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Visages de la pandémie

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Derrière toutes les statistiques, il y a surtout des gens dont la vie a été écourtée par la COVID-19. Déjà près de 2800 familles québécoises sont en deuil, dont 650 se sont ajoutées la semaine dernière seulement. Nos journalistes ont récolté l’histoire de certaines d’entre elles afin de mettre un visage sur les trop nombreuses victimes de cette pandémie sans précédent.   

• À lire aussi: Visages de la pandémie (première partie)  

• À lire aussi: Visages de la pandémie : plus de 1400 familles québécoises en deuil (deuxième partie)  

• À lire aussi: Visages de la pandémie (troisième partie)  


Eva Roden, 96 ans, Westmount  

Eva Vonchovská, à l’âge de 12 ans avec son père. En mortaise, elle a écrit un livre avec son mari Ruda Roden pour raconter leur histoire.
Photos courtoisie, famille Roden
Eva Vonchovská, à l’âge de 12 ans avec son père. En mortaise, elle a écrit un livre avec son mari Ruda Roden pour raconter leur histoire.

Eva Vonchovská a traversé d’horribles épreuves dans sa vie. Force de la nature, la dame de 96 ans les a toutes surmontées, jusqu’à ce que la COVID-19 la frappe, dans une résidence pour aînés de Westmount.      

Née durant l’entre-deux-guerres, à Prague, en République tchèque, elle a rencontré l’amour de sa vie dans les années 30. Il s’appelait Rudolph Roden. Pour elle, c’était son « Ruda ».      

Durant la Deuxième Guerre mondiale, Eva et Ruda ont été envoyés au camp de concentration de Terezin.      

Ils s’y sont mariés en 1942, créant un peu de beauté au milieu de toute l’horreur que traversait la planète.      

L’année suivante, le couple a été envoyé au camp d'extermination nazi d'Auschwitz, situé en Pologne.

Les tourtereaux ont pu échapper au SS Josef Mengele, surnommé l’Ange de la mort. Mais ils ont été de nouveau transférés, séparément cette fois, vers des camps de travail.      

En 1944, Eva s’est retrouvée à celui de Bergen-Belsen, en Allemagne.      

La jeune femme d’à peine 21 ans a passé près d’y laisser sa peau, ayant contracté le typhus, dont les symptômes s’apparentent étrangement au coronavirus.      

Libérée par les Anglais  

Comme pour faire un pied de nez aux nazis, Eva a tenu bon, jusqu’à ce que les Britanniques la libèrent, le 15 avril 1945. Par miracle, Ruda avait aussi survécu aux camps. Il a remué ciel et terre pour retrouver sa Eva et les amoureux ont été de nouveau réunis un mois plus tard.      

De retour dans leur pays natal, dorénavant sous l’emprise soviétique, les Roden ont décidé d’immigrer au Canada en 1948 pour rebâtir leur vie.      

Exemple d’un succès d’intégration, Eva et Ruda ont poursuivi leurs études ici. Lui, en médecine, puis en psychiatrie. Elle, en littérature.      

Après avoir affronté des démons en chair et en os durant la guerre, le couple a embrassé son devoir de mémoire, afin que l’Holocauste ne sombre jamais dans l’oubli.      

Ruda a consacré une partie de sa vie à aider les autres à composer avec leurs propres démons.      

Photo courtoisie

Eva a extériorisé les siens en écrivant un livre sur leur histoire.      

Écrivaine accomplie  

Le couple maîtrisait quatre langues : le tchèque, l’allemand, le français et l’anglais.      

« Ma mère adorait écrire. Elle n’a jamais fait une erreur d’orthographe ou de grammaire dans aucune de ses quatre langues », décrit fièrement son fils aîné Dan, qui a accordé une généreuse entrevue au Journal.      

L’homme de 70 ans, qui est lui-même un médecin émérite œuvrant comme chercheur à l’Université Vanderbilt de Nashville, au Tennessee, est né cinq ans jour pour jour après la libération de sa mère par les Anglais.      

« D’un point de vue personnel, je trouve cela très touchant. Tous les 15 avril, on célébrait nos fêtes ensemble », relate M. Roden.      

Eva et Ruda ont eu deux autres enfants, Peter et Misha, six petits-enfants et cinq arrière-petits-enfants.      

Tout au long de leur vie, ils se sont fait un devoir d’aider les immigrants, notamment ceux qui ont quitté la République tchèque après l’invasion soviétique de 1968.      

« Beaucoup sont venus au Canada et mes parents les ont aidés à se trouver des emplois. Plusieurs leur sont grandement reconnaissants », souligne M. Roden.      

En 2012, le quotidien Montreal Gazette leur a consacré un reportage soulignant leurs 70 ans de mariage. Sur la photo, le couple pose en montrant ses tatouages numérotés, vestiges des camps de concentration.
Photos courtoisie
En 2012, le quotidien Montreal Gazette leur a consacré un reportage soulignant leurs 70 ans de mariage. Sur la photo, le couple pose en montrant ses tatouages numérotés, vestiges des camps de concentration.

Après 72 ans de mariage, Ruda est décédé en 2015, laissant Eva un peu perdue. « C’est une combattante, elle a aussi survécu [à la mort de mon père] », illustre son fils.      

L’aînée ne souhaitait aucun acharnement thérapeutique. Eva a rendu son dernier souffle le 4 mai, à peine quatre jours avant le 75e anniversaire de la capitulation allemande.      

« Sa mort a été relativement paisible. Le pire, c’est qu’on n’a pas pu être présents », explique M. Roden.      

Si elle pouvait lire cet hommage, qu’en penserait-elle ?      

« Elle serait embarrassée et touchée. Elle n’aimait pas être le centre de l’attention », termine son fils.      

