/world/opinion/columnists
Navigation

Un tsunami de haine

Coup d'oeil sur cet article

Parfois, il n’y a pas mieux que de reprendre les mots officiels pour décrire une série de faits alarmants, surtout quand ces mots choquent par leur clarté : le coronavirus a déclenché une avalanche de haine et de xénophobie qu’il faut stopper avec autant d’acharnement que le virus lui-même.  

Le cri d’alarme a été lancé vendredi par le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Pas de pays ni de dirigeants montrés du doigt, mais il suffit de gaspiller quelques minutes sur les médias sociaux pour constater que les boucs émissaires sont nombreux : Asiatiques, juifs, musulmans, journalistes et j’en passe.  

En Californie, le week-end dernier, un homme, prétendant respecter le port obligatoire du masque, s’est pointé dans une épicerie avec une cagoule du Ku Klux Klan. Anecdote répugnante, mais anecdote tout de même. Les gestes de harcèlement et les menaces à l’égard des Américains d’origine asiatique s’avèrent beaucoup plus concrets. Et nombreux.  

En trois semaines, l’Asian Pacific Policy & Planning Council a reçu plus de 1100 plaintes de discrimination liées à la crise actuelle : des résidents de l’Iowa se faisant dire de « retourner chez eux » à un médecin new-yorkais, le docteur Chen Fu, insulté dans le métro par un inconnu à cause de son origine ethnique chinoise.  

DU DJIHAD À LA CABALE  

En Inde, ce sont les musulmans qui sont tabassés, parce que soupçonnés de participation à un complot islamiste visant à répandre la Covid-19 au sein du peuple hindou. Une vidéo circule montrant Mehboob Ali, un jeune musulman de 22 ans, battu à coups de pied et de bâton, en se faisant demander les noms de ceux qui mènent avec lui le « djihad du coronavirus ».  

Il existe aussi cette réalité parallèle dans laquelle ce sont les juifs, cette fois-ci, qui complotent pour disséminer la maladie ou profiter de la récession engendrée. L’antisémitisme s’abreuvant à toutes les mamelles de la bêtise, des chercheurs de l’Université de Haïfa en Israël ont ainsi pu entrecroiser le délire d’extrémistes musulmans, de pasteurs ultraconservateurs et de suprématistes blancs.  

Enfin, de la Chine à l’Algérie en passant par la Turquie, des dirigeants à la poigne de fer utilisent la crise pour resserrer leur emprise sur le pouvoir. Les journalistes deviennent une cible de choix comme récemment au Brésil où trois photographes ont été attaqués par des manifestants. Ils étaient mécontents de la couverture donnée au président Jair Bolsonaro qui a pourtant dépeint le virus, en pleine épidémie, comme une « petite grippe ».  

UN MAL QUI EN CACHE UN AUTRE  

Le virus est dévastateur, on ne le répétera jamais assez, autant à cause des décès qu’il entraîne que pour sa façon de paralyser des économies, de nourrir la peur et d’éveiller des passions malsaines. Il faut en avoir conscience.  

Les commerçants se plaignent qu’il leur faudra des années pour récupérer la clientèle et les revenus qui se sont volatilisés en deux mois. Ne nous arrangeons pas pour en sortir, comme individu et comme société, encore plus amochés et tristes à voir qu’une terrasse abandonnée par ses fêtards.