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«Le goût de l’élégance» de Johanne Seymour: une fable qui fait du bien

Johanne Seymour
Photo Pierre-Paul Poulin La romancière, Johanne Seymour.

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Délaissant le polar pour son neuvième roman, la romancière et scénariste Johanne Seymour s’est laissée porter par l’envie d’offrir une fable réjouissante, sur fond de littérature et de solidarité sociale. Le goût de l’élégance, un texte magnifique, très poétique, raconte l’histoire d’une femme qui garde espoir malgré un tourbillon de malheurs et de petites violences quotidiennes.   

Par un matin pluvieux, une explosion dans un édifice du quartier transforme à jamais l’existence de Simone Vendredi, une femme ordinaire, employée dans un commerce quelconque. Arrivée en retard à son travail à cause de la catastrophe, elle est congédiée sur-le-champ par son patron.  

Dans l’autobus qui la ramène à son appartement, Simone broie du noir et regarde défiler les vitrines des commerces, jusqu’à ce que l’une d’elles attire son attention : une petite annonce chez un libraire. Simone l’ignore, mais son destin changera à tout jamais.  

Un besoin d’élégance  

Toujours joviale et intéressante en entrevue, Johanne Seymour note que l’idée de ce roman a germé il y a trois ans, et qu’elle a eu besoin «d’un bon deux ans» avant de trouver une bonne manière d’aborder le sujet.   

Elle savait que le polar ne convenait pas. «J’entrevoyais ce roman, plein de cette poésie de tous les jours. Je suis entrée dans l’aventure et j’ai beaucoup aimé. J’avais aussi besoin de ce goût de l’élégance dont je parle. Je trouvais que la société en avait besoin. Et moi, ça m’a fait du bien de m’éloigner des intrigues policières.»  

L’élégance dont elle parle dans son roman n’est pas une élégance de façade, mais plutôt une élégance morale. «Ce sont toutes les formes d’élégance : l’élégance des sentiments, des mots, du cœur. La beauté. Pourquoi avoir toujours des affaires rudes? Ça serait bien qu’il y ait un peu de poésie dans le monde.»  

Johanne est choquée par la violence des mots qui apparaissent sur les réseaux sociaux. «Je me suis dit : peut-être que les gens sont tannés de ça? Peut-être qu’ils ont envie de voir qu’il y a autre chose dans le monde? Qu’il y a des gens qui sont différents?»  

Mains tendues  

Elle note que c’est aussi un roman sur la solidarité et que Simone, son héroïne, en fait heureusement l’expérience. «Il y a beaucoup de mains tendues dans ce roman, et, quand elle s’ouvre les yeux, elle est capable de les prendre.»  

Simone, une fille ordinaire, vit une période de découragement. «Elle a trop pris de poids. Son ancien patron la traitait comme de la merde. Elle en arrache financièrement, et avec les hommes de sa vie, ça n’a pas été facile. Elle est comme bien des femmes...» Même si Simone Vendredi songe à mourir, il y a de l’espoir, en filigrane. «Il y a de la magie, de la vie, des réponses au bout de tout ça.»   

Les violences quotidiennes que l’écrivaine décrit touchent les femmes, mais aussi les hommes qui vivent les mêmes problèmes. «Je voulais inclure tout le monde qui est tanné de se faire maganner. Je voulais que les gens qui sont dans une période difficile, qui en ont assez de l’absence de mains tendues ou de compassion autour d’eux, se retrouvent dans ce roman.»  

En confinement  

Johanne Seymour, interviewée alors que les mesures de confinement venaient de commencer en raison de la COVID-19, note par ailleurs que la solitude lui pèse «cent fois moins» que la majorité des gens. Elle parle de conscience sociale. «À un moment donné, je me dis, peu importe ton seuil de tolérance, voyons, là : c’est une question de vie ou de mort, pour des proches !»       

  • Johanne Seymour a travaillé comme comédienne pendant 15 ans avant de se vouer à la mise en scène, à l’écriture et à la réalisation.  
  • Elle se consacre à l’écriture romanesque depuis 2004.  
  • Elle a publié cinq polars de la série Kate McDougall et scénarisé le premier, Le Cri du cerf, en une série télé, Séquelles.  
  • Plus récemment, elle a publié Rinzen, la beauté intérieure, finaliste au prix Saint-Pacôme du meilleur roman policier et finaliste au prix
    Arthur-Ellis du meilleur polar canadien en français.    

EXTRAIT  

<strong><em>Le goût de l’élégance</em><br>Johanne Seymour</strong><br>Éditions Libre Expression<br>168 pages
Photo courtoisie
Le goût de l’élégance
Johanne Seymour

Éditions Libre Expression
168 pages

«Un jour, tu te lèves, et ton destin prend une tournure inattendue. Ta petite vie ordinaire est soudain plongée au cœur d’un tourbillon dont la beauté insoupçonnable et la puissance amoureuse t’étaient étrangères. Tu n’es plus seule. Ton île, que tu croyais déserte, est peuplée.»