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[PHOTOS] 10 choses à savoir sur la station de quarantaine de Grosse-Île

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Entre 1830 et 1940, le Canada connaît une vague d'immigration sans précédent. On accueillera près de quatre millions d'immigrants qui entreront au pays par le Saint-Laurent. C'est ainsi que le port de Québec a longtemps été le principal point d’arrivée des immigrants au Canada. De là, plusieurs poursuivront leur route vers l'Ouest ou les États-Unis.  

Souvent, ces gens transportaient avec eux des virus. En effet, des épidémies faisaient parfois rage en Europe au moment de leur départ. C'est d'ailleurs ce qui a conduit à l'établissement d'une station de quarantaine en 1832, alors que le choléra faisait des ravages. Elle agira comme un avant-poste du port de Québec. L'endroit choisi est la Grosse-Île située face à Montmagny. En plus de voir défiler des centaines de milliers d'immigrants irlandais, c'est plus de 43 différentes nationalités qui passeront par l'île. Elle fermera en 1937. On y tiendra par la suite diverses activités.   

Reconnue pour son importance historique nationale en 1974, l’île est gérée depuis 1993 par l'Agence Parcs Canada. Depuis 1996, on parle du lieu historique national de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais. Voici donc un survol de l'histoire de cette station de quarantaine en 10 points.   

1. La Grosse-Île avant la quarantaine  

La ferme de Pierre Duplain sur la Grosse-Île avant l'établissement de la station de quarantaine en 1832.
Photo Henry Hugh Manvers Percy, Bibliothèque et Archives Canada
La ferme de Pierre Duplain sur la Grosse-Île avant l'établissement de la station de quarantaine en 1832.

En 1662, l’île Patience est concédée à Noël Jérémie, dit Lamontagne. Rapidement, elle prend le nom de Grosse-Île.    

En 1681, la famille Bécard de Granville l'acquiert; elle la possède jusqu'en 1753, alors que Charles Vallée, un homme de Québec, en fait l’acquisition. Il y exploite la terre.    

De 1764 à 1816, plusieurs autres propriétaires s'y succèdent. Cependant, ils y auraient pratiqué davantage la chasse et la pêche que l'agriculture.    

Par la suite, d'autres acquéreurs vont y cultiver la terre, que ce soit par eux-mêmes ou par fermage. On y retrouve même une maison et une grange.    

C'est finalement en 1832 que l'île est expropriée par le gouvernement pour y établir une station de quarantaine.   

2. Les grandes épidémies  

Immigrants irlandais en partance pour Québec vers 1840.
Photo collection privée
Immigrants irlandais en partance pour Québec vers 1840.

Au cours de son histoire, la station de quarantaine de la Grosse-Île a accueilli des centaines de milliers d'immigrants.    

Toutefois, elle a connu des épisodes plus dramatiques, alors que des épidémies, voire des pandémies, faisaient rage.    

Les épidémies de choléra de 1832 et de 1834, ainsi que celle du typhus qui a sévi lors de la grande famine irlandaise de 1847, sont les exemples les plus connus de ces vagues dramatiques d'immigration.    

À ces occasions, la majorité de ces immigrants provenaient de l'Irlande.   

3. L'organisation du territoire  

Carte de l'organisation fonctionnelle de la station de quarantaine de Grosse-Île
Carte Parcs Canada
Carte de l'organisation fonctionnelle de la station de quarantaine de Grosse-Île

La Grosse-Île était occupée par beaucoup de monde. On y retrouvait d'abord les employés de la station de quarantaine et leur famille. Il y avait ensuite les immigrants, certains en santé et d'autres malades.    

C'est pourquoi, à la suite des événements tragiques de l’été 1847, on a partagé l'île en trois secteurs.    

À l'ouest de l'île se trouvait une presqu'île. C'est dans ce secteur qu'étaient logés les immigrants en santé. À partir de 1892, on y retrouvait notamment des hôtels pour le confinement des «bien-portants».    

Le secteur du centre était occupé par le village où vivait le personnel.    

Enfin, à l'est, on avait regroupé les immigrants malades. On y retrouvait donc les hôpitaux.    