Eva, photographiée avec son fils aîné Dan, et sa dernière arrière-petite-fille, Rosa.
Photos courtoisie, famille Roden
Eva, photographiée avec son fils aîné Dan, et sa dernière arrière-petite-fille, Rosa.
  • 1er février 1924 : Naissance d’Eva Vonchovská, à Prague, en République tchèque.      
  • 1942 : Mariage avec Ruda Roden, au camp de concentration de Terezin.      
  • 15 avril 1945 : Eva est libérée du camp de travail de Bergen-Belsen par les Anglais.      
  • 1948 : Le couple immigre au Canada      
  • 2010 : Parution en français du livre Eva et Ruda, initialement publié en anglais en 1984 sous le titre Lives on borrowed times.      
  • 4 mai 2020 : Décès d’Eva, à Westmount.             

- Claudia Berthiaume  


Laurence Ménard, 33 ans, Acton Vale  

Photo courtoisie

« Fulgurant ». C’est le premier mot qui vient en tête lorsqu’on pense au décès de la travailleuse sociale Laurence Ménard.      

Maman du petit Arnaud, 3 ans, la jeune femme est décédée à peine deux jours après le début de ses premiers symptômes.      

Ses parents n’ont même pas eu le temps de se rendre jusqu’à Montréal pour lui dire un dernier adieu, son cœur avait lâché peu avant.      

Un test effectué après son décès a confirmé qu’elle était bel et bien atteinte de la COVID-19. La famille attend impatiemment les résultats de l’autopsie afin de comprendre ce qui s’est produit.      

Œuvrant auprès des aînés depuis de nombreuses années, Mme Ménard était passionnée par son travail.      

Elle suivait des cours universitaires en ligne afin de s’ouvrir des portes dans le réseau de la santé.      

Elle souhaitait toutefois continuer de travailler avec les personnes âgées.      

Comme elle avait décidé de concevoir son petit Arnaud seule en ayant recours à la procréation assistée, le garçon se retrouve ainsi sans parent.      

« C’était vraiment une bonne maman, elle s’en occupait tellement bien, lance sa sœur, Virginie. Je l’admirais vraiment d’avoir décidé de faire un enfant seule. »      

Heureusement, la famille de Mme Ménard compte s’occuper de lui.      

– Frédérique Giguère  


Marina Thenor Louis, 45 ans, Laval  

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Préposée aux bénéficiaires au CHSLD Cartierville pendant plus de 12 ans, Mme Thenor Louis était « un rayon de soleil », affirment ses collègues de travail.      

« Elle était souriante, toujours de bonne humeur, elle avait le don de trouver les mots pour faire plaisir aux autres, se souvient une de ses collègues de travail. Son rire communicatif était contagieux. »      

Originaire d’Haïti, Mme Thenor Louis était dévouée envers les patients, qu’elle affectionnait particulièrement.      

Puis, en mars dernier, elle est tombée malade.       

Un premier test à la COVID-19 s’est avéré négatif, mais elle est décédée le 29 avril, alors qu’elle était en chemin pour subir un deuxième dépistage.      

C’est après son décès que le diagnostic est tombé, expliquent ses proches toujours sous le choc.      

« Nous nous rappelons ton intégrité et de ta présence chaleureuse, ont écrit ses collègues sur une pancarte placée devant le CHSLD où elle travaillait. Nous saluons ta grandeur d’âme et ta bienveillance, symboles de ces valeureux combats que nous menons. »      

– Michaël Nguyen  


Bernard Pépin, 97 ans, Montréal  

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« Mon papa dégageait une joie de vivre, c’était un homme passionné, charismatique qui aimait ses enfants », explique Lynn Pépin.      

Originaire du quartier Hochelaga-Maisonneuve, père de six enfants et marié pendant 60 ans, M. Pépin a longtemps travaillé dans une usine pour subvenir aux besoins de sa famille.      

Même s’il n’était pas riche, il compensait par tout l’amour qu’il donnait à ses proches, assure sa fille.      

Très actif, il s’est impliqué toute sa vie auprès de la communauté en étant entraîneur sportif, en faisant du bénévolat, ou en créant un organisme de réinsertion sociale pour les jeunes en difficulté.      

Cela lui a d’ailleurs valu d’être honoré par l’Assemblée nationale pour son implication dans son quartier.      

Quand il a contracté la COVID-19, il a même failli s’en sortir, mais le coronavirus l’a emporté le 2 mai dernier.      

« Tout le monde le connaissait dans le quartier, il a eu un grand impact sur les jeunes, se souvient sa fille. C’était un influenceur avant le temps ! »      

– Michaël Nguyen  


Thérèse Granger, 81 ans, Montréal  

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Thérèse Granger a dévoué sa vie à ses quatre enfants, avant de succomber à la COVID-19, le 27 avril dernier, à Montréal.      

« Notre maman était une femme très courageuse, malgré une vie difficile, raconte son fils aîné Guy Leclerc. Il y a quelques années, l’Alzheimer apparut sournoisement, heureusement, elle nous a toujours reconnus, ainsi que ses petits-enfants. »      

M. Leclerc décrit sa mère comme une femme « coquette, espiègle, vive d’esprit et aimante ».      

Celle-ci vivait tout de même une fin de vie paisible et heureuse en résidence, selon lui.      

« Elle nous racontait ses souvenirs d’une vie lointaine », confie-t-il.      

Mais malgré « toute la bonne volonté de la direction » et les mesures sécuritaires mises en place, quelques cas de COVID-19 y sont apparus.      

« Perdre un parent proche sans l’accompagner et sans l’identifier avant l’incinération est une tragédie », se désole M. Leclerc, même s’il reconnaît l’excellence des soins qui ont été prodigués à sa mère à l’hôpital Notre-Dame.      

« Un adieu inhumain pour ses enfants, pour une femme si humaine », conclut-il.      

