations surtout intéressées, aussi bien d’un côté que de l’autre.

Rien de bien glorieux dans les débuts de la Nouvelle-France. La mère patrie ne manifeste pas un intérêt suffisant pour insuffler l’énergie nécessaire à son développement, contrairement à ce qui passe au sud. L’industrie locale et l’agriculture en souffrent. Sur place, la corruption et la désorganisation flagellent sa population. C’est dans ce cadre ambigu, entre tradition et désir d’autonomie, délinquance et loyauté, que se forge le Canayen.

Arrive la défaite aux mains de l’armée britannique en 1760. Le Canadien devra s’adapter aux nouvelles lois et façons de faire de l’ennemi. Rien cependant sur les exactions et autres crimes commis par la soldatesque britannique. En quelques décennies, le commerce des fourrures passera aux mains des entrepreneurs de langue anglaise. Les nouveaux barons de l’économie auront des noms anglais. Les élites canadiennes oscilleront entre contestation et collaboration. Histoire connue. 

Mais Létourneau, on le sentait venir, s’attarde à minimiser l’importance des insurrections de 1837-1838. Il ne faut pas exagérer, affirme-t-il, il faut éviter de tomber dans le piège du « registre romantique ». Et l’auteur de s’attarder à montrer le côté sombre de ces rébellions, avec son lot de « perplexes [...] sans compter les girouettes et autres vire-capots, pour ne rien dire des dégonflés, démissionnaires, traîtres et délateurs en tous genres ». Les 12 patriotes pendus, les 400 autres exilés, et ceux morts au champ d’honneur ? Sans doute « des idéalistes survoltés, des activistes exaspérés, des désillusionnés de tout acabit ».

Révolution tranquille

Même attitude en ce qui concerne la Révolution tranquille. Il ne faudrait pas penser, nous prévient Létourneau, que la Révolution tranquille « ait été le produit d’un désir largement partagé dans la population de changer entièrement l’ordre des choses ». Qui l’eût cru ? L’auteur n’hésite pas à pousser Hubert Aquin dans l’anachronisme, parce que la grande fatigue culturelle du Québec serait désormais chose du passé. 

Il fallait s’y attendre, nos combats passés seraient le produit d’un Québec « homogène, replié sur lui-même et exclusif, sorte de nations de similaires ». Plutôt troublante que dépaysante, cette histoire.