Sur la route, au point de rencontre des secteurs ouest et du centre, se trouvait un poste de garde pour empêcher les immigrants sains, mais néanmoins en observation, de pénétrer dans le village. Les déplacements de tous étaient strictement contrôlés.   

4. Le village  

Le village de Saint-Luc de Grosse-Île vers 1910
PHOTO Musée McCord
Le village de Saint-Luc de Grosse-Île vers 1910

Le village de la Grosse-Île était semblable à tous les villages du Québec. Au fil du temps, son organisation évoluera beaucoup.    

On y retrouvait d'abord des maisons, que ce soit celles des simples employés ou celles de l'officier des travaux publics, du surintendant médical ou du médecin.    

Les villageois fréquentaient l'une des deux églises, l'une catholique et l'autre protestante. Leurs curés vivaient dans des presbytères distincts. La paroisse était dédiée à Saint-Luc, le patron des médecins et des services de santé.    

Il y avait également des services comme un bureau de poste, une buanderie, une station Marconi permettant d'assurer les communications, une boulangerie et même une école.    

On y retrouvait aussi certains grands édifices, les blocs, où vivaient par exemple les infirmières, les chaloupiers et d'autres employés.    

Finalement, au début de son existence, il y avait une caserne militaire. En effet, le bon ordre devait être assuré.    

De plus, une batterie de canons pouvait servir à forcer certains capitaines récalcitrants à faire escale à la station. On ne plaisantait pas avec la quarantaine.   

5. Le secteur ouest  

Le secteur ouest de la station de quarantaine (immigrants en santé) avec son quai, l'édifice de désinfection, ses hôtels et le lavoir.
Photo Parcs Canada
Le secteur ouest de la station de quarantaine (immigrants en santé) avec son quai, l'édifice de désinfection, ses hôtels et le lavoir.

Les immigrants en santé étaient tout de même en quarantaine. Par conséquent, ils étaient confinés dans le secteur ouest.    

Ils habitaient dans des hôtels qui, comme à bord des navires, étaient associés à des classes: les hôtels de première, deuxième et troisième classe. On y retrouvait également le quai et son édifice de désinfection où les immigrants étaient accueillis.    

Puisqu'ils passeraient un certain temps sur l'île, on y retrouvait également des cuisines, une boulangerie et un lavoir.    

La maison de l'assistant-médecin et le poste de garde étaient bien en évidence sur l'isthme qui reliait le secteur ouest et le village.    

Le cimetière de l'ouest et la croix celtique érigée au sommet de l'île complétaient le paysage.   

6. Le secteur est  

Le secteur est de la station de quarantaine au tournant du XXe siècle avec le Bloc d'en Bas à gauche, l'hôpital de la Marine au centre et la maison du charretier à droite.
Photo Parcs Canada
Le secteur est de la station de quarantaine au tournant du XXe siècle avec le Bloc d'en Bas à gauche, l'hôpital de la Marine au centre et la maison du charretier à droite.

Le secteur est était réservé aux immigrants malades. On y retrouvait donc des hôpitaux.    

Au fil des épidémies, que ce soit le choléra, le typhus ou la variole, leur organisation évoluera.    

C'est ainsi qu'à partir de 1847, on comptait 12 lazarets construits à la hâte. Un seul subsiste de nos jours.    

En 1881, on avait construit un hôpital de briques et une buanderie adjacente. Il y avait également les résidences de certains officiers de l'hôpital comme le médecin, l'intendant et l'ingénieur, ainsi qu'un bloc pour loger d'autres employés.    

Enfin, un autre cimetière contenait les inhumations d'environ 1150 personnes, principalement des employés de la station, de même que de jeunes enfants décédés de la variole au début du XXe siècle.   

7. Les cimetières  

Le cimetière des Irlandais (ouest) et le monument aux médecins.
Photo Charlène
Le cimetière des Irlandais (ouest) et le monument aux médecins.

On retrouve sur la Grosse-Île trois cimetières situés dans chacun des secteurs. Le plus ancien ouvre en même temps que la station de quarantaine, soit en 1832. Il est situé dans le secteur ouest, sur la petite presqu'île. Jusqu'en 1847, on y faisait des inhumations individuelles, mais à partir de cette date, lorsque survint la grande épidémie de typhus, on opta plutôt pour des fosses communes. Plus de 6000 personnes y sont inhumées, incluant des employés de la station. On le surnomme le cimetière des Irlandais. C'est à cet endroit qu'en 1853 a été érigé un monument à la mémoire des docteurs Benson, Pinet, Mailhot et Jameson, morts en 1847 en soignant des immigrants malades.   