– Jonathan Tremblay  


Ephrem Grenier, 95 ans, Montréal  

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Ephrem Grenier a longtemps travaillé six jours sur sept, pour que son épouse et leurs cinq enfants ne manquent de rien.      

« Le dimanche, la vie arrêtait. Il ne travaillait jamais parce que c’est le jour du Seigneur », relate son fils Marcel Grenier.      

C’est d’ailleurs un dimanche, le jour de Pâques de surcroît, que Dieu a rappelé auprès de lui cet homme de grande piété pour son repos éternel.      

Même s’il n’a jamais vécu richement, le retraité de la brasserie Labatt a toujours aidé son prochain selon les bonnes valeurs chrétiennes.      

« Il ramassait les canettes vides pour donner l’argent à des organismes comme OXFAM. Ça s’est perpétué après sa retraite », souligne fièrement son fils.      

Ses enfants ont tous eu la chance de voir leur père de 95 ans une dernière fois avant son décès, au CHSLD Yvon-Brunet, situé dans le secteur LaSalle, à Montréal.      

« Ce n’était peut-être pas l’homme le plus flamboyant, mais il a toujours été un bon papa pour nous », conclut son fils.      

– Claudia Berthiaume  


Réjeanne Valiquette, 85 ans, Sainte-Thérèse  

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Les dernières paroles de Réjeanne Valiquette ont été : « J’ai essayé de me battre ».      

La dame de 85 ans est décédée le 17 avril dernier, dans une tente adjacente à l’hôpital de Saint-Eustache.      

« J’ai du mal à mettre des mots sur ce qui se passe en ce moment », souffle sa fille Claudine Massé, à propos de ce qu’elle a vécu au chevet de sa mère.      

Tout allait pourtant bien pour l’octogénaire, qui résidait au Manoir Joie de vivre, à Sainte-Thérèse.      

Mais on l’a transférée à l’hôpital après un résultat positif à la COVID-19.      

On lui a donné le choix de se battre, ou de se laisser partir paisiblement.      

« Ma mère, c’est une battante. Elle voulait se battre, mais ç’a été très rapide », s’attriste Mme Massé, qui dépeint sa mère comme une femme forte, optimiste, et reconnue pour sa joie de vivre.      

Sa fille a dû la rejoindre plus tôt qu’elle ne l’imaginait, car Mme Valiquette vivait ses derniers moments.      

Elle décrit cette scène tel un film d’horreur. « C’est horrible. Le personnel médical s’est excusé, impuissant. Le docteur était à genoux et pleurait avec les infirmières. C'est pas un deuil normal », conclut celle qui se considère malgré tout chanceuse d’avoir pu dire au revoir à sa mère, contrairement à plusieurs familles.      

– Jonathan Tremblay  


Les Servantes du Saint-Cœur-de-Marie  

Photos courtoisie

La congrégation des Servantes du Saint-Cœur-de-Marie a vécu l’hécatombe la semaine dernière alors que cinq religieuses sont décédées du virus en seulement trois jours.      

La série funeste a débuté le 2 mai lorsque deux religieuses issues d’une même famille, Fernande et Françoise Malenfant ont été emportées à seulement trois heures d’intervalle.      

Ces deux sœurs, tout comme les trois autres qui sont décédées ensuite, habitaient la résidence les Jardins d’Évangéline à Beauport.      

Fernande Malenfant, 100 ans, qui a enseigné au primaire pendant sa carrière est partie la première.      

Cette dernière était pourtant plus en forme que sa sœur biologique Françoise, 98 ans.      

Très proches  

« Ce sont deux sœurs qui étaient proches, proches dans la vie comme dans la mort », illustre la supérieure de la congrégation, sœur Anne-Marie Richard.      

« Je ne sais pas ce qui se passe de l’autre bord, est-ce que Fernande est venue chercher Françoise ? » ajoute sœur Margot, qui vivait avec les cinq victimes.      

Le décès des deux sœurs Malenfant, originaire du quartier Saint-Jean-Baptiste de Québec, est d’autant plus particulier qu’il clôt une incroyable lignée de cinq sœurs d’une même fratrie à avoir donné leur vie à Dieu.      

Outre Fernande et Françoise, Gilberte, Lucienne et Marie Malenfant ont toutes été des Servantes du Saint-Cœur-de-Marie.      

La communauté n’était pourtant qu’au début de cette série noire.      

La même journée, Sr Bernadette Bossé, 88 ans, a été emportée par la maladie.      

Une femme « très dévouée dans les humbles tâches », note sœur Richard.      

Finalement, le 4 mai, les sœurs Marcienne Landry, 76 ans, et Lucienne Côté, 98 ans, sont aussi décédées de la maladie.      

La congrégation de 264 religieuses traverse l’épreuve en priant. « Ça donne un sens à notre vie », résument-elles.      

– Nicolas Saillant  


Irving Bordoff, 91 ans, Pointe-Claire   

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À l’âge de 91 ans, Irving Bordoff a succombé à la COVID-19 le 29 avril dernier.      

Partout où il allait, l’aîné se faisait des amis, raconte sa fille Melissa Bordoff.      

Même s’il ne vivait à la Résidence Vivalis de Pointe-Claire que depuis quelques mois, son charme l’avait vite rendu populaire auprès des résidents et du personnel, poursuit-elle.      

Fort, malgré son âge avancé, cet ancien combattant a malheureusement été emporté par une éclosion de coronavirus dans sa résidence pour aînés.      

Lors de son transfert à l’hôpital du Lakeshore, en fin de vie, sa fille dénonce qu’il n’avait plus que « la peau sur les os ».      

Son père était squelettique et méconnaissable, affirme-t-elle, remettant en question les soins reçus en isolement, quand sa famille était incapable de le voir pendant environ deux semaines.      

