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Horreur robotique et surveillance politique

Horreur robotique et surveillance politique
AFP

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Certains gouvernements profitent de la pandémie de COVID-19 pour expérimenter de nouvelles mesures de contrôle des populations.  

Le gouvernement chinois s’est particulièrement illustré dans l’horreur, allant jusqu’à souder les portes de certaines tours d’habitation et transformant les téléphones intelligents des Chinois en bracelets carcéraux.   

Le gouvernement de Singapour vient lui aussi de pousser l’horreur un peu plus loin.   

Un des parcs de la ville est désormais patrouillé par un chien robot qui surveille l'espacement entre les promeneurs. Le robot peut rappeler des consignes ou intimer aux gens l’ordre de se distancer. Les autorités de Singapour attendent de voir les réactions des citoyens.   

Choquant  

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais la simple idée de me faire interpeller par un robot qui me surveillerait et qui m’intimerait un ordre, justifié ou non, me choque profondément. Non par crainte de la technologie, mais parce qu’une hiérarchie symbolique essentielle est ici brisée: un robot donne un ordre à un être humain.   

Déjà, le trafic est surveillé par des radars robots qui envoient des contraventions. Il fallait s’attendre à passer à l’étape suivante et à ce que des robots donnent des ordres à des êtres humains.   

C’est une évolution qui est très dangereuse. Parce que, contrairement aux policiers, les robots n’ont pas de jugement et encore moins d’émotions.   

Symbolisme choquant   

Pour aggraver le problème, le robot qui donne des ordres aux humains possède l’apparence d’un chien. Normalement, c’est l’humain qui donne des ordres et le chien qui obéit.   

Le symbolisme est ainsi doublement choquant: un chien et un robot donnent des ordres à des humains.   

Ce bouleversement symbolique a des conséquences politiques. Il détrône les êtres humains du sommet de la pyramide symbolique du pouvoir politique.   

Or chacun sait qu’en politique, la perception est souvent aussi importante, sinon davantage, que les faits.   

On dira que les robots sont programmés par des humains, que les vrais chiens demeurent sous les ordres des êtres humains. Bien sûr.   

Mais nous ne sommes plus tout à fait dans l’ordre du rationnel. L’ordre symbolique est en partie inconscient.   

Ce nouveau symbolisme, s’il se répand, facilitera la manipulation des êtres humains par des autorités politiques sans scrupule. Ces dernières, avec leur robot policier canin, instillent une représentation pernicieuse de la place des êtres humains dans l’ordre social. Les humains deviennent inférieurs aux robots, puisqu’ils doivent se soumettre à leur autorité, et ne sont qu’une forme animale indistincte parmi les autres, puisqu’ils peuvent recevoir des ordres d’une effigie de chien.   

Dans cet univers symbolique cauchemardesque, les robots valent plus que les humains et les humains ne sont que des êtres vivants parmi les autres.   

Le pire est qu’il se trouvera des âmes bien-pensantes pour défendre ce renversement des valeurs.   

Montre-moi ton chien et je te dirai qui tu es, dit le proverbe. Le chien robot de Singapour annonce des maîtres politiques inhumains.