Le cimetière de l'est est aménagé vers 1847-1848 au moment où l'on partage l'île en secteurs. Il était divisé en deux parties, l'une catholique et l'autre protestante. Environ 1150 personnes y sont inhumées. Certaines sépultures sont identifiées à l'aide de croix faites de tuyaux, façon plutôt originale de rappeler la mémoire des gens. Il en reste quelques-unes aujourd'hui. La plus grande partie de ce cimetière est disparue, en raison de la progression de la végétation.   

Le cimetière du centre a été exploité entre 1867 et 1871, bien qu'il y ait eu quelques sépultures par la suite. On en retrouve environ une centaine. Il n'est plus apparent aujourd'hui, ayant été envahi par le couvert végétal. On l'aménage au moment où l'on construit un hôpital pour cholériques à l’embouchure de la baie. On lui donnera alors le nom de «baie du Choléra».   

8. La croix celtique  

Inauguration de la croix celtique le 15 août 1909, Jules-Ernest Livernois
Photo Bibliothèque et Archives Canada
Inauguration de la croix celtique le 15 août 1909, Jules-Ernest Livernois

En 1909, au sommet ouest de l'île, I’Ancient Order of Hibernians, une organisation fraternelle catholique irlandaise, fait ériger un monument dédié aux immigrants irlandais victimes de l'épidémie de typhus de 1847 à 1848.    

Le socle est en granit de Stanstead, dans les Cantons-de-l'Est, alors que les pierres de sa partie supérieure proviennent d’Irlande. Ce monument mesure 14 m de hauteur, ce qui en fait l’une des plus hautes croix celtiques au monde. Il porte des inscriptions en gaélique, en français et en anglais.    

Il n'a pas été témoin des événements de 1847, mais il a une grande valeur symbolique pour les Irlandais. Ainsi, à partir de 1909, les Hibernians y organisaient presque annuellement un pèlerinage pour souligner le drame irlandais de 1847. Un petit sentier y conduit toujours aujourd'hui.    

Cette cérémonie a toujours lieu de nos jours, bien que de façon plus modeste.   

9. La recherche militaire  

Grosse-Île à l'époque de la recherche bactériologique, militaires prenant la pose devant l'église catholique.
Photo Parcs Canada
Grosse-Île à l'époque de la recherche bactériologique, militaires prenant la pose devant l'église catholique.

La station de quarantaine humaine ferme en 1937. En 1942, le ministère de la Défense nationale réquisitionne l'île et prend en charge ses bâtiments. L'ancienne station de quarantaine devient alors la War Disease Control Station. On y mènera des expériences sur des bactéries de la fièvre charbonneuse (anthrax), un micro-organisme extrêmement virulent. À l'époque, on craignait la possibilité d'une guerre bactériologique et on voulait se préparer. Ces recherches se poursuivront jusqu'en 1945.   

En 1951, dans le cadre du Canadian Armament Research and Development Establishment (CARDE), le ministère de la Défense utilisera à nouveau la Grosse-Île pour y mener une fois de plus des recherches sur la guerre biologique. Elles s'inscrivaient dans le contexte de la guerre de Corée et, plus généralement, de la Guerre froide avec le bloc soviétique. Elles prendront fin en 1956.   

10. Recherche et quarantaine animale  

La Grosse-Île à vol d'oiseau
Photo Pierre Lahoud
La Grosse-Île à vol d'oiseau

Entre 1957 et 1988, la division de pathologie vétérinaire du ministère de l’Agriculture du Canada occupe la Grosse-ÎIe chaque été pour y mener des recherches sur les maladies animales et pour y former son personnel.    

Simultanément, à partir de 1965, le même ministère utilise l'île comme station de quarantaine animale pour le bétail importé qui pénètre au pays.   

Pour obtenir plus d'information, voir: https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/qc/grosseile  

Un texte de Jean-François Caron, historien   

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