Malgré ces derniers moments difficiles à accepter, la famille garde un souvenir impérissable de « l’homme d’acier » qu’était Irving Bordoff.      

– Hugo Duchaine  


Gisèle Berthiaume-Cadieux, 90 ans, Montréal  

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Malgré son décès lié à la COVID-19 le 1er mai dernier, Gisèle Berthiaume-Cadieux a mené une belle vie, assure sa fille.     

« C’était une bonne vivante. On riait beaucoup avec ma mère, confie Line Cadieux. Elle avait beaucoup d’amis et aimait avoir du plaisir. Elle a eu une très, très belle vie. »     

En avance sur son temps, Mme Berthiaume-Cadieux était une femme d’affaires dans l’âme.     

Elle a possédé un commerce qui avait pignon sur rue à Montréal, à une époque où la majorité des femmes restaient à la maison, se remémore sa fille.     

Puis, ce furent les voyages en Floride, une tendance qui commençait dans les années 1970, qui ont agrémenté une kyrielle d’hivers de la Montréalaise.     

« On est allé 15 hivers de suite », précise Mme Cadieux.     

Une fois à la retraite, la mère de famille s’est investie dans les comités d’organisation de plusieurs associations pour personnes âgées.     

« Elle faisait le party, aimait danser, jouer au bingo, et elle était bonne à la pétanque », détaille Mme Cadieux.     

La dame de 90 ans aimait aussi passer du temps avec ses cinq enfants, six petits-enfants et deux arrière-petits-enfants, qui faisaient sa fierté.     

En décembre dernier, on la croyait mourante après avoir chuté durement. Elle avait toutefois déjoué les pronostics en regagnant du poil de la bête.     

Elle a par la suite emménagé au CHSLD Providence le 6 janvier.     

Un test de dépistage positif à la COVID-19 le 22 avril a ensuite fait présager le pire à sa famille.     

« Malheureusement, on n’a pas été à ses côtés à la fin, car elle n’avait plus conscience, se désole Mme Cadieux. Ç’a été une décision déchirante pour la famille. Depuis quatre ans, il y avait quelqu’un avec elle chaque jour. »     

– Jonathan Tremblay  


Vuch Chhay Tan, 94 ans, Montréal  

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Mme Tan était une femme généreuse aimant tellement ses enfants qu’elle n’osait pas les critiquer, se souvient sa petite-fille Rotha Bour.     

Née au Cambodge, la dame a beaucoup souffert de la guerre là-bas, où elle a perdu son mari ainsi que deux de ses sept enfants.      

« On n’avait pas de nourriture, les gens mouraient de maladie ou de faim », se rappelle Mme Bour.     

C’est grâce au parrainage de sœurs d’une congrégation religieuse qu’elle a toutefois pu immigrer au Canada en 1980 et ainsi vivre une vie plus calme, et surtout discrète.     

Mais, avec l’âge, Mme Tan a développé des problèmes physiques, mais aussi psychologiques, au point où elle a dû être placée en CHSLD en 2015.     

Elle recevait alors régulièrement la visite de sa famille.     

Sauf que la crise sanitaire a mis fin aux visites, ce qui a énormément déstabilisé la dame qui s’est mise à perdre le goût de manger, déplore sa petite-fille.     

Car en plus du choc de ne plus être proche des siens, la nonagénaire ne pouvait plus manger des plats traditionnels que ses proches lui apportaient.     

« Elle n’arrêtait pas de demander où j’étais, pourquoi je ne venais pas », raconte Mme Bour qui, en étant infirmière auxiliaire, savait comment prendre soin de sa grand-mère.     

L’aînée a finalement attrapé la COVID-19, qui a eu raison d’elle en quelques jours seulement.     

« Ma grand-mère est décédée du coronavirus, mais aussi du confinement, affirme Mme Bour. Elle avait l’habitude de me voir, et elle m’a attendue pendant des semaines. Je comprends les règles, mais elles devraient être plus adaptées, et surtout être plus humaines. »     

– Michaël Nguyen  


Ginette Champagne, 78 ans, Montréal  

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Sans le savoir, Chantal Crevier a réussi à faire sourire sa mère une dernière fois, quelques heures avant sa mort, le 24 avril dernier.     

« C’est désarmant. Le matin même, [le personnel du CHSLD Jeanne-LeBer] m’a dit qu’elle allait bien, qu’elle n’avait pas eu besoin de morphine. Je lui ai parlé sur Skype et elle a dit : “Chantal, c’est Chantal !” Je pense qu’elle était contente. Une demi-heure après, elle était en détresse respiratoire, dans le coma », raconte la fille de Ginette Champagne.     

La septuagénaire vivait en CHSLD depuis cinq ans, à la suite de deux accidents vasculaires cérébraux qui l’ont laissée paralysée.     

Mais dans sa vie active, la mère de deux enfants adorait s’évader de la ville en allant dans les Laurentides dès qu’elle en avait l’occasion.     

« Elle adorait la nature, aller sur le bord de l’eau. Elle pouvait passer ses journées là », souligne Mme Crevier.     

Même si elle était quelque peu réservée, Mme Champagne ne se gênait pas pour répandre sa bonne humeur dans la maison. « Elle aimait beaucoup chanter. Tout le temps, ou à peu près : en cuisinant, en faisant son ménage... Elle aurait toujours voulu chanter à la radio », se remémore sa fille.     

– Claudia Berthiaume  


Louis De Gonzague Papillon, 89 ans, Québec  

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Six semaines seulement après avoir été accueilli à la Résidence Paul-Triquet réservée aux vétérans de l’armée, l’adjudant-maître Papillon est malheureusement décédé de la COVID-19 dans ce foyer d’éclosion.     

« Il n’a pas eu le temps d’en profiter », résume son fils Jacques, attristé de la situation.     

