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Les pestiférés

Horacio Arruda
Photo Chantal Poirier La confiance envers le Dr Horacio Arruda s’est fragilisée d’un autre cran hier.

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La confiance, c’est comme le respect. Ça ne se commande pas, ça se mérite. En temps de crise, c’est le premier déterminant d’une collaboration efficace entre les citoyens et leurs leaders.

Face à la COVID-19, la confiance des Québécois envers le premier ministre François Legault tient bon. Pourra-t‐on bientôt en dire autant du directeur national de la santé publique, le Dr Horacio­­­ Arruda ?

Devant la situation alarmante dans la grande région montréalaise, des questions se posent nécessairement sur la gestion de la crise, incluant à la santé publique.

Vendredi, Horacio Arruda faisait sa première visite à Montréal, pourtant l’épicentre du virus au pays depuis des semaines. Devant les médias, nonobstant la gravité de l’état des lieux, il s’est livré à des points de presse ponctués de petites blagues.

Le personnage est coloré. On le sait. Rapidement, il est devenu la « star » des médias sociaux. Toute crise majeure, c’est connu, pousse à chercher des personnalités publiques en qui les gens ont besoin de faire confiance. Le réflexe est humain.

Arme à deux tranchants

Des t-shirts ont été créés à son effigie. Ses « tartelettes portugaises » sont un « must ». Idem pour ses participations à des vidéos de divertissement. Bref, le Dr Arruda alimente aussi lui-même le phénomène.

À mesure que la crise s’amplifie à Montréal, cette « popularité » devient toutefois une arme à deux tranchants. Sur le fond et la forme, la situation exigeant beaucoup plus de sérieux, de précision et de transparence.

Sur le fond, les manquements s’accumulent­­­ dans la grande région montréalaise. Parmi les multiples raisons l’expliquant, on trouve l’échec avéré du « système » de dépistage. Le nombre de tests reste insuffisant. On ne teste toujours pas les asymptomatiques contagieux.

Comment les repérer et les isoler si on ne les trouve pas ? Sans l’information vitale d’un portrait global en temps réel, comment endiguer la pandémie pour déconfiner ensuite graduellement ?

Brouillard

D’où l’inquiétude montante des Montréalais, des régions, de Justin Trudeau, du reste du pays et de François Legault, le reconnaissant, hier, à son tour. Laissés dans le brouillard, les Montréalais sont vus comme des pestiférés à qui on demande de rester chez eux.

La confiance envers le Dr Arruda s’est fragilisée d’un autre cran, hier. Il a reconnu que, vendredi, alors qu’il était à Montréal, il était au courant des modélisations troublantes publiées en fin de journée par l’Institut national de la santé publique du Québec.

Elles indiquent qu’un déconfinement même mineur de Montréal pourrait faire exploser le nombre de décès et de personnes infectées. D’où le report annoncé par le premier ministre­­­ Legault.

Or, vendredi, Horacio Arruda est resté muet. Hier, il disait ne pas avoir voulu rendre les gens plus anxieux. Une réponse beaucoup trop politique.

Le Devoir rapportait d’ailleurs que le Dr Arruda comptait maintenant sur les services d’une stratège politique d’expérience­­­­, issue des coulisses du Parti québécois et du Bloc.

Que le Dr Arruda cherche à mieux cibler ses messages est une chose. L’adhésion­­­ de la population en dépend. Sa trop grande politisation, doublée d’une vedettarisation contraire à la gravité de la crise, est cependant d’une eau nettement moins rassurante.