La famille appréciait le travail du personnel sur place puisque M. Papillon nécessitait beaucoup de soins en raison de sa santé fragile.     

Le vétéran a participé à la mission de maintien de la paix à Chypre. L’homme de 89 ans y est intervenu en 1974.     

C’est « un ancien combattant qui a été combattant » jusqu’à son dernier souffle, illustre son fils, puisque le protocole de fin de vie a duré quatre nuits et cinq jours.     

L’épreuve a été très difficile pour la famille de sept enfants qui n’a pas pu être présente pour accompagner l’aîné.     

– Nicolas Saillant  


Pierre Morin, 65 ans, Saint-Basile-le-Grand   

Photo courtoisie

Grand guerrier du début à la fin, Pierre Morin a été un homme déterminé qui avait un moral de plomb, même s’il ne lui restait qu’un seul poumon en raison d’un cancer qu’il avait vaincu en 2010.    

« Mon papa, c’était quelqu’un de calme, qui avait beaucoup d’humour, mais qui était très discret. Il avait un grand cœur. Il était très généreux, décrit Frédéric Morin, son fils unique. Mon père, c’est mon héros. C’était un homme travaillant, un guerrier. Tout le monde l’aimait. »    

Celui qui adorait taquiner ses deux petites-filles est décédé le 6 mai à l’âge de 65 ans.    

Il habitait à la Maison Dauphinelle, à Saint-Basile-le-Grand, sur la Rive-Sud.    

« C’était vraiment un gars d’humour, travaillant, toujours de bonne humeur. Il aimait faire des jokes. Il aimait beaucoup le hockey, c’était un passionné des Canadiens de Montréal. On écoutait les séries ensemble », ajoute son fils.    

Pierre Morin adorait la musique et les « vieux chars qui grondent ». Il aimait beaucoup écouter du Elvis Presley avec son fils.    

« On faisait beaucoup de choses simples. On pouvait aller au restaurant ou au cinéma, le vendredi soir, on se faisait souvent venir une bonne pizza, se rappelle ce dernier. Dans chacun des souvenirs que j’ai de lui, il y a de l’amour et de la tendresse. »    

Frédéric Morin tenait à lever son chapeau à tout le personnel hospitalier qui travaille avec acharnement.    

« Je me suis senti comme dans une équipe de hockey, on s’est tenu jusqu’au bout », conclut-il.    

– Roxane Trudel  


Denise Cubaynes, 78 ans, Chicoutimi  

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Atteinte de la maladie de Parkinson depuis 30 ans, Denise Cubaynes avait dû être placée au CHSLD de la Colline à Chicoutimi il y a quelques années en raison de son état qui se dégradait.    

« Elle disait qu’elle était prisonnière de son corps », raconte sa fille Doris Langevin.    

Bien qu’elle n’ait jamais reçu de test positif à la COVID-19, les médecins ont confirmé à la famille que la septuagénaire avait été emportée par le virus.    

Mme Langevin affirme que sa mère a vécu « beaucoup d’angoisse » en fin de vie.    

Heureusement, la famille a eu la chance de la voir un peu plus. « On a été chanceux, elle était au premier étage, on allait beaucoup la voir par la fenêtre de sa chambre », raconte celle qui a pu passer 15 minutes avec sa mère avant son décès.    

– Nicolas Saillant  


Réal Pouliot, 90 ans, Québec  

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« La COVID-19 leur vole entre six et 18 mois de leur vie », déplore la fille de M. Pouliot, Francine.    

Natif de Baie-Comeau, l’homme de 90 ans a dû être transféré par avion-ambulance à Québec en 2013, lorsqu’un infarctus l’a terrassé, entraînant une chute et un traumatisme crânien.    

M. Pouliot est resté avec « une séquelle au cerveau » qui l’a contraint à un placement dans une résidence de soins à Québec, où ses enfants habitent. Malgré tout, l’homme « aimait beaucoup la vie », dit sa fille en vantant la photo de son père. « Il a l’air vivant, ajoute-t-elle. C’est un gros combattant. »    

« On savait que c’était sa dernière maison, mais on ne pensait pas qu’il partirait aussi vite », souligne-t-elle avec émotion.    

Mme Pouliot louange le personnel de l’hôpital Jeffery Hale, mais elle a remarqué que celui-ci « avait peur ». « Elles auraient aimé avoir de meilleurs équipements », estime la dame.    

– Nicolas Saillant  


Lucienne Proulx, 100 ans, Montréal  

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Même si elle était loin d’être en forme, Lucienne Proulx a vécu jusqu’à ses 100 ans avant de rendre l’âme... le lendemain.    

« La famille a fait circuler une carte sur les réseaux sociaux pour souligner son anniversaire vu qu’on n’a pas pu aller la voir, elle était inconsciente », confie son fils Raymond Proulx, 78 ans.    

Selon lui, tous ceux qui ont eu le privilège de connaître sa mère se souviendront d’elle comme d’une femme extrêmement travaillante.    

En plus de s’occuper de ses trois fils, la mère de famille entretenait la maison familiale et tout ce qui venait avec.    

« Elle s’occupait de nos vaches, de nos cochons, de nos poules, de tout ce qu’il y avait sur notre terre. Elle avait un gros jardin d’environ 200 pi par 200 pi. On avait à peu près tout ce qui se vend dans une épicerie », lance son fils.    

Lorsqu’il repense à sa mère, il l’imagine immédiatement dans une cuisine, où elle passait une grande partie de ses journées.    

« C’était une grande cuisinière, elle faisait à manger pour les travailleurs forestiers qui travaillaient avec mon père dans le bois », se remémore M. Proulx.    

– Frédérique Giguère  


Renée Lacour Robidas, 92 ans, Saint-Lambert   

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Fière couturière et excellente cuisinière, Renée Lacour Robidas était le pilier de sa grande famille, à qui elle a consacré toute sa vie.    

« Elle était vraiment le soutien de la famille et des projets de son mari, ancien maire de Longueuil. [...] Elle nous a appris à travailler, à prendre soin les uns des autres, décrit Brigitte Robidas, l’une de ses nombreuses filles. On dit que derrière un grand homme se cache une grande femme, ma mère c’était un peu ça. »    

Originaire de France et décrite comme une battante déterminée, Mme Lacour a réussi à retourner dans son pays natal à l’âge de 84 ans, malgré une fracture à la hanche l’année précédente.    

« Elle ne pensait jamais y retourner, mais elle l’a fait. C’était une personne qui avait beaucoup de volonté », ajoute sa fille.    

Cette cuisinière hors pair est décédée le 2 mai à l’âge de 92 ans. Elle a partagé ses traditions avec ses 14 enfants et ses 38 petits-enfants.    

« Elle aimait le jardinage, elle venait de la campagne [...] Elle a reproduit ici comment elle vivait là-bas. On était les seuls, je pense, à Longueuil à avoir des faisans et des perdrix dans la cour, se rappelle Mme Robidas en riant. On avait des lapins et on les mangeait. »    

Sa mère aimait aussi tester toutes sortes d’activités différentes, de l’aquarelle au yoga.    

Si c’était une femme plutôt effacée qui ne jouait pas la vedette, elle avait de profondes convictions de justice et d’égalité et voulait faire avancer les conditions des gens et de la femme, conclut sa fille.    

– Roxane Trudel  


Denise Forget-Laroche, 84 ans, Laval  

Denise Forget-Laroche, en compagnie de ses cinq enfants: Yves, Jean, Linda, Louise et Céline.
Photo courtoisie
Denise Forget-Laroche, en compagnie de ses cinq enfants: Yves, Jean, Linda, Louise et Céline.

Quelques jours avant son décès, les cinq enfants de cette mélomane ont pu lui faire jouer les chansons de ses crooners québécois fétiches à travers l’entrée de l’air conditionné installé à sa fenêtre afin de lui amener un peu de lumière dans cette période sombre.   

« Ma mère adorait danser et chanter et quand on nous a interdit les visites, on s’est mis à lui faire jouer du Michel Louvain, du Robert Demontigny et du Jean Roger pour lui faire plaisir », confie émotivement Louise Laroche au sujet de sa maman adorée.   

L’aînée résidait depuis plusieurs années à la Villa des Roseaux de Laval et était traitée aux petits oignons par le personnel.   

Or, lorsque la COVID-19 s’est mise à infecter aussi les travailleurs, Mme Forget-Laroche a été délaissée par le peu d’employés qui avaient été envoyés en renfort, selon ses proches.   

« Du jour au lendemain, elle ne nous voyait plus, alors qu’elle était habituée à nous avoir tous les jours pour l’aider à manger, et en plus, plus personne ne la stimulait, la levait de son lit, ouvrait sa télévision ou ses rideaux », raconte sa fille en pleurant.   

Selon la famille, Mme Forget-Laroche a complètement perdu le moral et s’est mise à dépérir de jour en jour.   

Les enfants de l’octogénaire ont « défoncé des portes » pour réussir à la voir avant son décès, notamment en contactant le ministère responsable et les députés. En vain.   

« On se sentait tellement impuissants, confie Mme Laroche. C’est une injustice qu’elle soit morte toute seule. On aurait tellement voulu aller lui porter son petit sac de chips et son Pepsi une dernière fois. »   

– Frédérique Giguère  


Michel Gagnon, 83 ans, Laval  

Michel Gagnon, 83 ans, pose avec ses quatre petites-filles chéries Valérie, Isabelle, Karine et Marie-Christine.
Photo courtoisie
Michel Gagnon, 83 ans, pose avec ses quatre petites-filles chéries Valérie, Isabelle, Karine et Marie-Christine.

Michel Gagnon était un homme de famille, un grand rassembleur qui adorait se retrouver dans la nature, et en particulier à son chalet de Sainte-Marguerite avec « son monde ».   

« C’était un homme très intelligent et un bon vivant. Il était un homme de cœur qui aurait tout donné pour sa famille. C’était une très belle personne, de bon conseil aussi. Notre grand-père était très présent pour nous. On le voyait très souvent dans notre enfance », explique Valérie Allard, l’aînée de ses quatre petites-filles.   

Amateur de chasse et de pêche, Michel Gagnon est décédé le 27 avril à l’âge de 83 ans.   

« Il aimait tellement ses chiens aussi. Il en a toujours eu un, qu’il traînait partout avec lui. C’étaient ses bébés, ajoute sa petite-fille. Quand il allait jouer au golf par exemple, le chien était avec lui dans la voiture. »   

Quand Mme Allard était plus jeune, son grand-père l’amenait souvent faire un tour de bateau sur la rivière des Prairies.   

« Il me laissait conduire son bateau. J’aimais tellement ça. Ensuite, on allait à la Marina et il m’achetait toujours une crème glacée à la fraise, que je partageais avec son chien, justement », se rappelle-t-elle en riant.   

Pour celui qui aimait cuisiner, c’était vraiment les moments avec sa « grande famille bien soudée », qui le rendaient heureux.   

« Une bonne bouffe, un bon verre de vin, accompagné de ses deux filles, c’était ça son bonheur », conclut sa petite-fille.   

L’aîné avait aussi cinq arrières-petits-enfants qu’il adorait.   

– Roxane Trudel  


Lucienne Grégoire, 98 ans, Montréal  

Lucienne Grégoire et ses quatre enfants, France, Danielle, Jean-Luc et Marie Pagé.
Photo courtoisie
Lucienne Grégoire et ses quatre enfants, France, Danielle, Jean-Luc et Marie Pagé.

Lucienne Grégoire était une femme passionnée qui avait une belle spiritualité et une très grande sensibilité.   

« Ma mère, sa palette de passions était assez importante. Elle était très bonne pour écrire des poèmes. Elle avait une profondeur d’âme, une grande culture générale et une belle sensibilité, évoque son fils, Jean-Luc Pagé. Elle était franche, honnête, amoureuse dans tous les sens. C’était une passionnée à bien des égards. »   

Artiste dans l’âme, la femme de 98 ans adorait la musique, la lecture et la poésie.   

« C’est ce qui l’avait charmée chez mon père, qui était un musicien country. Quand j’étais jeune, la musique était omniprésente dans la maison. Elle nous a aussi transmis son amour des animaux », ajoute son fils.   

Décrite comme une femme travaillante et une bonne cuisinière, Lucienne Grégoire est décédée le 29 avril dernier. Celle qui aimait méditer essayait de s’améliorer tous les jours pour devenir une personne meilleure.   

« C’était tellement une bonne maman. On a tous des défauts, mais elle était consciente d’elle, dans tous ses aspects. C’était une bonne vivante », conclut son fils.   

– Roxane Trudel  


Antoine Beausoleil, 87 ans, Laval  

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Le frère Antoine Beausoleil, de la communauté des Frères des écoles chrétiennes, était un homme bon, souriant et dévoué, selon des proches.   

« Tu étais un frère qui aimait être entouré de ta famille, positif, heureux, malgré toutes les souffrances que tu as vécues. Je t’ai toujours admiré et je te porterai toujours dans mon cœur », témoigne une de ses proches, dans sa nécrologie.   

Le frère Beausoleil est décédé de la COVID-19 le 16 avril, à l’âge de 87 ans à la Résidence De-La-Salle, à Laval.   

Architecte de formation, il a enseigné le dessin industriel et supervisé la construction de divers bâtiments au Québec, au Cameroun et en Haïti jusqu’à sa retraite en 2010.   

« Antoine était un homme que j’ai toujours beaucoup apprécié. La qualité de son écoute, sa chaleur et son intérêt pour les humains feront partie des souvenirs que je garde de lui », ajoute une autre proche.   

– Roxane Trudel  


Lucien Rodrigue, 85 ans, Laval  

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Le frère Lucien Rodrigue, religieux de la Congrégation de la Fraternité sacerdotale, est décédé le 15 avril à l’âge de 85 ans à la Résidence De-La-Salle.   

Né à Beauceville, il est entré dans la Congrégation à Pointe-du-Lac à l’âge de 17 ans, où il a prononcé ses vœux l’année suivante.   

Il a propagé la foi à quelques endroits au Québec, mais aussi en Italie, à Rome et à Saint-Louis, aux États-Unis.   

Il a pris sa retraite en 2011, selon sa nécrologie.   

– Roxane Trudel  


Hector Bibeau, 94 ans, Laval  

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Seule la maladie pouvait empêcher le père Hector Bibeau de travailler, peut-on lire dans la nécrologie de celui qui a partagé sa vie entre l’enseignement de l’histoire et la pastorale.   

« On se souviendra de lui pour son ardeur au travail, son sourire, sa foi profonde et communicative », écrit-on.   

Le père Bibeau est décédé à l’âge de 94 ans le 19 avril dernier, à la Résidence De-La-Salle.   

Né à Holyoke, au Massachusetts, il a également été secrétaire à la maison générale de Rome dans les années 80, avant d’entreprendre une longue carrière de pastorale paroissiale d’abord comme curé, puis comme vicaire, jusqu’à sa retraite forcée à l’âge de 90 ans.    

– Roxane Trudel  


Pierre Théocharidès, 91 ans, Montréal  

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Chirurgien de renom, Pierre Théocharidès était un homme très intelligent et très vif qui a beaucoup donné pour le système de santé.   

« Il a passé près de 40 ans à soigner les gens dans l’hôpital de Verdun [où] il a, si je ne m’abuse, fondé la chirurgie vasculaire. [...] Il était très reconnu dans son milieu, explique sa fille, Nathalie Théocharidès. Il n’a jamais refusé un patient. »   

Né en Égypte de parents grecs, Pierre Théocharidès a immigré ici dans les années 50 après avoir étudié la médecine en France pendant une dizaine d’années.    

Il est décédé le 25 avril, à 91 ans.   

Ayant grandi au bord de la mer, il aimait beaucoup les sports nautiques, comme la natation et la voile.   

Comme grand-père, il s’est fait un point d’honneur d’apprendre à nager à ses petits-enfants, qu’il amenait à la piscine le dimanche.   

« Il avait un très bon sens de l’humour et de l’autodérision, ajoute sa fille. Il s’intéressait aussi beaucoup à l’histoire et se tenait au courant de tout ce qui se passait dans le monde. »   

L’aîné aimait beaucoup jouer au tennis, au bridge, et au backgammon qu’il a enseigné à ses deux enfants et à ses cinq petits-enfants, « en bon Grec ».   

– Roxane Trudel  


Kenneth Gilbert, 88 ans, Québec  

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Disparu discrètement ici à la mi-avril, un illustre musicien de Québec a toutefois fait parler de lui jusqu’en France, le journal Le Monde ayant fait un article sur le départ de ce grand claveciniste.    

Décédé le 15 avril dernier d’une pneumonie fulgurante, Kenneth Gilbert aurait succombé à la COVID-19, affirme son conjoint, ajoutant que le défunt vivait en CHSLD.   

« Je suis convaincu qu’il avait la COVID-19 », raconte Maurice Dicker.   

Le musicien émérite, grand amateur d’histoire et enseignant était atteint de la maladie d’Alzheimer depuis 2013.   

Son conjoint des 40 dernières années dit l’avoir beaucoup accompagné dans la maladie.   

Les deux hommes, qui avaient une différence d’âge de 27 ans, se sont connus à une époque où les relations homosexuelles étaient vues différemment.   

D’ailleurs, M. Dicker parle de « 40 ans de vie peu commune ».   

– Nicolas Saillant  


Lorraine Rioux, 77 ans, Québec  

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« Ça faisait 52 ans qu’on s’aimait et c’était comme le premier jour », lâche Raymond Duval.   

L’homme qui vient de perdre sa conjointe Lorraine Rioux, après une série de problèmes de santé qui ont déboulé rapidement, est bouleversé de son départ.   

Il y a quelques semaines à peine, Mme Rioux était hospitalisée après être tombée chez elle.   

À ce moment, M. Duval a appris que sa conjointe était atteinte de la maladie d’Alzheimer, et ce, depuis trois à quatre ans.   

« Elle ne me l’avait jamais dit », raconte-t-il.   

Mme Rioux a ensuite été transférée à l’hôpital Jeffery Hale où elle a attrapé la COVID-19. M. Duval vit quant à lui son deuil péniblement, isolé dans son condo.   

« Moi, je trouve ça difficile de ne pas pouvoir sortir mon automobile, juste aller faire un tour et revenir », plaide l’homme dont l’administration du complexe où il habite lui refuse ce loisir.   

– Nicolas Saillant  


Argentina Bottari, 91 ans, Montréal  

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Le fils d’Argentina Bottari, décédée le 6 mai à 91 ans de la COVID-19, n’oubliera jamais la joie de vivre qui habitait sa mère jusque dans ses derniers moments.   

« Elle était ricaneuse, moqueuse. Elle faisait toujours des farces ou elle sacrait en québécois avec un accent italien », lance en riant son fils unique, Jean Bottari, se remémorant de doux souvenirs.   

Sa mère vivait depuis environ cinq mois au CHSLD Benjamin-Victor-Rousselot à Montréal, car elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. Mais c’est finalement la COVID-19 qui l’a emportée, dit son fils.   

Née en Toscane, sa mère est arrivée au Québec avec son mari en 1957, après un long voyage par bateau.   

Hospitalisé pour un autre problème de santé que la COVID-19, l’homme avec qui elle partageait sa vie depuis plus de 60 ans a seulement pu lui dire adieu au téléphone.   

Jean Bottari s’est quant à lui rendu au chevet de sa mère dans ses dernières heures, la trouvant méconnaissable et affaiblie par ce terrible virus. Il était toutefois soulagé de pouvoir lui faire un dernier adieu.   

– Hugo Duchaine  


Doris Agatha Peres, 84 ans, Montréal  

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Frank Peres est inconsolable depuis le décès de sa conjointe des six dernières décennies.   

« En la perdant, c’est comme si j’avais perdu la moitié de mon corps. Je ne l’aurais jamais laissée partir », insiste avec peine l’homme de 86 ans.   

Les deux tourtereaux étaient pourtant en santé lorsqu’ils ont emménagé au CHSLD Lachine, à Montréal, il y a un an, souligne l’aîné.   

Le couple est né et s’est marié au Portugal et a vécu quelques années en Inde avant de s’installer au Canada dans les années 1970.   

Mme Peres a notamment travaillé à l’hôpital général du Lakeshore, à Pointe-Claire.   

« Elle a toujours pris soin de tout le monde. C’était une femme extraordinaire », résume son fils Clinton Peres, qui trouve son départ particulièrement difficile juste avant la fête des Mères.   

« C’était une femme très intelligente et très très jolie. J’ai été très chanceux. C’était ma joie de vivre. Ma vie est détruite », relate le mari de la défunte, dévasté.   

– Claudia Berthiaume  


Michel Roy, 75 ans, Montréal  

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Michel Roy, l’arbitre, a su inspirer le respect sur la patinoire, mais l’homme, lui, a été apprécié sur toutes les surfaces confondues.   

« C’était quelqu’un de très calme, posé. C’était très rare qu’il s’énervait. Il avait une grande sagesse et toujours le mot positif », confie son fils, Olivier Roy, 36 ans.   

Lors du décès de son père, le 30 avril dernier, plusieurs témoignages ont déferlé sur les réseaux sociaux, afin de lui rendre hommage.   

Celui-ci a été arbitre en chef au hockey, c’est-à-dire en charge du recrutement et des assignations, de nombreuses années durant. « Tout le monde connaissait mon père », dit M. Roy.   

C’est entre autres le cas de Paolo Réhel, 50 ans, qui lui vouait un grand respect.   

« C’était super important pour lui d’être sur la coche, tant sur la glace qu’en dehors », se remémore celui qui l’a eu comme patron, à partir de 1996.   

À titre d’exemple, l’aîné a même renvoyé son fils du poste de marqueur, après que celui-ci fut arrivé en retard à un match.   

« Il prônait l’équité, sans jugement. Il avait puni mon frère sans passe-droit », raconte M. Roy.   

L’une des phrases marquantes qu’il a souvent répétées est : « On voit toujours mieux par le pare-brise que par le rétroviseur. »   

Le défunt était si passionné par l’arbitrage du hockey et du baseball qu’il possédait des livres de règlements qui traînaient « un peu partout dans la maison ».   

« C’est un des grands hommes que j’ai connus dans ma vie. Je n’ai que d’éloges pour lui », continue Paolo Réhel.   

Le septuagénaire, qui a officié des matchs de Mario Lemieux, dans les rangs junior-majeur, s’est éteint à 75 ans, en raison de complications liées à la COVID-19.   

Il a été intronisé aux temples de la renommée de Hockey et Baseball Québec, en plus d’avoir été gestionnaire chez Revenu Québec.   

– Jonathan Tremblay

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